RAFFAELLI
des paysages de Jersey, chez M. Georges Petit,
■d'extraordinaires aquarelles reproduites dans le numéro du Paris-Café-Concert, édité par M. Bas* chet.
L'une d'elles nous montre un quadrille aux Ambassadeurs : deux blanchisseuses qui ont lâché le fer à repasser, le « gendarme, » deux lavasses roulées sur tous les canapés sans ressort •des marchands de vins, secouent, les pieds au ciel, dans un furieux chahut, l'étal mouillé de leurs chairs ; et il faut voir le sourire carnassier <le ces bouches, la danse de ces tanons, le cancan de ces yeux de filles à trois francs, qui allument le fond des corridors ou attirent, pour de courtes besognes, dans la nuit des terrains vagues !
Les deux hommes qui leur servent de vis-à-vis sont encore plus turpides ; l'un d'eux tord une gueule de garçon de cuvette et l'autre un mufle de camelot ou d'acteur; eux aussi se dégingandeni, battent avec les moulinets de leurs bras une rémolade de poussière dans les jets de gaz, font avec les manches de veste de leurs jambes les digue -digue -don d'une crampe atroce.
C'est de l'élixir de crapule, de l'extrait con-
centré d'urinoir transporté sur une scène, de la quintessence de berge, de dessous de pont, enrobée dans une musique poivrée de cymbalei et salée de cuivres.
Peintre des paysages suburbains dont il a> seul, rendu les plaintives déshérences et les do- 4 lentes joies, M. Raffaëlli a voulu suivre la créature humaine échappée de la banUeue et jetée en pâture sur des tréteaux, aux ruts oculaires des quartiers riches ; et sous les paillons de ce carnaval, sous les teintures de ces faces, sous l'emphase de ces ventres en sortie et de ces tétons sautés, il a retrouvé la canaillerie alcoolique des gestes, l'indécence intéressée des yeux et il les a peintes, comme vues au travers d'un tempérament d'Anglais, d'un pinceau naïf et féroce, brutal et dur.