‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 55 sur 77 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Avec Eichendorff disparaît le dernier romantique. Cependant, l'esprit romantique était désormais impérissable; le romantisme a éveillé dans l'ûme allemande des idées et des besoins nouveaux; les suggestions de Fr. Schlegel, les formules de Schelling et de G. Schlegel ont fait fortune à côté des thèses de Hegel. Il suffit de jeter un rapide coup d'oeil sur les jugements critiques, portés en Allemagne au sujet de Cervantes, pour se convaincre de la continuité et de la fécondité de la tradition romantique (i)

(i) Je ne prétends pas donner ici tou> les jugement! exprimé! fur Cer- - en Allemagne, mais montrer dant quelques appréciation* particulièrement caractérMiiiiK» la lurrifance dea eonceptiona romantiques. En ce qui concerne la bibliographie cervantesque en Allemagne, elle eal loin d'être complète. Voici queli ouvragée j'ai pu compulaer : l'index Locupletitsimat Librorum, de Kayser, le Hinrichs Halbjahrkatalog, le Sclrfagwortkalalog de K. Georg, le Jahresbericht fur neuere deutsche Literaturgescliirhl' . la Bibliographie </</• deaUchen ZeUtchriftai-LllUralur, la Zeittchrifi JUr rom. Philologie, VEuphorion, Pas litterarische Bd lurtoul en rue d

tilicr, complétée el mettre an courant la BlbUognphit •!. i i

Scherr, en i85i, admire dans le Don Quichotte la tragicomédie de la nature humaine, qui oscille perpétuellement entre l'idéal et le réel; on a tort, à son gré, de n'y voir, avec le lecteur superficiel, que le comique plein de variété et de nuances; le penseur acquiert la conviction que ce roman traite de l'éternel antogonisme entre l'esprit et la nature, la poésie et la prose. Don Quichotte est la plus grandiose allégorie qu'on ait jamais créée (i).

Rosenkranz (i855) cherche à son tour le sens profond de Don Quichotte dans l'opposition de la réalité et de l'idée; Don Quichotte représente la décomposition de l'idéal chevaleresque; les rêves du héros se dénouent par des bastonnades; en face de cet idéalisme visionnaire, se pose le bas réalisme de Sancho. Cet antagonisme entre la fantaisie et l'entendement, la poésie et la prose, l'extravagance et la critique, l'idéal et la réalité, fait du Don Quichotte une des plus grandes créations de l'humanité. La sublime inspiration du poète sut ordonner autour d'elle le tableau le plus parfait du romantisme moderne, des alternatives de tragique et de comique, toute la poésie des romans pastoraux ou picaresques et envelopper ainsi son ironie d'éléments plus positifs (2).

L. Lemcke (i855) se borne à citer de longs passages de Bouterwek, et adhère, sans réserves, à son interprétation. Cervantes n'avait tout d'abord d'autre but que de ruiner la passion des romans chevaleresques, mais cette intention spéciale s'élargit en idées plus générales. Ticknor, qui rejette les « métaphysiques épluchages » de Bouterwek,

(1) Allgemeine Geschichte der Literatur i85i (d'après Rius, Bibl., t. III,

(2) Die Poésie und ihre Geschichte. Kœnigsb. i855 (Rius, Bibl., t. III,

p. 386 sq.).

fait prouve d'étroitesse d'esprit. Il faut saisir la portée universelle, la signification humaine de l'œuvre. La satire de Cervantes est absolument moderne, car elle atteint, à travers la fantasmagorie du moyen-âge, cette catégorie encore actuelle des romantiques qui, dans leur enthousiasme pour le passé, ne savent pas voir le présent qui en diffère (i).

A. EbertOSny) remonte de préférence par delà le romantisme jusqu'à Herder, explique le goût des Allemands pour l'Espagne par une certaine parenté des tempéraments, mais voit dans les enthousiasmes romantiques pour Cervantes et les Espagnols un manque de puissance créatrice (2).

