‹ Cervantes et le romantisme allemandChapitre 58 sur 77 · K., D. Q. in Deutschland. Bresl. Zeitg. 1904. N · texte numérisé non relu

K., D. Q. in Deutschland. Bresl. Zeitg. 1904. N

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berichle fur nen fw Literaturgesch. ig, ,>,> .

Dans tonte l'œuvre littéraire du siècle dernier, Cervantes a tenu une place d'honneur. La postérité, dont la justice est lente, a reconnu enfin la portée du labeur romantique. L'apothéose du Don Quichotte apparaît comme une apothéose du cervantisme romanticme. On se plaît à rendre hommage à l'effort des poètes, des philosophes et des érudits du début du xtx6 siècle (i); Tieck surtout est remis en honneur, et sa traduction, une des plus louées (2), une des plus vilipendées (3) retrouve des éditeurs zélés et un public favorable.

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(1) Cf. par ex. il. M01T, Die romanischen Literaturen. Teubner, Lp/.-Berl., 1909, [i. ai3.

(•>) Voir : Litt. Echo 1906, p. 854.

(3) V. par ex. Trad. W. Vespor 1912, Munich. Préface.

Le courant littéraire, qui a ramené dans le? âmes moderles nostalgies et les inspirations des romantiques, rappelle l'attention sur leurs doctrines et réveille les sympathies pour leur œuvre critique. Le néo-romantisme du début du xxe siècle retrouve ses lions avec son passé et découvre ses origines dans le romantisme du début du xixe siècle. Des voix enthousiastes célèbrent les conquêtes romantiques. R. Huch, entre autres, révèle les splendeurs poétiques de l'école et sa survivance actuelle (i). On évoque, en même temps, tous les esprits familiers du romantisme et on prend plaisir à les voir avec des yeux de romantiques. De là, des élans nouveaux vers les mêmes maîtres, enthousiasmes ceivantesques. Le centenaire donne à toutes ces sympathies l'occasion de s'exprimer : une foule d'articles ou d'études, de traductions et d'éditions témoignent des nouvelles curiosités pour Cervantes «t pour le Don Quichotte. On a enrichi la critique cervantesque de points de vue inédits; mais c'est autour des mêmes interprétations que se livrent les grandes batailles. il ce sont les interprétations romantiques. Chacun, suivant son tempérament, les condamne ou les loue; mais ces conceptions sont restées actuelles : qu'on voie dans le Don hotte un symbole de la lutte entre l'idée el le réel, ou une œuvre d'art, on une puissante évocation poétique de

(i) • Dans le r .rii:in (I.- //.,/, Quichotte, dit-elle, il- trouveront le m> des formes, les nourellei et lea chansons intercalées dans le développement lion, il- trouvèrent tontes I - p.ir.

nié harmonieusement unies [>.n l'esprit du poète, qui plane puissant, lil.ro. souverain, comme un éther lumineux, qui pénètre toute l'œuvre et h rend elain et transparente, — je veux dire (Ironie romantique. Ce <j"i import rentures, m

qui n'est nulle part exprimé : que l'on sent partout : un moi

virant .t immortel, miroir d'un d'une divinité n. (Blute-

t*M di .,6.)

l'Espagne, ou une peinture merveilleusement vivante d'une intéressante humanité, on ne fait que développer les idées de Frédéric ou de Guillaume Schlegel ou de Schelling ou de leurs disciples. Il est oiseux de rechercher ce que penserait notre génération de Cervantes si l'exégèse romantique ne s'était pas préoccupée de son œuvre; mais il est non moins injuste de condamner leur critique.

Le xvine siècle avait ouvert à la conscience allemande des voies et des perspectives nouvelles; il a découvert véritablement Cervantes et Don Quichotte; mais, incapable de se départir de son esprit propre et des principes qu'elle a posés, l'époque tout entière construit un Cervantes à son image; l'œuvre du poète est réduite dans les limites d'une satire littéraire ou sociale, elle est une négation, un acte de la grande bataille que la raison éternelle et éternellement identique à elle-même livre aux forces d'erreur et de folie. Cervantes apparaît comme un précurseur, un esprit parent, mais point supérieur, point absolument libéré ou éclairé. Par suite, son œuvre, si curieuse, si intéressante soit-elle, appartient au passé, son œuvre est morte; sa satire, qui poursuit des fantômes aujourd'hui évanouis, n'est applicable aux choses modernes que par suite d'une transposition, d'une modernisation. Un rationalisme étriqué et appauvri menace de rendre stérile l'influence cervantesque, d'anéantir le poète lui-même parmi les mauvais rêves qu'il a vaincus. Bertuch fit œuvre méritoire; il composa un Don Quichotte assez allemand pour faire aimer la verve et l'humour du poète. Des érudits surent, autour de lui, poser les premières assises de l'histoire de la littérature espagnole et de la critique cervantesque. Mais cette critique d'érudits ne parlait qu'à des éru-

