CHAPITRE IV
LA
Voyons maintenant les déductions que nous pouvons tirer à l'appui de notre thèse de toutes les observations que nous venons de rapporter.
Il nous semble que la première n’a rapport qu’à une broncho-pneumonie et la seconde à une pneumonie franche. Ce sont des cas tels qu'on peut en rencontrer {dans les traités classiques ayant trait à
ces différentes affections et nous avouons quant à
nous, ne point partager l'avis de l’auteur. De ce que
ces affections pulmonaires sont peut-être survenues
pendant une épidémie de grippe, il n’en résulte pas forcément qu’on doive les considérer comme des infections secondaires de cette maladie.
Peut-être nous objectera-t-on que nous avons choisi des cas de broncho-pneumonie et de pneumonie franche et que notre critique est aisée, mais nous n'aurions que l'embarras du choix pour puiser dans
la multitude des observaqions de pneumonies à symp-
Rues irréguliers dites grippales. Il n'est pas rare en temps ordinaire de rencontrer des pneumonies qui
n’offrent aucun des caractères classiques : absence de
point de côté, de frissons, fièvre légère et prolongée,
pote
mauvais état général longtemps stationnaire, résolution très lente, etc., ete., et cependant il ne vient pas à
l'idée du praticien d’y voir une forme de la grippe. Et
d’ailleurs dans toutes ces pneumonies bâtardes ce sont
toujours les mêmes microbes qu’on y rencontre, sur-
tout les pneumocoques el les streptocoques; pourquoi
alors vouloir absolument différencier des maladies qui ont mêmes causes el tournures pareilles?
Il en est de même pour les formes de grippes dites gastro-intestinales ou typhoïdes. Reportons-nous à l'observation III (Grippe à forme typhoïde compliquée d’hémorrhagie). Il nous semble qu'il s'agit dans ce cas d’une fièvre typhoïde, un peu anormale si l’on veut, et que pas n'est besoin de faire intervenir la grippe dans ce cas. | Est-ce que cette température élevée avec quelques rémissions matinales, est-ce que cette diarrhée fétide et ces hémorrhagies intestinales ne se rencontrent pas dans la dothiénenterie fréquemment ? Les signes de bronchite seraient tout à fait insuffisants pour permettre de penser à la grippe, et d’ailleurs ces phénomènes pulmonaires ne sont-ils pas rencontrés eux aussi, à chaque instant dans la fièvre typhoïde. :
Nous nous sommes contenté de rapporter cette seule observation de grippe à forme typhoïde, mais combien d’autres à forme gastro-intestinale n’a-t-on pas cité. Souventes fois le diagnostic, d'embarras gastrique serait-il nous semble, bien suffisant.
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Nous avons trouvé signalé le cas d’un malade qui,
quinze jours après une grippe bénigne, auraiteu une
paralysie post-grippale du voile du palais, du pharynx
et du larynx (Médecine moderne, 22 février 1896, page 125). Mais pourquoi voir encore dans ce cas un nouveau méfait de la grippe, surtout si cette grippe a été bénigne? Ne serait-il pas plus simple de penser que cet accident est survenu après une simple angine grippale ou non, comme le cas en a déjà été signalé ?
Dans les trois observations qui sont contenues dans l'observation IV et que nous empruntons à une communication du Professeur Cornil à PAcadémie de Médecine du 5 mars 1895, nous voyons des cas d’encé-
phalopathie dite grippale.
