RAFFAELLI
cas fréquent, du reste, parmi les enfants du peuple. Et, dans cette joie d'une sortie de classe, dans ce délassement de cris et de rires, dans ces transports de courses et de danses, les traits endormis s éveillent, les physionomies effacées s'accusent, les laides même deviennent charmantes. De la toile à peine couverte s'évapore comme une puberté de grâces simples.
Ajoutez enfin que la peinture est lumineuse et gaie, que la couleur parfois un peu timide du peintre s'est enhardie et qu'avec les teintes neutres des tabliers et le bleu ou le lilas des robes, avec ces touffes de cheveux tombant en natte sur le col ou nouées en paquet d'échalotes sur la nuque, ces cheveux de blondines qui se fonceront plus tard, il est parvenu à moduler une mélodie d'une plaisance de tons exquise.
Une autre de M. Raffaëlli : «La belle matinée.» Dans un lit capitonné, en bois blanc laqué, Louis XV, une femme dort ; le livre qu'elle parcourait est là, ouvert, sur la place vide du lit,
près de l'oreiller désert qui l'avoisine ; le monsieur s'est levé et sans doute a fui; la femme, lasse, s'est rendormie. Ce qui étonne dans cette œuvre, c'est l'extrême véracité de cette femme qui, la tête un peu renversée, souffle doucement, les cheveux dénoués, le cou un peu tendu, les paupières talées, les membres las; puis tout le ragoût du lit qui nous fait face, avec ses oreillers, ses draps, est épicé vraiment à point. C'est un hymne blanc, un hymne dans lequel le peintre a trahi le symbole de la couleur chaste, hystérisé la candeur, imprégné de volupté la fraîcheur des tons communiants , cantharidé les teintes évangéliques, les nuances d'épithalame ! Œuvre d'une distinction mitoyenne, voulue, œuvre précise, d'un réalisme absolu, d'une observation acérée, d'une vigueur intense, ce tableau détonne, dans la pièce où il chante à tue-tête son hosanna libertin des blancs, au milieu des antiennes multicolores moulues par les orgues de Barbarie de ses confrères.
De M. Raffaëlli, mais exposées, cette fois, avec