Hits: le Cervantes qu'on avait germanisé répugnait aux vrais poètes et ne répondait pas aux images brillantes que les esprits se faisaient de l'Espagne à la suite d'enthousiastes voyageurs: Herder ramena, dans la critique, l'idée de la vie créatrice partout palpitante et diverse, il sentit passer dans l'œuvre de Cervantes les souffles encore chauds et parfumés de l'Espagne; grâce à lui, le Don Quichotte allait reconquérir sa vitalité, sa puissance, sa fécondité.

Les romantiques devaient développer ces intuitions de Herder et de Goethe. On renonça aux classifications puériles, qui reléguaient le Don Quichotte parmi les œuvres satiriques, on libéra la critique. Dès lors, toutes les conceptions furent permises, et ce fut autour de Cervantes un multiple effort d'interprétation, qui agrandit son œuvre et la vivifia.

Les luttes que provoqua la traduction de Tieck rendirent Cervantes plus cher encore à tous les belligérant-. Fr. Schlegel, surtout, à qui le hasard avait donné de découvrir le Don Quichotte, appliqua résolument aux: œuvres du poète les lois générales et les principes de son esthétique; il fit de Cervantes l'artiste romantique idéal, sérieux, profond, tout à la fois inspiré et conscient, hlegel étudia Cervantes surtout en critique, mais en critique intelligent, et capable d'idées neuves et de sentiment- poétiques; il chercha les lois du style du poète et eut, le premier, quelque intuition d'une interprétation Symbolique du Don Quichotte. Il y vit, dès 1800, la lutte • ie la prose cl (le !;i poésie, e| cette Mie allait désormais dominer la critique. Tieck Be contenta de donner au goût nouveau un Don Quichotte nouveau, à peu près fidèle dans >"" esprit et dans -a forme; -a critique fut, à cette époque de sa vie, celle d'un poète qui n'a pas besoin de compren-

dre ce qu'il aime. Schelling jugea Cervantes en philosophe et le Don Quichotte lui apparut comme l'admirable épopée de la lutte entre l'idéal et la réalité.

Tous nos romantiques ont merveilleusement discerné dans l'œuvre de Cervantes la poésie lumineuse et émouvante qui baigne comme une atmosphère méridionale les hommes et les choses. C'est la première fois, dans l'histoire posthume du poète, que l'on comprend son magnifique génie descriptif et la magie de son style. Pour la première fois, son œuvre est étudiée dans son ensemble, et non pour un ou deux de ses personnages principaux. On cherche, peut-être trop systématiquement, la conception générale qui domine le Don Quichotte, et on la trouve, non pas dans une idée logique et méthodiquement développée, mais dans l'inspiration supérieure qui enveloppe l'œuvre tout entière, pénètre le détail le plus particulier, estompe les contours, et plane autour de toutes choses comme une musique divine. Cervantes a su créer de la vie vivante et, cette vie cruellement réelle, il l'entoure de fantaisie, de sentiment, de lyriques exaltations, de méditations, d'ironie et d'humour. Mais poésie et vérité ne sont, pour l'imagination romantique, ni dissociées ni dissemblables; tout ce qui est vrai est poétique; plus une œuvre est poétique, plus elle a de chances d'être vraie. C'est cette vérité poétique, cette suprême conciliation de la réalité et du rêve qui fait la grandeur du Don Quichotte. Cervantes apparaît donc, au même degré que Shakespeare, comme le parfait poète romantique dont les rêves des Schlegcl poursuivaient l'image changeante, et c'est pourquoi il conquit si vite la critique de l'école.

L'école romantique tout entière était singulièrement préparée par sa culture et son évolution à comprendre ce Cervantes nouveau. Quelles qu'aient été les insuffisances de

son information, nous n'avons pas le droit de mépriser son effort; les romantiques déployèrent une hâte dangereuse dans leurs généralisations, mais ils fécondèrent l'œuvre du poète et la rendirent vivante et actuelle.

La plupart des écrivains qui approchèrent les apôtres d'Iéna acceptèrent leurs idées. Dorothée Schlegel, Bernhardi, J tan-Paul lui-même qui restèrent en dehors du mouvement furent gagnés par la critique des Schlegel. L'hostilité de Soltau et des derniers Aufklœrer n'arrêta pas la marche de la doctrine nouvelle, mais la dévia vers une tentative de conciliation : l'œuvre de Bouterwek fut considérable et l'influence de son histoire littéraire fut profonde; il a fallu attendre de longues années avant d'avoir une nouvelle histoire de la littérature espagnole aussi vaste et, en somme, consciencieuse. Il fit du DonQuichotte une œuvre de satire humaine, un acte de la lutte entre la m et l'esprit de chimères, et, d'autre part, un monde de créations vivantes et poétiques.

