‹ Cérémonial selon le rit romain d'après Baldeschi et FavrelChapitre 36 sur 337 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des divers défauts qui peuvent se rencontrer dans la célébration de la Messe.

ARTICLE PREMIER

Défauts relatifs à la matière du Sacrifice,

91. Si le Prêtre vient à s'apercevoir, pendant la Messe, que le pain n'est pas apte à être consacré : 1<* avant la consécration, il doit prendre une autre hostie, faire l'oblation au moins mentale et continuer la Messe ; 2^ après la consécration, il se fait apporter une autre hostie, en fait l'offrande mentalement, et reprenant à ces paroles : Qui pridîe quam pateretur^ il la consacre et continue; après avoir communié sous les deux espèces, il prend la première hostie ou la donne à prendre à quelqu'un, ou bien il la conserve quelque part avec-respect ; 3* s'il n'apercevait ce défaut qu'après avoir pris la première hostie, il devrait néanmoins consacrer de nouveau et communier, car le précepte de la perfection du Sacrifice l'emporte sur celui du jeûne eucharistique ; 4^ s'il s'en apercevait après avoir communié sous les deux espèces, il devrait prendre d'autre pain et d'autre vin avec de l'eau, faire l'oblation, reprendre la consécration à Qwijonrf/e quam pateretuvy et communier immédiatement. Le saint

* S. Lig. Ibid. et autre».

Sacrifice doit être parfait, et Ton doit, en l'offrant, gai^der l'ordre convenable*.

92. Si le Prêtre vient à reconnaître que ce qui a été mis dans le calice n'est pas matière apte au Sacrifice : 1^ avant la consécration, et même après avoir proféré les paroles sacrées sur le calice, il doit mettre dans un vase ce qui avait été mis dans le calice, verser de nouveau du vin et de l'eau, en faire l'oblation mentale, et faire la consécration en reprenant aux paroles Simili modo ^; 2° s'il n'aperçoit ce défaut qu'après avoir communié sous l'espèce du pain, ou même seulementj^après avoir pris ce qui lui avait été donné pour du vin, comme il peut arriver plus facilement, il doit prendre ime nouvelle hostie, remettre dans le calice du vin et de l'eau, faire l'oblation et la consécration comme il a été dit ci-dessus, et communier (1), Cependant, si l'on célèbre en public et en présence d'un certain nombre d'assistants, le Prêtre peut se contenter de consacrer du vin^. Si le Prêtre n'aperçoit ce défaut que lorsqu'il est de retour à la sacristie, il ne doit pas revenir à l'autel : car alors ce ne serait plus moralement le même Sacrifice*.

Nota. Si la parcelle de la sainte Hostie se trouvait dans le liquide qui aurait été mis dans le calice au lieu de vin, le Prêtre devrait mettre ce liquide dans un autre vase et conserver la parcelle dans le vin qu'il doit consacrer^.

95. Il pourrait arriver encore que, la matière du pain ou celle du vin étant invalide, on ne pût se procurer le pain ou le vin nécessaires. Si le Prêtre s'en aperçoit avant la consécration, il ne doit pas aller plus loin. Mais si, après la consécration d'une espèce, il voit que l'autre manque, il continuera la Messe en omettant les paroles qui ont rapport à l'espèce qui manque. Si l'on pouvait se la procurer en peu

(!) La raison de cette pratique, dit saint Thomas, c'est de garder dans Taciion du sacrifice l'ordre établi par l'Église.

1 Rnb. Miss, Ibid., n. 5, 6 et 7. — « Ibid., t. iv, n. 5 et 4. — 5 Ibid., n. 5. — * Grand nombre d'auteurs. ^. ^ Les auteurs.

de temps*, comme dans Tespace d'une heure ^, le Prêtre devrait attendre'.

94. Si le Prêtre vient à reconnaître ces défauts dans l'une etTautre matière du Sacrifice : 1® avant la consécration, il leur substitue une matière valide, et continue les prières; il les cesserait à l'endroit même oii il en est, supposé qu'il ne pût se la procurer. Dans ce dernier cas, il cesserait également, même après avoir prononcé les paroles de la consécration, qui n'ont eu aucun effet. S'il n'en reconnaissait l'invalidité qu'après avoir pris ces substances, il ne pourrait plus célébrer, puisqu'il ne serait plus à jeun; il devrait seulement dans le cas où il y aurait danger de scandale, continuer le reste, c'est-à-dire lire les oraisons, en supprimant ce qui ferait allusion à la communion, que ces prières supposent reçue, bénir le peuple et réciter le dernier évangile*.

95. Un Prêtie qui aurait oublié de mettre dans le calice de l'eau avec le vin devrait réparer cette omission, mais seulement avant la consécration. Après la consécration, il devrait simplement continuer la Messe, l'eau n'étant pas matière essentielle du Sacrifice^.