Tandis que la plupart des critiques cherchent à rendre justice à la fois à Don Quichotte et aux réalités qui l'entourent, K. Frenzel prend parti pour Don Quichotte (3). Ce roman est, dit-il, un livre triste et gai tout ensemble. C'esl le portrait de Cervantes, de l'Espagne elle-même, de l'idéalisme tout entier. Nous rions, non du héros, mais de nous <-t de nos Dulcinées et de nos déceptions. Le dénouement du roman n'est pourtant .pas pessimiste; il nous laisse la conscience, qu'en dépit de nos folies, de nos souffrances et de nos défaites, le beau et le sublime sont impérissables. « Tu non- conduis, dit Frenzel au poète, à travers le dédale de la vie, tu nous montres du doigt, en souriant doucement, les folies et les faibl'

(i) Handbuch der spanischen Litteratur, Lpz. i855, t. I, p. 3;i sq. La biographie jK-cupp t. I, pp. 3; 1-393; du Don Quichotte sont cités I, ch. a, 3, 18, »o, »i, et II, ch. 15 (ibld., pp. 3.,3-',',o) — des Nouvel ira Cornelia

(ib., p. Mo sq.), — des pièce- de théâtre, la Numancia (t. III, p. 116 sq.) et la Gunrda cuidadosa (ib., p. r< .

(a) Deutsrl,, VUrUljahnehrifi 0<v ■">:,). II. p. >- tq.

(3) K. Freud, Dichter und Frauen, IL Sammlg. Hannover, 1860, p. i3g.

du monde, tu te railles toi-même... et, encore saignant, couvert de poussière, les yeux pleins de rayons, tu montres dans les nuages et le lointain l'étoile aimée, l'idéal inaliénable » (i).

Le Jahrbuch fur romanische und englische Litteratur (2) (1867) prend délibérément parti contre les romantiques. 11 se plaint que Cervantes ne soit guère lu dans le texte que par les spécialistes. L'Allemagne est le pays où Don Quichotte est relativement le moins connu. Quant aux traductions, ce sont les meilleures qu'on dédaigne. « C'est que la pire de toutes, celle de Tieck, jouit, à cause de la célébrité de son auteur, d'une gloire traditionnelle absolument injustifiée... Quelle réclame ne lui a pas faite toute sa clique littéraire ! Mais les connaisseurs savent combien Tieck a maltraité le Don Quichotte dans sa traduction, par ses fantaisies, son manque de goût et surtout par la pénurie de ses connaissances » (3). Son Don Quichotte est une caricature du Don Quichotte véritable, qu'il a discrédité dans le public.

Nous voyons donc se produire, vers le milieu du xvnie siècle, les mêmes évolutions et réactions qui ont marqué la fin du romantisme; chacun, suivant son tempérament, emprunte ses opinions, soit au romantisme, soit aux adversaires du romantisme (4).

(1) Ibid., p. 202 sq.

(2) T. VIII, p. 43a sq. Compte rendu du Don Quichotte de E. Zoller. L'article n'est pas signé.

(3) Ibid., p. 433.

(4) RiJckert suit plutôt les suggestions de Jean-Paul :

Shakespeare und Cervantes, wie unvergleichlich mit andern, JUntereinander wie gleich finden wir Euren Humor. Ed. Cotta, 6 vol., t. III, p. 76. Poetisches Tagebuch (i85o-66).

H. Dohm i cite les formules de Bouterwek, mais les développe dans l'esprit de Schelling. Don Quichotte est, dit-il, un idéaliste intempérant, n Le vaste antagonisme, qui passe à travers toute poésie, le combat entre la réalité et l'idéal, le contraste entre la fantaisie et la raison sont l'arrière-plan de toutes ces aventures vaudevillesques de l'épigone romantique et de son matérialiste compagnon. » Le Don Quichotte est une machine de guerre contre les subjectivismes excessifs, les sentimentalités exagérées qui s'opposent à l'esprit naïf, puissant et créateur de la réalité vivante. Sancho ne représente pas la véritable vulgarité, car il ne manque pas d'imagination. La trivialité réelle, celle des cœurs, est personnifiée par le monde des gens distingués, le duc et sa cour (2).

