JAN LUYKEN I3I
renouveler, taire siennes des poses exactes er connues, les bras levés dans un moment de détresse au ciel, les tètes gémissantes cachées dans les mains, le lancé, le galop des corps qui se démènent et courent ; il a su s'approprier un type de jeune homme, élégant et long, très naturellement et très décorativement drapé, et des types de vieux israélites dont la méridionale mimique discute, ainsi que dans « la Résurrection de Lazare, » la véracité ou l'aubaine à tirer de ce miracle.
Eparse dans des livres et confinée dans les anciennes librairies de la Hollande, son œuvre, composée de plus de 4,500 gravures et d'un portrait à l'huile, le seul du moins que l'on connaisse, le portrait de sa mère, qui appartient au baron Van Six Hillegom,est presque ignorée en France. Jan Luyken ou Johannès Luycken naquit le 16 avril 1649, a Amsterdam, de Gaspard Luyken, écrivain, et de Hester Coores, son épouse, sans protession. li fut élève de Martinus Zapnolen, se maria, à 19 ans, avec Maria deOude, eut cinq entants, tous morts jeunes, excepté un fils, Gaspard, qui a signé avec lui la Saint- Barthélémy et quelques autres planches et qui est
mort en 1660, par conséquent avant son père, décédé à Amsterdam, le 5 avril 17 12.
Enfin, en tête de l'un de ses livres intitulé : « Le Commencement, le Milieu et la Fin de l'Homme, » livre qui contient sur une page les psaumes et sur l'autre ses poésies en paraphrases, Jan Luyken a gravé son portrait.
Il fut malaisé, je crois, d'être plus laid. Imaginez, sur une bouche à bourrelets dans laquelle pénétreraient facilement les pelles jetées sur les tenders, un nez busqué, à cascades et à bosses, terminé en des narines ouvertes comme des cuves, aux rebords taillés à biseaux ainsi que le nez des chiens de chasse; de chaque côté, de petits yeux creux, puis des cheveux secs^ séparés par une raie au milieu et tombant sur les tempes, à plat. Il semble, au premier regard, dolent et idiot ; puis, à le scruter longuement, l'incohérence de ces traits s'assemble. On découvre dans ce front carré, presque brut, dans ce nez humant et fureteur, la volonté de l'observation pertinace et ténue; dans ces yeux enfoncés, allumés de lueurs sèches, dans cette tête maladive et bilieuse, dans cet air égaré contredit cependant par la certitude de la mâchoire, l'on sent une bonté sans