ARTICLE n

Défauts relatifs à la forme,

96. Lorsque le Prêtre ne se souvient pas d'avoir prononcé les paroles de la consécration, il ne doit pas se troubler : 1^ s'il est certain d'avoir oublié quelqu'une des paroles essentielles, comme la formule de la consécration en tout ou en partie, il doit reprendre celte formule et continuer la Messe; 2^ s'il regarde comme très-probable qu'il a oublié quelque chose d'essentiel, il doit réitérer la formule, au moins sous condition tacite; 3<* si ce qu'il a omis n'est pas nécessaire pour la validité du Sacrifice, il doit continuer sans rien répéter^.

' Ibid., «.8.-2 D'après S. Lig. Ibid., n. 555. —^ Bub, Miss. Ibid., n. 7. —4 Plusieurs auteurs. — ^ Rub Miss. Ibid. — ^ Ibid., t. v, n. 2,

97. S'il y avait lieu de répéter la formule de la consécration, il ne faudrait pas faire Toblation, qu'on suppose avoir été faite ^

98. Si le Prêtre, par distraction, prononçait sur Thostie les paroles de la consécration du calice, il devrait, après avoir prononcé celles de la consécrafion du pain, faire la consécration du ca-ice a l'ordinaire, car il n'a pu avoir l'intention de le consacrer eh prononçant les paroles sur l'hostie 2.

ARTICLE ni

De quelques accidents qui peuvent arriver dans Vacte même du saint Sacrifice,

99. S'il arrivait que Téglise fût profanée pendant la Messe, le Prêtre quitterait l'autel, s'il l'apprenait avant le canon; mais, si le canon était commencé, il devrait achever le saint Sacrifice^.

100. Si un excommunié dénoncé entrait dans l'église et si l'on ne pouvait le faire sortir, le Prêtre quitteraitPautel même après le canon commencé et avant la consécration. Si c'était après la consécration, il poursuivrait la Messe jusqu'à la communion inclusivement, et irait alors l'achever à la sacristie ou dans un lieu convenable*.

101 . Pendant que le Prêtre est à l'autel, s'il survient tout à coup un très-grave péril de mort, comme serait une attaque menaçante des ennemis, une inondation subite, la ruine imminente de l'jéglise ou un autre accident semblable, le Prêtre interromprait la Messe, s'il n'avait pas encore consacré, mais après la consécration, il pourrait communier aussitôt et omettre tout le reste ^.

102. Lorsque le Prêtre, pendant le saint Sacrifice, vient à être surpris par la mort ou par un accident subit, de manière à ne pas pouvoir continuer la Messe ; si cet accident

* Tous les auteurs. — ^ Plusieurs auteurs. Conséq. — ^ Ibid., t. r, 11. 2. — Mbid. — Mbid., n.3.

arrive avant la consécration^ ou encore avant qu'il ait achevé les paroles de la consécration du pain, la Messe est interrompue^ et il n'y a rien à faire; &i cet accident arrive après la consécration, quand même le pain seul aurait été consacré, un autre Prêtre doit continuer la Messe en commençant à l'endroit oii le premier s'est arrêté. En cas de nécessité, un Prêtre qui ne serait pas à jeun serait également tenu de le faire. Le Prêtre qui achève ainsi le saint Sacrifice doit observer les règles suivantes : !• si le Prêtre infirme se trouve néanmoins en état de recevoir la sainte communion, celui qui continue la Messe doit la lui donner en rompant la sainte Hostie, s'il n'y a pasj^d'autre Hostie consacrée. Si le premier Prêtre venait à mourir après avoir prononcé une partie des paroles de la consécration du calice, le second reprendrait à Simili modo postquam cœnatum est^ ou bien il consacrerait d'autre vin dans un second calice et prendrait après la communion du précieux^^Sang celui qui a été à demi consacré *. 105. La Messe interrompue doit être continuée le plus tôt possible, et, si l'on ne pouvait trouver un Prêtre dans l'espace d'une heure, la sainte Hostie devrait être renfermée dans le tabernacle par un Clerc ou même par un laïque ^.

104. Si le Prêtre qui a commencé la Messe peut continuer le saint Sacrifice après avoir pris un peu de nourriture, il est préférable qu'il continue lui-même le Sacrifice, quand bien même il pourrait être achevé par un Prêtre à jeun'.

105. Le Prêtre qui a achevé le saint Sacrifice ne peut pas célébrer une autre Messe le même jour*, s'il n'est pas autorisé à biner ^.