Ecoutons, d'autre part, un disciple de Tieck (3). Friesen voit le Don Quicliotte à travers la traduction de Tieck : « Alors, dit-il, qu'il semble que ce soient les aberrations du romantisme, en prenant le mot dans son sens le plus étroit, qui sont raillées et ridiculisées, il n'y a eu pourtant en aucun temps aucun livre, auquel la vraie poésie, avec toute son abondance et sa richesse, ait eu une part plus immédiate. » Le Don Quichotte est plus et mieux qu'une

(i) D\p spanische Nationalliteratur in ihrer Entwickelung. Berl., 1867, p. a4a sq. I] donne, d'après la traduction de Tieck, le a* Chap. du livre I «le Don Quichotte, p. a55 sq. Die Stimule der Natur, p. 370 sq., tirée de Soltau; quelques poèmes sont empruntés à G. Schlegel, p. 278 -q.: l'intermède du Retablo (complet, sauf les 2 premières scènes) est celui de Bertuch, p. 291 aq.; la Numance est analysée (avec quelques extraits), pp. 280-289.

(2) A citer encore de cette époque : Don Juan de Mario, Fine Erl. ru L. Q. Parte II, 49. Mag. f. d. L. des Ausland* ig, p. 5/jo. — Delius, C. r. de l'édition de Bartsenbascfa dans le Jahrh. fur rom. und engl. Lift., t. X (1869).

(3) Freih. von Frie«en. F.rinnmmgrn . elc, Wloi 1871, p. l 'jS sq. Cité dans Dorer, Cervantes, etc., p. 108 sq.

satire du roman de chevalerie; le public de l'époque où Tieck fît sa traduction connaissait mal l'œuvre de Cervantes, absurdement travestie ou abrégée; Tieck fit donc preuve, dans son travail, d'initiative et d'indépendance. Le ton de tout le livre sur Tieck est celui d'une dévote admiration pour le poète lui-même et pour tout ce qu'il aima.

Malgré ses escarmouches contre les Schlegel, J. L. Klein s'inspire au fond, dans son jugement sur Cervantes, de leur critique, et aussi celle de L. Tieck. Il analyse, dans une longue et enthousiaste étude (i), les beautés diverses de l'œuvre de Cervantes. La Galatée n'est pas un roman pastoral ordinaire, mais un Cantique des Cantiques d'un symbolisme occulte et d'une inspiration supérieure. Le Don Quichotte est l'admirable expression de l'âme même du poète. Cervantes fut, dans toute son existence, un héroïque Don Quichotte, qui s'exposa souvent lui-même pour de nobles causes; d'autre part, il fut un Anti-donquichotte, en mettant sa nation en garde contre les chimères et les illusions. Le Don Quichotte est le roman des romans, qui fit la guerre à l'idéal extravagant et affina le sens du beau par ses tableaux parfaits de îu vie moderne et ses jugements esthétiques. C'est un roman à la fois réaliste et idéaliste, le plus beau des temps modernes. Quant au Persiles, c'est une palinodie de Cervantes, la révocation du Don Quichotte, un de ces romans qu'il avait lui-même hautement condamnés. C'est le Don

(i) Geschichle des spanischen Dramas, 1872, t. II, pp. 258-/no. Cité dani Rius, Bibliogrufia, etc., III, pp. 322-3/17. Klein étudie abondamment en un style ambitieux, mais suggestif, le théâtre de Cervantes, la Numance en particulier.

Quichotte qui lui a donné le meilleur de sa gloire; peu cependant ont soupçonné que ce livre est le plus sérieux et le plus profond qui ait été écrit en Orient et en Occident. Ce sont des caricatures d'un jour que le génie de l'auteur a transformées en types éternels, en symboles de classes entières, et qui, malgré ce symbolisme, gardent leur vie individuelle et réelle. Non que le poète ait voulu, de parti pris, et par suite d'un plan général, établir l'antithèse entre la nature poétique et la nature prosaïque, entre la fantaisie héroïque et le grossier bon sens; Cervantes peint l'ensemble de la vie telle qu'elle est, sans en rompre l'unité.

Ainsi, la critique romantique se perpétue à travers le xixe siècle, et s'impose même à ses adversaires. Le Don Quichotte continue à passionner l'Allemagne; les érudits s'attachent à l'œuvre tout entière de Cervantes.

