‹ Cérémonial selon le rit romainChapitre 15 sur 380 · NOTICE SUR L'ABBÉ FAVREL · texte numérisé non relu

NOTICE SUR L'ABBÉ FAVREL

Dans notre siècle, on rencontre à chaque pas d'éclatantes vertus et d'admirables dévouements ; mais l'accomplissement simple, modeste, consciencieux, constant des devoirs de son état n'a peut-être jamais été plus rare. Lorsque l'homme appelé à donner cet exemple n'est point humble par nécessité, et ne se maintient au second rang que par le salutaire effroi du premier, ne se sent-il pas sollicité à entrer dans quelque voie dangereuse et nouvelle par l'inquiétude de son zèle et les bouffées de ce vent d'indépendance qui a perdu tant d'éminents esprits de notre temps et qui ne peut manquer de souffler autour de lui? C'est une bonne fortune que d'avoir à présenter un modèle de dévouement et de zèle, et c'est, ce semble, une bonne action, de mettre en lumière la vie et les travaux d'un savant laborieux et utile qui vécut et mourut à son poste, inflexible dans l'accomplissement de ses devoirs, invariable dans sa doctrine et supérieur aux misérables tentations de la vanité.

Tel fut l'abbé Favrel.

Pierre Favrel naquit le 50 décembre 1797 à Corlée, village près de Langres. C'était l'aîné des sept enfants de Pierre Favrel et de Colette Bailly. Ses parents étaient pauvres, honnêtes et chrétiens.

Comme beaucoup d'Ecclésiastiques qui ont honoré le sacerdoce, le jeune Favrel montra dès son enfance un goût prononcé pour les cérémonies de l'Église et le service des autels. On raconte que dès

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l'âge de quatre ans il s'essayait à servir la Messe. Mais, dès qu'il eut atteint l'âge de raison, mis sous la direction de son oncle, l'abbé Bailly, curé de Saint-Maurice, il y resta jusqu'à l'âge de quinze ans.

A quinze ans, l'abbé Favrel (il avait été tonsuré l'année précédente à Dijon) entra au séminaire où il se distingua par une profonde piété et une science précoce.

L'étude de la botanique, cette science aimée des âmes simples qui se plaisent à glorifier Dieu dans ses œuvres les plus humbles et pour laquelle il eut toute sa vie un irrésistible attrait, fut dès lors sa récréation favorite. Séduit de bonne heure par les côtés les plus élevés de la religion catholique, il se montra dès sa théologie l'adversaire du rigorisme que Ton professait alors. Le défenseur si éclairé de la vraie doctrine en fut de bonne heure l'apôtre, et en 1820, bien qu'il ne fût que diacre et dans sa vingt-troisième année, il fut associé aux travaux des missionnaires établis en congrégation à Saint-Geosmes (1).

En vertu d'une dispense particulière de Rome, l'abbé Favrel fut ordonné Prêtre le 24 février 1821, et pendant cinq ans il se livra avec une infatigable ardeur aux plus rudes et aux plus consolants travaux apostoliques, qui portèrent les meilleurs fruits et attachèrent une renommée précoce au nom du jeune missionnaire. Sa taille élevée, sa figure agréable, sa voix harmonieuse et sonore, son abord aimable et facile, prévenaient en sa faveur ceux qu'achevaient de gagner l'onction de ses discours et la solidité de sa doctrine.

Le 12 novembre 1826, un des proches parents de l'abbé Favrel, M. Garnicr, fut sacré évêque de Vannes. Ce Prélat voulut utiliser les talents de son jeune parent. Il le nomma successivement secrétaire de l'évèché, Chanoine honoraire (22 décembre 1826), et Chanoine titulaire de la cathédrale pour le premier canonicat vacant. L'abbé Favrel avait alors vingt-huit ans. Il fit à Vannes un rude et sérieux apprentissage administratif. A peine arrivé dans son diocèse, Monseigneur Garnier tomba malade , et mourut après six mois d'épiscopat. Pendant ce temps, ce fut le jeune Chanoine, qui, du chevet de son respectable parent, administra réellement le diocèse.

(1) Saint-Geosmes est une paroisse du diocèse de Langres, dont le frère de M. l'abbé Favrel est encore actuellement Curé. C'est à son obligeance et à sa sollicitude fraternelle que sont empruntés les documents qui ont servi à faire la présente notice.

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Sans être tenté par le bel avenir qui s'offrait pour lui à Vannes, cédant aux sollicitations de l'Évêque de Langres et de ses anciens Supérieurs, l'abbé Favrel revint à Langres après la mort de Monseigneur Garnier.

Les missionnaires étaient encore à Saint-Geosmes. Le Chanoine de Vannes accepta le modeste titre de Curé de cette paroisse et reprit ses travaux apostoliques.

En 1829, il forma le projet d'un établissement où devait s'installer une congrégation nouvelle. Déjà une maison était achetée à Saint-Fergeux; le fondateur, dans son pieux empressement, avait même fait ses vœux, quand éclata la révolution de 1850, qui dispersa la congrégation naissante et les missionnaires de Saint-Geosmes. L'abbé Favrel venait de renoncer à son canonicat de Vannes, dont la mort d'un titulaire lui permettait de prendre possession.

Les Supérieurs ecclésiastiques ayant commué son vœu de pauvreté, il fut successivement envoyé partout où son zèle et sa science étaient nécessaires. En 1831, il parvint à arrêter les ravages d'un schisme naissant à Roche-sur-Rognon et à Belloincourt. Puis il exerça successivement le ministère à Biesles, à Vicq, à Aubigny-sous-Varennes, et fut enfin nommé Curé doyen de Juzennecourt au mois de mai 1832. Il y établit une conférence ecclésiastique cantonale, chose presque inconnue alors et qui, devenue ordinaire et obligatoire dans presque tous les diocèses, démontre victorieusement aujourd'hui par ses vivifiants effets l'excellence de l'institution.

