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LE MUSEE DES ARTS DECORATIFS I

barie dégoûterait d'une musique délicate qu'il se serait ingérée et qu'il rendrait, lorsque son maître, tournant la clef de l'irrigateur, refoulerait des mélodies plein ses tuyaux.

Ah! si ce projet se réalise, nous en verrons <ie belles! — Ce n'est donc pas assez que le premier venu puisse copier à la grosse les meubles du Musée de Cluny ! Je sais bien que l'on n'est pas obligé de les acheter, mais il faut bien les voir puisqu'ils emplissent des boulevards entiers et des rues ! — Et que sont ces boutiques à côté de ces magasins de faux Sèvres et de faux Saxe dont le boulevard Saint-Germain regorge ? Tous les pots d'un bleu bête de turquoise lavée, ou d'un bleu lourd d'indigo, mastiqués de grecques en or mat, s'étalent, montés sur du cuivre de robinet, blasonnés sur le ventre de médaillons, de guirlandes de myrtes et de roses au centre desquelles des Estelle et des Némorin lutinent. L'horreur de cette vaisselle est incomparable et, quoi qu'on fasse, même en changeant de trottoir, il faut qu'on la subisse, car l'œil attiré par cette couleur crue s'égare quand même vers elle et s'y attarde ; il y a là une impulsion forcée, morbide, l'attraction de

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l'horrible, la malacie du monstrueux, le pica du laid ! — Et je ne parle pas des redoutables étalages des pendules artistiques Louis XIII, fabriquées par des négociants dont l'extermination lente et compliquée me serait douce 1

J'en arrive à regretter, en fait de tapisseries et de décor, les donjons et les chasses des stores autrefois appendus chez les charcutiers; oui, je regrette le buste d'Hippocrate sur un socle de marbre brèche ; je regrette le ruisseau de verre filé qu'éventait un balancier; je regrette tout, depuis la naïveté bébête et le mauvais goût certain de l'acheteur, jusqu'à l'hébétude souriante du fabricant; car, en somme, ces pauvretés ne gâtaient rien et surtout ne contaminaient points sous prétexte d'art appliqué à l'industrie, les oeuvres originales de Musées que l'État devrait bien défendre!

J'ajouterai que ce projet insulte Notre Industrie Nationale qu'on déclare incapable de découvrir une forme quelconque et qu'on invite formellement, par la voie de la presse, à venir pasticher les objets qu'on exposera dans des vitrines. Il est vrai que lorsqu'elle invente quelque chose, Notre Industrie, elle décèle tout

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aussitôt les instincts raffinés d'une Caraïbe ; le plus surprenant spécimen qui se puisse citer à ce sujet s'étale dans une montre du Palais -Royal, chez un bijoutier. Cela représente la pendule du « Maître de Forge » et se compose d'un marteau-pilon d'acier qui monte et descend, au-dessous du cadran dont les aiguilles sont des lancettes ! Il est certainement malaisé de descendre plus bas dans l'abject et dans l'atroce, mais quelle collection d'art épurera le goût de l'homme qui a pu, sans se vomir, édifier une telle chose? — A ce point de vue encore le Musée des Arts Décoratifs est inutile. Un industriel a du goût ou n'en a pas ; la prétention d'inculquer le sens esthétique à un commerçant est dérisoire. Ainsi que je l'ai dit plus haut, le seul résultat que nous puissions attendre de la gaveuse artistique que l'on médite, c'est la honte caricaturale et le dégoût de l'œil sain pour le modèle qu'il s'est longtemps plu à contempler.

Cette question du Musée des Ans Décoratifs mise à part, j'arrive à celle des ruines du Conseil d'État et de la Cour des Comptes.

Certes, jamais monument plus laid ne fut élevé. C'était poncif, pompier^ coco, buflfet, patriarche.

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chaufferette, tout ce que l'on voudra ; cette bâtisse puait le grec, le romain, le premier Empire, toutes les senteurs d'architecture les plus nauséeuses et les plus fades; d'accord, mais cette odeur s'est maintenant évaporée ; le feu a désagrégé ce fastidieux amas de pierres, éventré la lourde panse, décoiffé enfin la tête de cette vieille bourgeoise dont il a fardé de rose et de vert le blanc grincheux du teint.

La carcasse de cette bâtise est subitement devenue auguste ; ses colonnes si patraques et si lourdes se sont allégées et elles filent presque altières dans le ciel. Par les cadres déserts des fenêtres et des portes, par les fentes du gros œuvre, par les trous des murs de refend, le soleil entre, éclaire les blessures fermées des flammes, caresse le bloc charbonneux des poutres, glisse sur le jais des moellons calcinés, orange la rouille des fers, rosit les briques, blondit les plâtres, dore du haut en bas l'immense cage où des milliers de corbeaux tournoient.

Au lieu d'une caserne affreuse, l'on a un palais écroulé de Rome, une fantaisie babéliquc, une eau-torte de Piranèse avec ses voûtes inachevées, seb arches perdues, ses galeries courant

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