E. Dorer inaugure, sur des bases assez fragiles, la bibliographie allemande du poète qu'il aime et parfois imite (j)- Un autre raconte ce que le Don Quichotte a pris au monde chevaleresque « L'amour du chevalier de la Manche pour l'incomparable Dulcinée, dit E. Gessner, ses exploits puissants sont immortels; des siècles ont répété leur histoire et ils vivront éternellement dans la mémoire des hommes » (2). On étudie la signification du roman dans l'évolution générale (3), ou sa vérité psycho-

(1) E. Dorer, hir Cernante*' Litlrrntiir in Prutschland (1877), avr

Warhtrœge und Berichtigangen, Lpz. 1879, ->çi et ao p.

(2) E. Gessner, Dû» Vorbitd de» Don Q. Bcrl. Collège royal français Festschrift, ll.i.ii k, Berlin 1890, p. I7.

(3) Si;;. Epstein, /'. Q. in rutn i< he.lungsgeschichtlicher Beleuchtung, Die

logique (i), ou les sentiments personnels du poète (2); on mêle son héros aux batailles actuelles (3).

Des éditions des œuvres secondaires du poète attestent la continuité de l'étude de la langue espagnole (4). Les traductions de L. Braunfels (i884) et de E. von Wolzogen (i884) ramènent l'intérêt vers le Don Quichotte. Wolzogen prend nettement parti contre l'œuvre de Tieck, dont il dénonce avec âpreté les faiblesses; Braunfels se contente, dans son Introduction, de donner toutes les indications biographiques ou historiques qui sont nécessaires à

(1) Fr. Klœpfel, D. Q. vom Standpunkt des Irrenarztes, pp. 702-14. Velhagen und Klasings Monatshefte, Lpz. 1899.

(2) E. Dorer, Berganzas Lehr- und Wanderjahre. Nachgel. Schriften, 1893, t. III, p. 29 sq. (traite de l'amour de Cervantes pour les animaux, dont il trouve des exemples dans le portrait de Rossinante, de l'âne, du lion, de Berganza et Scipion). Le même livre contient 3 petits poèmes traduits de Cervantes, t. I, pp. 124-125.

(3) S. Brunner, Don Quixote und Sancho Pansa auf dem liberalen Parnasse. Der Herren Anastasius Griin und von Baucrnfeld Fanfaronaden in Politik und Religion, .nach Erfahrung und Verdienst gewûrdigt, Wiïrzb., Wœrl, 1886.

Emil Gœtts, Schwarzkùnstler, joué sous le titre de : Verbotene Fruchte i8g3 (parenté signalée par Al. von Weilen : Ein Zwischenspiel des C. in moderner Bearb. Allg. Z. Beilage. N° i46, 1894).

P. Schunck, Don Kichote. Ein drolliges Heldengedicht 8° 272 p'. Lpz. Haessel, i8g5.

H. Bender, Der neue D. Q., eine romaniische Kateridee. Roman in Versen, 8° XI, 180 p. Zurich, i8g5.

(4) G. Diercks, El cuento del cautivo. Eine Episode aus dem D. Q. Fur Lehrzwecke bearb. und mil Anmerkungen versehen. (Sammlg gediegener und inleressanter Werke der sp. Lit.), 5-j p. 8°. Lenz, Leipzig, i885.

Ad. Kressner, Novelas ejemplares de M. de C. S. Auswahl mit erklœrenden Anm. T. I : Los dos Doncellas, la s. Cornelia, X, 89 p. T. II : La Jitanilla, El Amante Libéral, VI, 34 p. (Collection : Bibl. Span. Schriftsleller, n" 1 à 18) chez Reuger, Leipzig, 1886.

J. Fesenmair, El cautivo en Argel y el licenciado Vidriera. Nov. de M. de C. S. in 8°, n4, Lindauer, 1887. Munchen. (Bibl. Span. mit deutschen Anm. fur Anfœnger, 6 Bdchen.)

l'intelligence de l'ouvrage, s'abstient de toute spéculation métaphysique, et met au point une traduction extrêmement érudite, complète, aussi exacte que possible, aussi fidèle qu'il était nécessaire, véritable monument de l'art de la traduction et parfaite consécration des principes posés par les romantiques. D'autres traductions sont rééditées (i).

