XIV. - L’ENFANCE ET LA SALLE D’ASILE
La salle d’asile recueille l’enfance et l’abrite contre les dangers. Elle se substitue momentanément à la famille dans les soins corporels et spirituels dont le jeune âge doit être entouré. A ce double titre, elle rend à la société des services d’une importance incontestable.
L’enfant est facilement accessible à l’enseignement. Semblables à une cire molle, ses organes sont propres à recevoir et à conserver les impressions et les préceptes. La volonté se plie aux exigences de la discipline, et l’âme, vierge encore, se laisse pénétrer par les préceptes de la morale sans laquelle ne peuvent vivre honnêtement, ni l’individu, ni la société humaine.
Aussi Cerise voudrait-il que la salle d’asile fût une école d’éducation plutôt qu’une école d’enseignement proprement dit. L’enfant est susceptible d’acquérir dès le plus bas âge. Il apprend même avant de savoir parler. Il connaît les personnes , il distingue une multitude de choses, il en sait l’usage : en un mot, sa mémoire recueille une infinité de notions dont on ferait difficilement l’inventaire. Chaque acquisition agrandit le domaine de l’intelligence proprement dite, et personne n’ignore que l’on obtient, sous ce rapport, des succès brillants, il est vrai, mais bien dangereux. Les notions de choses, comme nous disons à l’imitation des Anglais,
jettent dans la mémoire des germes qui seront fécondés plus tard, si ces germes sont déposés parcimonieusement et avec intelligence dans le foyer intellectuel. Le bon Lhomond comparait la science à une liqueur précieuse que l’on ne peut introduire, sans les plus grandes précautions, dans un vase à col étroit. Lhomond avait raison. L’intelligence de l’enfant s’entr’ouvre à peine. Elle n’est susceptible ni de grands efforts, ni de grandes absorptions de savoir. Quelques rares essais ont pu paraître heureux parce qu’ils flattaient l’amour-propre des parents, mais ces fausses prémisses de l’intelligence n’ont produit que le rachitisme et la débilité intellectuelle.
Cerise ne blâme pas absolument les premiers essais d’enseignement. Ce qu’il désapprouve, avec raison, c’est que l’enseignement soit considéré comme le but de la salle d’asile. Son vœu le plus cher serait que cette première enceinte fût le théâtre de l’enseignement de la morale. Les premières impressions se gravent mieux dans l’esprit et 11e s’effacent jamais. L’enfance est donc le moment le plus propice pour jeter dans l’âme les principes de morale.
« L’enseignement chrétien, dit Cerise, nous prescrit une sollicitude constante et éclairée pour le perfectionnement moral, intellectuel et physique des générations qui nous suivent... » « Travailler, dit-il encore, à l’amélioration morale, intellectuelle et physique du plus grand nombre, c’est appeler toutes les classes de la société à la connaissance des devoirs communs, du but d’activité commune, de la loi morale, en un mot, que tous doivent comprendre et pratiquer; c’est favoriser le développement des facultés de l’homme afin que la sphère de son activité s’étende et que sa liberté soit dégagée des entraves qui peuvent l’enchaîner; afin que tous , ayant la connaissance du devoir commun et étant libres de l’accomplir ou d’y manquer, tous soient également responsables; afin que la société ne soit pas mise en demeure de se reconnaître complice des crimes individuels; afin que l’égalité chrétienne règne sur la terre... »