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JAN LUYKEN

ennuyeux huguenots dont la race, si mal arrachée par les jardiniers de Rome, a poussé jusqu'à nos jours ses rejetons d'hypocrites bourgeois et de tristes et de sots pasteurs.

Hanté, de même qued'Agrippad'Aubigné, par des sujets bibUques et atroces, Luyken a illustré l'histoire des juifs (i) et longuement décrit les épisodes qui ensanglantèrent la vie de cet inextirpable peuple.

D'aucunes de ces planches sont admirables. Les plaies d'Egypte, entre autres, où, sous les langues de flammes qui tombent d'un firmament tou, se tordent des moribonds sans forme humaine , des têtes mangées par des bouches de plaies, des bras en manchons, des membres éléphantinset spongieux, des jambes mamelonnées d'ampoules, boursouflées de cloches ; d'autres encore où, sous des ciels sillés de foudre, rayés de grêle, des chevaux aveuglés se cabrent, des troupeaux éperdus s'emportent ; d'autres, enfin, comme celles « des Ténèbres, » et de «. la Tour de Babei » où, sous le menaçant prodige des monuments qui tremblent, travaillent des foules

(i) Mosaizehistorieder Hehreeuwse. Amsterdam, — infolios, — sans date.

affairées ou errent des multitudes qui trébuchent dans la nuit du jour, en hurlant de peur.

Luyken fut un maître dont la personnalité demeure invincible. Aucun n'a su , en effet, rendre mieux que lui le pullulement passionné des masses et plus clairement divulguer la parole ou le cri de la créature qui jaillit, toute vive, d'un dessin noir. Il n'est aucune de ses planches qui ne soit marquée à sa très spéciale étampe, alors même qu'il peint des intérieurs bourgeois, ainsi que dans « son ameublement instructif avec des sentences divines et des pensées édifiantes» (i), ou qu'il s'amuse à dessiner des batailles, que renouvela depuis Gustave Doré dans les vignettes des « Contes Drolatiques, » des batailles où un chevalier coupe d'un revers d'épée un Sarrazin et son cheval, au milieu des feux d'artifice du sang qui gicle en jet d'eau du corps écarté, coupé en deux tranches que rejoignent encore un peu, tels que des lacets débridés, les fils dérangés des nerts.

Puis il a su trouver un accent particulier,

(i) Het Leerzaam Huisraad, etc. — Te Amsterdam, by de Erven van f. Houttuyn, — in-i8 — 1771.

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