Puis, arrivent les années de défaite. Sous l'oppression de l'étranger, le sentiment national se réveille; l'Espagne, soulevée toute entière contre Napoléon, donne l'exemple du patriotisme nécessaire. On s'habitue désormais à l'activité sociale, et la critique découvre l'importance pratique de l'art. On confronte plus volontiers l'œuvre littéraire avec la vie; et Cervantes apparaît, dans son Don Quichotte, comm< le poète national de l'Espagne, et, dans u Vumonce, comme un grand apôtre du patriotisme. Cependant, nombre d'écrivains ttnt à l'écart <lr la lutte; même parmi eux, le Don Quichotte perd de son autorité; on l'inl de préfé-

rence aux œuvres moins populaires : les Nouvelles et le les. Ceux qui l'ai rétent au Don Quichotte lui donnent des interprétations nouvelles : il est pour La Moti<- I

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que une haute leçon religieuse, pour Solger, une belle leçon d'art, pour Hegel, une grande leçon de discipline sociale. Le Don Quichotte s'adapte à toutes les doctrines et tous les tempéraments. Des poètes, Hoffmann, en particulier, et Eichendorff vont demander à Cervantes des motifs romantiques.

Après 1820, le chœur romantique s'éparpille. On continue à traduire et à imiter Cervantes. Mais la tradition se perd. Chamisso prend encore la défense du chevalier. Gœthe condamne l'idéalisme égaré de Don Quichotte. Aux yeux mêmes du romantisme, l'ancienne identification de la réalité et de la poésie apparaît comme illusoire et dangereuse. L. Tieck conserve pieusement le culte cervantesque de ses jeunes années, mais à son tour, au nom du réalisme de sa nouvelle inspiration, il se tourne, comme Gœthe, contre le héros de la Triste Figure : il lui reproche, non pas son idéal — l'idéal n'est jamais condamnable, — mais la pauvreté de cet idéal qui ne se suffit pas et a besoin d'une réalisation positive et qui va se désagréger au contact de la réalité. Tandis que les poètes de 1820 avaient emprunté à Cervantes toutes sortes de suggestions romantiques, aventures et types, Tieck lui demande avant tout une leçon de réalisme et d'indépendance, dont il fait son profit dans les Nouvelles.

C'est la fin du romantisme. Heine, qui fait la somme des points de vue romantiques et des interprétations transcendantales ne sait pas s'arrêter à une conception personnelle. Des voix isolées avaient déjà, aux beaux jours de l'école, élevé des protestations contre les conceptions et l'exclusivisme du goût régnant; Grillparzer et la Jeune Allemagne déclarent la guerre à Tieck et à ses idées; Cervantes redevient, avant tout, un satirique, un adversaire de l'enthousiasme qui pourrait apporter des suggestions utiles dans les luttes contemporaines.

De nouvelles préoccupations et de nouvelles tendances dispersent les curiosités littéraires des jeunes générations. L'érudition moderne, formée à l'école des romantiques, s'attache, un moment, à plus d'impartialité scientifique dans la recherche des sources et la documentation biographique; mais Cervantes garde des amis ardents; les idées des Schlegel revivent dans les systèmes les plus divers. De nos jours, la critique tout entière a été envahie par l'enthousiasme et, en partie, par la légende cervantesque du romantisme, dont la pensée allemande a retrouvé la tradition.

En fait, il n'y eut pas une interprétation ni une imitation romantiques; chaque écrivain a compris Cervantes selon son tempérament, mais les diverses pensées romantiques qui se sont appliquées au Don Quichotte ont obéi à la même inspiration générale; elles y cherchaient l'œuvre d'art idéale, le roman romantique; elles y voyaient une antithèse profonde et consciente entre ce qui est et ce que nous désirons, entre la réalité et le rêve intérieur, elles prenaient parti pour Don Quichotte contre le monde qui l'opprime, elles s'aimaient elles-mêmes dans le héros de l'Idée. Cette conception, d'abord vague et indécise chez les premiers écrivains de l'école, s'affirme et s'accuse à travers l'enquête cervantesque, et constitue la véritable conquête romantique.

On peut en contester les conclusions. Nous ne pensons pas qu'il faille voir, dans le Don Quichotte, une œuvre consciemment symbolique. Le génie latin se refuse, semble-t-il, encore aujourd'hui, el malgré la longue culture symboliste qu'il a reçue, à accepter cette modernisation et cette germanisation d'un de ses plu- puissants représen tant-. Du reste, les autres ouvrages de Cervantes n'ont

rien de ees préoccupations philosophiques. Rien, enfin, dans le roman de Don Quichotte n'autorise cette hardiesse de l'interprétation.