106. Lorsque le Prêtre, croyant n'avoir qu'une hostie, s'aperçoit, ap rès la consécration, qu'il en a deux, il doit les prendre toutes les deux à la communion ^

107. Si, après la communion et les ablutions, il aperçoit des parcelles consacrées, il devra les prendre, quand même

* Ibid. — 2 Tous les auteurs. — s i^j. — -* S. C, 16 déc. 1823. Gardel., 4451 ou;^4601, in Carpen, — ^ Conséq. — • ^ Rub. Miss, Ibid., t. Ti, n. 2,

elles seraient considérables, car elles appartiennent au même Sacrifice *.

108. S'il était resté une Hostie entière, le Prêtre devrait la renfermer avec les autres dans le tabernacle, ou, si cela ne peut se faire, il la laissera surlecorporal, la couvrira avec décence pour être consommée parle Prêtre qui doit célébrer après lui; s'il ne doit pas y avoir d'autre Messe, il la laissera dans un calice ou sur une patène jusqu'à ce qu'elle puisse être consommée ou renfermée dans le tabernacle. S'il n'y avait pas de lieu convenable où elle pût être conservée, il pourrait la prendre ^.

109. Si le Prêtre découvre des parcelles après avoir quitté l'autel, mais étant encore à la sacristie et revêtu des ornements, il doit les consommer comme complément de la communion et du saint Sacrifice^. Mais, s'il avait déjà quitté les vêtements sacrés, ou si ces parcelles avaient été consacrées dans une autre Messe, il les conserverait dans le tabernacle, s'il était possible de le faire ; si cela ne se pouvait, il devrait les consommer*.

HO. Si un insecte ou quelque autre chose vient à tomber dans le calice avant la consécration, le Prêtre devra verser le vin dans un vase, le faire mettre dans un lieu décent, en mettre d'autre dans le calice, faire l'oblation au moins mentale, et continuer la Messe. Mais, après la consécration, si le Prêtre n'a pas de répugnance à prendre ce qui est tombé dans le calice, il le prendra avec le précieux Sang. S'il a une trop grande répugnance aie faire, il retirera du calice ce qui y est tombé, le purifiera avec du vin, puis, après la Messe, il le brûlera et mettra dans la piscine le vin et les cendres^.

(1) La rubrique ne prescrit pas ici, comme au n. 90, de consacrer une autre hostie. Dans le cas présent, en effet, la consécration a été valide et par conséquent toutes les conditions essentielles du Sacrifice ont été remplies; tandis que, dans l'autre cas, la consécration sur le calice a été invalide, et, par conséquent, le Corps et le !Sang de J.-C. n'ont pas été en même temps sur l'autel sous les deux e>-pèces. (Baldeschi.)

* Ibid. — 2 Ibid., n. 3. — ' Tous les auteurs. — * Grand nombre 4'auleurs, ^^^ Rub. Miss, Ibid., n. 6,

m. S'il tombait dans le calice soit du poison, soit une substance qui pût provoquer un vomissement, il faudra verser le vin consacré dans un autre calice et en mettre d'autre, que Ton consacrera; puis, après la Messe, on y mettra de l'étoupe, et on le conservera jusqu'à ce que les saintes espèces soient desséchées, et alors on brûlera Tétoupe, dont on jettera les cendres dans la piscine^ (1).

112. Si un poison vient à toucher la sainte Hostie, le Prêtre en consacrera une autre; on conservera la première dans le tabernacle jusqu'à ce qu'elle soit corrompue, et alors on la mettra dans la piscine ^

113. Si l'hostie se trouve brisée après l'oblation et avant la consécration, il faut néanmoins la consacrer, si le peuple ne peut pas s'en apercevoir. Si c'était une cause de scandale pour le peuple, il faudrait en prendre une autre, faire Toblation, et prendre la première après Tablution. Si c'est avant l'oblation, le Prêtre doit en prendre une autre, s'il peut le faire sans scandale et sans attendre trop longtemps ^.

114. Si une partie de l'Hostie consacrée était tombée dans le calice, le Prêtre continuerait la Messe avec l'autre partie, s'il pouvait le faire commodément. Si la sainte Hostie avait été imbibée tout entière dans le précieux Sang, il ne la retirerait pas, mais il prononcerait toutes les paroles en omettant les signes prescrits sur la sainte Hostie, et, avant de communier, il ferait le signe de la croix, en disant : Corpus et Sanguis Domini nostri Jesu Christi *.

H5. En hiver, si le précieux Sang venait à geler, on entourerait le calice d'étoffes chaudes, et si ce moyen ne réussissait pas, on pourrait le plonger dans un vase d'eau très-

(1) On voit, d'après les dispositions de la rubrique, que le Prêtre doit, autant que possible, ne pas changer de calice pendant la célébration du saint Sacrifice. Cependant, s'il éprouvait trop de répugnance pour se servir du même calice, il pourrait en piendi'e un autre. (De Herdt, part, m, n. 21.)