Désormais, aucune année, ou presque, ne se passe sans apporter un ou plusieurs Don Quichotte, adaptations, réimpressions, ou traductions nouvelles, pour grandes personnes ou pour enfants. La musique même adr$3se son hommage au poète espagnol. Richard Strausz compose un Don Quichotte (1898), où il tente, sous une forme hu-

(1) H. Mùller, Cerv. Ausg. Werke. Rééd. de l'édition de i8:>5, introduction d'O. Roquette, Cotta, i

H. Herold, Don Q. von la M. .Iiigendsehrift, 2. éd. Ennslin & C, Reutlingen, 1888.

P. Moritz, D. O. Réimpr. (1" éd. en i883. C. Rius Bibl. I. IT 770). Lœwe, Stutt., 1888.

L. Tieck, Leben... 4 vol. ( Bibl. der ges. Lit. des In-und Ausl. n" 3g6-3o5) Rende], Halle, !

L. Tieck, Leben und Taten... Meyeri VoIkabibL Ribl. Institut, Leipzig, o. J. (1890).

K. F. A. Gerling, Leben und Taten des Don Q. von l. M. 12°, i55 S. Kuln, 1892.

Anon., Der tinnreiche... (flotice «le Viardot, Introd. de Heine) Réimpr. de l'édition de 18.37, ', Bd., 1. Band, XXXVIII. (58 S., t. II, Ssô p., 1892.

B. ron Woh gen Leben und Taten... (Réimpr. de la première édition, qui <^t de i884- Cf. Rhtt />'/'>/.. I. N 778) commence à paraître en &o livrairminé en i8o3; Knaur, Leipzig. C'est la ô" éd.

II. Miiller..., O. Roquette. Réimpr. in 8° (avec portrait). Cotta^ i8g3.

I'. M .rit/... , Réimpr., 101 p. ;i\<>- 1; ehromoa, 5' éd. Stutt. Lœwe, 1894.

L. Tieck, Leben und Taten... t. 1. \XMII. Î82 p., t. II. XIV. V,6 p., 7* éd. It 11. Druckerei \. 6. Bamb., i8g4, y éd. 5. a.

M. lliil.u.r. Leben und Taten... Fiir Batu and Scbale bearb. (mit vieka àbb.), a Teile 8', i3a u. ia3 S. A. Bnwtl. Miin-ter, i8g5.

moristique et truculente, de décrire quelques aventures réalistes du héros, et qui faisait dire à la presse musicale : « Don Quichotte n'est pas possible pour le drame, à plus forte raison pour la symphonie » (i).

Les critiques s'attaquent volontiers aux problèmes mystérieux que soulève le roman de Cervantes et s'efforcent d'apporter des solutions originales. Mais ils ne peuvent plus ignorer l'exégèse romantique et sont obligés de prendre position (2).

G. Karpeles (1901) (3) revient à l'interprétation romantique : « Son humour, dit-il de Cervantes, est source de romantique, et celui-ci, partant du monde des sens, s'efforce d'atteindre par le sentiment à l'idéal, qui considère dans la pleine clarté de sa conscience l'idée comme l'essentielle substance et contemple le monde d'un regard naïf et limpide. Voilà la grandeur du Don Quichotte... De la lutte

E. Moser, D. Q. v. I. M. Fur die Jugend, 120, 80 S. mit 5 Bildern u. 8 Holzschn. G. Weise, Stuttg., i8q5.

F. Hoffmann, D. Q., etc., fur die Jugend, 6. Aufl. 8°, Thienemann, Stuttg., 1896 (autre réimpr. 1897).

C. F. Lauckhardt, Leben... (La première édition est de 186g. Cf. Rius Bibl., I. N° 767) 3 éd., 263 p. Oehmigke, Leipzig 1897.

P. Moritz, Réimpr., 5 éd. igoo.

M. Barack, Lustige Erzwhlungen. D. 0. fur die Jugend bearb. Mit Textill. 8°, i4a p., Stuttgart, Lœwe.

An Hamerlee, Der neue D. Q. und dessen Knappe. S. P. oder Pa.ttor Brœunlicli und Peter Rosegger auf dem Kampfplatz der Los von Rom-Bewegung, 1901, n° 9, Graz, 38 p. (confisquée et réimprimée dans les Zeitgenœss. Broschuren).

