JAN LUYKEN I
lés, des portes béantes, des croisées ouvertes et des femmes, des entants écrasés contre les murs, arrachés des corridors, piétines à coups de bottes, assommés à coups de marteaux et de rames, percés à coups de dagues ; des gens chassés sur les toits, s'accTOchant aux cheminées en grappes, glissant dans les gouttières, délogés à coups d'arquebuses, lancés à tour de bras par les lenêtres, achevés par une troupe de bateliers et de leîires.
Sous le vent d'une panique qu'accélèrent le mugissement des tocsins et le fracas des trompettes et des caisses, des familles fuient que les assassins atteignent; des femmes à genoux joignent les mains, supplient, abritent des enfants qui pleurent; des moribonds se soulèvent sur un coude et implorent avec des bouches sans voix et des mains qui pendent; d'autres, étendus, essaient encore de se détendre, tandis qu'enseignes déployées et tambour battant, des hallebardiers s'avancent vers Coligny, décapité, nu, traîné au galop par un attelage de forcenés qui braillent des vivats le chapeau en l'air.
Un souffle mou, un peu salé d'abattoir imprègne cette planche dans laquelle la Seine, que
domine une illusoire Notre-Dame, charrie des gestes de défi, des hurlements et des blasphèmes, des agonies aux membres révulsés, aux cheveux droits.
Telle est, notarialement exposée, l'ordonnance de cette gravure. D'ensemble extraordinaire, car elle bouillonne en quelque sorte avec son brouhaha et son grouillement de foule , cette rare estampe, parcellée en chacun de ses nombreux groupes, stupéfie par l'alerte des mouvements, par l'expansion des physionomies dont les passions excédées s'effarent, tantôt héroïques, tantôt triviales. C'est tout à la fois intime et féroce; hollandais, bonhomme par le détail scrupuleux et juste ; calviniste enragé, genevois, par la cruauté religieuse et froide.
Tout ce que cet homme pouvait avoir de pitié dans l'âme, il l'a certainement mise dans son œuvre, mais sous cette pitié puritaine, comme rentrée, sourdent des sursauts de rage ; ennemi par son tempérament même des pompes supplicières du Saint-Siège, il a dénudé en d'horribles procès-verbaux , recuit et condensé en d'âpres scènes les studieuses tortures que la férocité théâtrale des catholiques infligeait à ces