* Ibid., n. 7. — 2 ibid., n. 8. — 5 ibid., n. 9. — * Ibid., n. 10.

chaude que l'on placerait près de Tautel, de manière cependant que Teau ne pût entrer dans le calice ^

116. Si une goutte du précieux Sang était tombée à terre ou ailleurs, il faudrait d'abord la prendre avec la langue, puis racler la place, brûler ce qui a été enlevé et en jeter les cendres dans la piscine. S'il en était tombé sur la pierre de l'autel, le Prêtre agirait de même, et, sans racler l'endroit, le purifierait et mettrait l'ablution dans la piscine*. Si une goutte du précieux Sang tombe sur les nappes de l'autel ou sur d'autres linges, on doit purifier trois fois ces linges, en mettant au-dessous un calice pour recevoir l'eau de Tablution, qui sera ensuite jetée dans la piscine. Si elle est tombée seulement sur le corporal, sur les vêtements sacerdotaux ou sur le tapis, il faut purifier de même, et jeter l'ablution dans la piscine^.

Nota. On observerait ce qui vient d'être dit si une partie du vin de la purification était tombée quelque part. On observerait encore les mêmes règles pour le vin et l'eau de l'ablution, si le mélange ne peut pas être considéré comme de l'eau*.

117. S'il arrive que tout le précieux Sang vienne à être renversé, et s'il en reste seulement un peu dans le calice, il faut suivre ce que nous venons de dire, et prendre le peu qui reste. S'il ne reste plus rien, on doit consacrer de nouveau l'espèce du vin en reprenant à ces paroles. Simili modOy postquam cœnatum est, après en avoir fait l'oblation, comme ci-dessus^.

118. Si une Hostie ou seulement une parcelle vient à tomber à terre, on doit la prendre avec respect, purifier l'endroit où elle est tombée, le racler un peu, et mettre ce qui a été raclé dans la piscine, ainsi que l'abiution. Si elle est tombée sur un linge, il faut le purifier avec soin, et mettre Tablution dans la piscine^.

119. S'il arrivait que la particule de la sainte Hostie qui a été mise dans le calice y demeurât attachée, le Prêtre la

* Ibid., n. 11. — 2 Ibid., n. 12. — ^ ibid. — * Nouvelle revue théoL — » Hub. Miss, Ibid., n. 13. -^ ^ ij^id., n. 15.

38 PART. I, SECT. III, CllAP. IX, ART. III.

tirerait doucement avec l'index sur le bord du calice, ou bien il la prendrait avec la purification ^ Ce dernier moyen est plus convenable et plus conforme à la pratique des Prêtres les plus instruits. On pourrait appuyer cette dernière pratique sur la rubrique du vendredi saint, qui, à la Messe des Présanctifiés, prescrit de mettre la partie de la sainte Hostie dans le vin^. On pourrait même mettre une seconde fois du vin dans le calice pour prendre la parcelle, si elle y demeurait encore attachée après la première purification^.

120. S'il arrivait que le Prêtre, après la communion, fut pris d'un vomissement, et si Ton pouvait reconnaître les saintes espèces, il devrait les prendre, s'il n'avait pas une trop grande répugnance à le faire. S'il éprouvait une trop grande répugnance, on devrait les recueillir avec précaution, les mettre dans un lieu saint jusqu'à ce qu'elles fussent corrompues, et les jeter ensuite dans la piscine. Si l'on ne pouvait alors reconnaître les saintes espèces, il faudrait brûler le tout et en jeter les cendres dans la piscine*.

121 . Si le Prêtre s'apercevait seulement après la communion que les saintes espèces fussent empoisonnées, il pourrait prendre un remède pour provoquer un vomissement, quand même il y aurait à craindre qu'elles ne fussent pas consommées ^.

122. Si, après la consécration, la sainte Hostie venait à disparaître, soit qu'elle fût emportée par le vent, ou de toute autre manière, soit même qu'il s'opérât un miracle, on devrait en consacrer une autre en observant ce qui est dit n^ 89 ^. S'il arrivait par mimcle, comme il est arrivé plusieurs fois, que le Corps adorable et le Sang précieux parussent sous la forme de chair et de sang, le Prêtre ne devrait pas les prendre à la communion, mais consacrer de nouveau'^. Si cependant cette apparition était invisible au Prêtre ou si elle cessait avant la communion, le Prêtre devrait communier comme à l'ordinaire ^.

* Ibid., n. 8.-2 Xq^s i^g auteurs. — ^ Bub. Miss. Ibid. — * Ibid., n. 14. — s Plusieurs auteurs. — ^ Ibid., t. m, n. 7. — "^ S. Thomas^ p. 114, q. LXXXIII, a. 4, ad 3. — » Baldescbi.

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