J. Ferck,- D. Q. und Sancho Panza in neuer Auflage, i3 p. Graz, 1903.

(1) Neue Freie Presse, 19 déc. 190/1 (J. K.).

(2) Le Grundriss der rom. Philologie de Grceber, 1897, II, a p., 46i sq. où G. Baist étudie la littérature espagnole, donne sur Cervantes une étude très compenrlieuse, mais impartiale.

(3) Allg. Geschichte der Lit., IL Bd. Berlin, 1901, p. 54 sq.

entre l'âme et son idéal contre la prosaïque réalité de la vie naît un harmonieux développement, la réconciliation du cœur avec le monde, la sublime humanité et liberté de la pensée. » Le Don Quichotte est bien l'épopée du combat entre la fantaisie et le réel, l'idéal et la vie.

R. Béer (io,o3) (i) fait plus de réserves, n'affirme pas que le poète ait eu d'intentions cachées, mais recherche pourtant la portée du roman. Le Don Quichotte est, sans doute, un tableau vivant de son pays et de son peuple, mais il n'en a pas moins une signification universelle et représente l'humanité et ses illusions et ses erreurs, les élans de son idéalisme et les bassesses de son prosaïque bon sens. « Il serait difficile, ajoute-t-il, de méconnaître le parallélisme qui règne entre les ambitions ou pérégrinations du héros du poème et la carrière du poète lui-même. »

P. Scheerbart, qui conte sous forme de nouvelle une rencontre avec Cervantes, Don Quichotte etSanchô (1904) (2), refuse, avec les romantiques, de voir dans le Don Quichotte une parodie de toute idéale aspiration, mais il en célèbre l'ironie romantique exercée contre soi-même par le plus hardi poète qui ait jamais vécu (3).

C'est en 1905 que l'on célébra le centenaire du Don Quichotte; l'année précédente avait vu déjà surgir, comme hommage préliminaire, toute une série d'adaptations et

(1) Spanische Literalurgescitivht>\ t. II, p. 60 sq. Leipz. 1903.

(2) Die Dichtung, t. VIII, s. a. Préface datée du o.3 mars iqo3. Compte rendu critique dam : Dos Uit. Echo, VI, 1216-65 (N- M. Mi

(S). Le mouvemedl hispanisant en Allemagne ■ été suivi avec attention par la presse périodique, roif comme exemple de cet intérêt la bibliographie de Houben : Die 8onnteçtbeUage der Vouitchen Ztitang, i858-iqo3. Bibl. Reperturiiitti, t. II, Hf-rl. îQofl.

d'imitations (i). Mais la véritable année du triomphe cervantesque fut celle du centenaire, où dans toutes les littératures s'éleva le même chœur d'enthousiasme et de reconnaissance. L'Allemagne eût failli à sa tradition en ne prenant pas sa bonne part de cet hommage universel. Les voix les plus diverses se firent entendre dans toutes sortes de revues et de quotidiens. On chanta la gloire de Cervantes en vers et en prose; mais on ne pouvait oublier le rôle précurseur des romantiques : on fut obligé de prendre parti pour eux ou contre eux (2).

(1) J. Grundmann, Leben und Abenieuer des scharfsinnigen Edlen, etc. (Fur die Jugend bearb. 120 S. mit 4 Farbd. gr. 8°, Lœwensohn, Fiirtb, 1904).

Fr. Hanke, Don Quixote... fur die Jugend bearb. mit 3 schw. Textbildern von Hanetzog, sowie 3 forb. Bildern von E. Zimmer, III, 119 S. Verlag Jugendhort, Berlin, 1904.

G. Hœller, Leben... nach der Tieck-Ueb. fur Schule u. Haus bearb. Schafstein, Kœln, igo4 (Volksbûcher Schafsteins fur die Jugend).

P. Moritz, Leben... Réimpr. 8" éd., VIII, 101 p., 8° Lœwe, Stuttgart, igo4. id., ib., mit 6 Vollbildern und 24 Textbildern von F. Bergen.

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