Examinons la première de ces trois observations. Sur quoi se base-t-on pour considérer linfluenza comme la cause de cette maladie? Sur son début brusque? Mais ce serait bien insuffisant, la grippe n'ayant pas l'apanage du début rapide. On nous dit au commencement de cette observation que la malade à présenté jadis des accidents nerveux, alors pourquoi ne pas attribuer les troubles qu'on a observés chez cette: malade à l’hystérie réveillée par la maladie fébrile qui l'a frappée ? |
. Dans les deux autres cas exposés dans cette communication, de même que dans le premier, les symptômes décrits ressemblent à ceux de la méningite; les
\ recherches microbiologiques de ces dernières années
ne nous ont-elles pas démontré que bien d’autres microbes que le bacille de Koch pouvaient se localiser sur les méninges et produire des lésions inflammatoires ? On a rencontré le pneumocoque, le streptocoque, le bactérium coli commune, ete., ete. ; ces microbes ne provoquent pas toujours des accidents fatals et les méningites produites par ces microorganismes peuvent guérir. Du reste on a décrit des méningites hystériques, vermineuses, choréiques, ete. Sur quoi peut-on logiquement se baser pour supposer que les méningites décrites dans ces observations sont dûes au microbe de la grippe plutôt qu’à un autre microbe? |
Dans une autre communication à l’Académie de . Médecine (30 avril 1895), M. le professeur Cornil lit
l'observation d'une femme atteinte de grippe suivie d'accidents méningitiques. (Voir observation V). La malade ayant succombé, on put faire l’examen du cerveau et on constata qu'il s'agissait d’une méningo-encéphalite superficielle. Des bacilles de la grippe ne furent pas trouvés dans les méninges. Pourquoi encore dans ce cas rendre la grippe responsable de ces accidents? On sait que dans y cachexies profondes tous les organes sont exposés à des infections ; or cette femme était dans un état de « dépression extrême », ouvrant ainsi la porte à tous les micro-organismes. Ses méninges ont présenté une résistance moindre que les autres parties de l'organisme, elles se sont
laissé infecter, d’où les accidents qui ont emporté la malade. Aurait-on jamais avant la grande épidémie de 1889-1890 pensé à qualifier de grippale cette méningite? Nous ne le croyons pas. On pourra nous objecter que depuis l'épidémie dont nous parlons on a constaté un grand nombre d'états infectieux à allures particulières, totalement inconnus avant 1890, mais nous répondrons qu'auparavant déjx ces états infectieux existaient ; on les remarquait moins parce qu'ils étaient rares; ils devinrent fréquents pendant lin-
fluenza et atlirèrent l'attention des médecins. |
Les pneumonies infectieuses ne sont pas nouvelles, pas plus qu’us grand nombre d’états infectieux encore inconnus et qu'on range, faute demieux, sous un nom
quelconque. N'est-ce pas là le cas de la psittacose con-
sidérée jusqu’en 1892 comme une pneumonie infec-
tieuse, et-sans les épidémies plus ou moins graves qui
ont sévi depuis cette époque, la maladie dont nous parlons serait encore regardée comme une affection vulgaire.
Des troubles oculaires ont été signalés également dans la grippe. Nous avons cité la communication faite par M. Galezowski à la Société d’ophtalmologie, le 5 avril 1895 (Voir observation VI. Malgré la haute compétence de-M. Galezowski en ces matières, nous
ne pouvons pas partager sa manière de voir. Du reste,
le premier de ces trois cas en particulier, ne fait que donner plus de force à notre idée qu'il y a un vérita-
ble abus des localisations et complications grippales. Comment pourrions-nous en effet accepter que cette rétinite hémorragique soit le fait d’une grippe bénigne, si bénigne même qu'elle ait passée inaperçue ?
La pathogénie de ces cas n’est pas facile évidemment à expliquer ; nous croyons pourtant qu'il s’agit d’une altération générale du sang causée par le pneumocoque et le streptocoque par exemple. En effet, s; tant est qu’on admette que le bacille de Pfeiffer est le microbe spécifique de la grippe, il ne pourrait être la
cause de cette altération sanguine, puisque d’après
Pfeiffer lui-même et presque tous les autres bactériologistes qui l'ont isolé et cultivé, on ne le retrouve pas - dans le sang.
Dans l'observation VIF, il s’agit d’une complication . cardiaque de la grippe. Il nous semble qu'il est question laencore d’une affection qui peut s'expliquer autre-
ment et que la malade a suecombé à une endocardite infectieuse. Cette femme, fille de père rhumatisant, a eu elle-même, nous dit-on, quelques douleurs rhumatismales ; tous les symptômes qu’elle a présentés ne sont autres que ceux de l’endocardite infectieuse ordinaire, telle qu'on a eu plusieurs fois l’occasion de l’observer. |
Plusieurs auteurs font de la grippe assez volontiers une variété du rhumatisme ; c'est par exemple l'opinion du professeur Grasset, de Montpellier, qui est forte-