‹ CertainsChapitre 29 sur 31 · BIANCHI · texte numérisé non relu

BIANCHI

Telle peut être la signification de cette toile où la rousse et flexueuse perversité d'une Renaissance sourd déjà de la rigide blancheur du Moyen Age. Sans doute, Bianchi a tout bonnement peint, ainsi que la plupart des artistes de son temps, une famille de donateurs qui lui avaient, pour la parure d'une chapelle, commandé cette œuvre; il a travesti en de religieux costumes des podestats usés par les déboires du bonheur et les joies du vice; en acceptant cette donnée d'une simple série de portraits, de quel sentiment surhumain, de quel subtil et impérieux talent n'a-t-il pas imprégné son oeuvre! Sans rémission, les amateurs louent le chancelant sourire de la Joconde ; mais combien plus mystérieuses, plus dominatrices, sont ces lèvres closes, augustes et navrées, douces et mauvaises, vives et mortes; combien les yeux attendus, sûrs, du Vinci, sont vides, si on les compare à ces prunelles en eau de roche ou en eau de rivière qui, frappée par la foudre, s'épure après l'orage !

InexpHcable malgré tout, cette toile d'une couleur lisse et meurtrie, d'un dessin solennel et svelte, d'une tristesse infinie, d'une allégresse

indicible d'art, vous arrache à la vie présente et vous suggère d'inquiétantes rêveries, alors que, chassé par l'heure de la solitaire salle, l'on redescend sur la place du Carrousel et qu'on rentre dans le fracassant tohu-bohu des voies publiques.

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