M. Parisis, nommé Evèque de Langres à la fin de 1854, prit possession de son siège en 1835. L'abbé Favrel devint aussitôt et demeura jusqu'à la mort, suivant les propres expressions de l'éminent Prélat, « son ami éprouvé et son collaborateur infatigable (1). » C'est à cette époque, au point de vue où nous nous proposons surtout de l'envisager et de la proposer pour modèle, que commence la vie de l'abbé Favrel.

Par son infatigable activité, par ses travaux persévérants, par sa persuasive éloquence, par son invariable exemple, l'abbé Favrel fut dans le diocèse de Langres le véritable restaurateur de la liturgie Romaine; et, lorsque Monseigneur Parisis la rétablit définitivement dans son diocèse en 1839, il ne fit que réaliser le vœu général de son Clergé. Il est vrai que le diocèse de Langres était sous le rapport liturgique dans la confusion la plus complète. L'ancien diocèse

(1) Circulaire au clergé d'Arras, 3 avril 1855.

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de Langres avait quitté la liturgie Romaine en 1751. Depuis il avait vu comprendre dans sa circonscription des portions des anciens diocèses de Troyes, de Chàlons, de Toul et de Besançon. Chacun avait conservé ses usages, de sorte que Ton faisait dans le diocèse de Langres cinq offices différents, abus sur la gravité duquel il n'est pas besoin d'insister et qui, moins rare qu'on ne le pense dans les diocèses qui ne sont pas encore, à l'heure qu'il est, revenus à l'unité, devrait suffire à lui seul pour éclairer les esprits les plus récalcitrants et faire adopter dans le plus bref délai dans la France entière la seule liturgie qui soit à l'abri des innovations, la liturgie Romaine.

Après avoir, pour compléter le retour à l'unité de liturgie par l'unité de discipline, provoqué le rétablissement des synodes diocésains, l'abbé Favrel accompagna Monseigneur Parisis a Rome au mois d'avril 1842, et ce fut dans la ville sainte que, puisant aux sources les plus pures et les plus authentiques, aidé des conseils des hommes les plus éminents, il conçut le plan et rassembla les matériaux du Cérémonial Romain, adopté depuis par un grand nombre d'Evêques et encouragé par un bref du Souverain Pontife, que l'on trouve en tête de notre Cérémonial.

P;ir un bref du 21 juin 1842, Grégoire XVI conféra à l'abbé Favrel le titre de Missionnaire Apostolique.

Revenu en France, l'infatigable restaurateur des vraies cérémonies de l'Eglise catholique s'occupa de ramener à l'unité le chant ecclésiastique, menacé dès le début de son éclatante restauration de voir se relâcher son antique et impérissable faisceau rassemblé avec tant de soins et de peine par le peu de concordance des diverses éditions. Moins heureux que nous, qui venons de voir encouragés aussi, sur la demande de Monseigneur Parisis, par un bref du Souverain Pontife, les travaux entrepris sur cette matière, il ne put parvenir à une solution satisfaisante, malgré des voyages fatigants et des travaux multipliés dont ses successeurs ont du moins recueilli les fruits.

En 1843, voulant assurer son avenir, Monseigneur Parisis nomma Chanoine titulaire de Langres celui qu'il avait déjà fait successivement Secrétaire général de l'évèché, Officiai du diocèse, grand Maître de chant et de cérémonies et Vicaire général honoraire.

Cette nouvelle dignité n'empêcha pas l'abbé Favrel de rester le compagnon inséparable de son Evêque. Il était avec lui au jubilé de Liège en 184G; à Paris en 1848, et tout le temps que dura le man-

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dat de Représentant confié à Monseigneur Parisis; au concile de Lyon en 1850; et, en 1851, le disciple fidèle suivit son maître à Arras.

L'année précédente, sa modestie avait été mise à une rude épreuve. Proposé pour un évêché des colonies, il avait vu avec une joie touchante s'éloigner de lui ce calice de grandeur et d'incessante sollicitude.

Toutefois, dans son amour de l'obscurité, ne se cachait en aucune façon le lâche désir du repos. Le Vicaire général d' Arras recommença pour ce nouveau d ocèse les travaux du Vicaire général de Langres, et son zèle l'emporta si loin, qu'en 1852 il avait contracté *a la peine le germe de la maladie qui devait l'emporter.

Jamais il ne déploya plus d'activité que dans ses dernières années, malgré ses souffrances continuelles. L'exercice de la parole lui était interdit; il s'en dédommageait en écrivant; il prêchait dans les journaux et se délassait des lourds travaux administratifs en retournant à sa chère et ancienne besogne. Il éditait des paroissiens, perfectionnait ses études sur le Cérémonial. S'inspirant des éminentes vertus de son Evèque, il préparait avec sagesse et fermeté le retour du diocèse d'Arras à l'unité liturgique.

Ses efforts avaient déjà été couronnés de succès, quand il mourut dans les bras de Monseigneur Parisis, le 50 mars 1855. 11 était dans •«a cinquante-huitième année.

Après les obsèques, qui eurent lieu à Arras, son corps fut transporté à Saint-Geosmes.

Ainsi vécut et mourut « un Prêtre aussi intelligent que modeste; aussi ferme dans ses principes que facile dans ses rapports; aussi dévoué au bien qu'oublieux de lui-même (1). »

(1) Monseigneur Parisis. Circulaire déjù cilée.

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