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LF. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS I

en l'air, s'interrompant, sautant par dessus le vide, ses masses colossales d'arceaux s'entrecroisant, les uns dans les autres, se barrant la route, se dégageant, se rejoignant encore par des baies taillées en pleins nuages, toute une architecture de rêve, tout un cauchemar de colonnes abruptes, taillées à coup de haches, dans la congestion d'un sommeil fou !

Puis une miniature de forêt vierge pousse sous les voûtes de ces ruines; des arbres s'élèvent de toutes parts; partout des arbustes ont descellé les dalles et des saxifrages ont brisé le marbre des terrasses ; partout des mousses vertes appuient le ton rose incrusté par le pétrole sur l'épiderme de certaines pierres^ partout des jardins suspendus se balancent au-dessus des arbres, des jardins apportés par des bourrasques, des parterres minuscules, des allées frayées par les moineaux qui s'y battent, des petits champs en friche sur des pans de murs, des bois de platanes nains, des corbeilles de fleurs sauvages, aux germes semés par un coup de vent !

Encore dix années et, avec l'aide d'un respectueux décorateur, l'on obtiendrait un fragment de Palmyre ou de Sardes, un tronçon de cité

morte, un segment d'une Rome nabote, mangée de verdures et de fleurs.

A l'heure actuelle, et sans que le décor planté par le Temps soit parachevé, ce monument est le seul dans lequel la fantaisie du sol, si constamment réprimée par la voirie parisienne, existe. Ne serait-ce que pour ce motif, l'on devrait le garder ; — puis quel enseignement cette ruine nous révèle !

Depuis un siècle, l'architecture est un art perclus, toutes les bâtisses élevées le prouvent ; les combinaisons de la pierre semblent du reste épuisées et la ferronnerie qui lui succédera n'a pas encore trouvé sa forme. En attendant que cette forme, qui sera fatalement l'image d'une époque de mercantilisme et de hâte, éclose, ne pourrait-on présenter tel qu'un exemple à suivre la beauté acquise par le palais de la Cour des Comptes, depuis qu'une chance esthétique voulut qu'on le détruisît et qu'on le délaissât ?

Au lieu de donner à bâtir à des architectes des monuments qu'ils composent de bric et de broc, prenant ici un morceau de l'antiquité, là un bout moyen âge et raccordant le tout, tant bien que mal, ne vaudrait-il pas mieux les em-

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