Le Don Quichotte est, avant tout, une œuvre d'art, où nous admirons de préférence le naturel charmant du style, la musique enveloppante de la phrase, la vie palpitante et passionnée d'un monde à la fois poétique et réel, la chaleur nuancée des tons, le sourire douloureux de l'ironie. Nous l'admirons et l'aimons pour les mêmes motifs que les romantiques allemands de la première heure, pour sa valeur proprement esthétique et formelle, pour ses lignes et ses couleurs.

Et, pourtant, nous ne pouvons plus nous défaire de la conception symboliste, où aboutit bientôt l'exégèse de l'école romantique. Nous ne pouvons plus nous refuser à chercher le sens profond, ésotérique, mythologique de l'œuvre. En Allemagne, comme en France, cette conception philosophique inspire et traverse même les parti pris les plus hostiles et domine toute la critique cervantesque. Il n'est pas impossible de mettre d'accord cette interprétation transcendentale avec la vérité de l'histoire. Le roman de Cervantes me semble exprimer avant tout l'âme de son auteur, mais son âme tout entière, avec sa contradiction fondamentale, sa double nature, ses folies et ses sagesses, ses élans idéalistes et son bon sens pratique. On avoue volontiers que Cervantes fut dans sa vie un Don Quichotte dont il eut le courage, l'esprit de sacrifice et les folies généreuses, la hautaine fierté et l'imagination irrésistible; il fut mutilé, emprisonné, affamé, persécuté par une destinée brutale; et les coups de bâton qui pleuvent sur le héros du roman ne sont qu'une traduction poétique des déceptions et des souffrances vécues du poète; le rêve

chimérique du chevalier de Dulcinée symbolise tous les idéalimes et toutes les illusions de Cervantes lui-même. vie réelle, héroïque et misérable fut celle d'un aventurier enthousiaste, écrasé par le sort. Valet de chambre du cardinal Acquaviva, simple soldat après trois campagnes, estropié à vingt-huit ans, esclave au bagne d'Alger, Cervantes a connu toutes les misères et le Don Quichotte qu'on prend pour un colossal et radieux éclat de rire n'est autre chose que le ricanement d'un désespéré, la plus étonnante plainte que L'individualisme accablé ait fait entendre » (i).

Mais Cervantes fut aussi un Sancho non moins authentique, un homme naïf, simple et dévoué, et, d'autre part, plein de bon sens, fort attentif aux réalités de la terre, et soucieux de ses intérêts : il avait de Sancho le franc parler, la bonhomie, la raison à la fois avisée et crédule, le réalisme impénitent; nul n'a eu de la vie espagnole une vision plus pittoresque, plus claire et plus profond' pourtant, ce Sancho attache sa fortune à la destinée du chevalier (h- la Manche, el ses ambitions positives sonl

déçues que les rêves d<- son maître. 11 serait peu de chercher entre la vie de Cervantes et celle de ses personnages un parallélisme de détail, mais il me semble évident que ( je (lui- son Don Quichotte sa grande

confession de poète el d'homme a) : il a dissocié sou moi,

(i) Peladan : De Paritoal i Don Quichotte, S.in».<t. Pnri», iootî, i

Quichotte comme « le plus amer <le loua 1- - livres ».

i d'interprétation personnelle. Une étude

nouvelle, mai* t. .ut as Allemagne an sujet de Cervantes et de son roman principal.

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a donné aux deux natures qui luttaient en lui une existence séparée et les a confrontées avec la vie de son temps.

Cervantes étant un des plus merveilleux et des plus complets représentants de l'Espagne, son roman est devenu ainsi un tableau parfait de sa nation, avec la même dualité, l'antithèse grandiose entre le tempérament réaliste et les idéalismes fous qui caractérisent à la fois le poète et son peuple. Par là même, le roman de Don Quichotte représente l'humanité tout entière et la lutte éternelle entre l'âme et la matière, l'individu et la société, la prose et la poésie, l'idéal et le réel, le rêve et la •vie.

Grâce à sa signification subjective, nationale et humaine, le roman de Cervantes était assuré d'une gloire diverse et toujours jeune. Et par une de ces grandes simplifications qu'opère la légende autour de ses héros, Cervantes est devenu, puis, malgré tous les efforts de la critique, est resté définitivement, aux yeux de la postérité, le poète du seul Don Quichotte. Le Don Quichotte lui-même a perdu, dans le souvenir des peuples, ses traits les plus précis et les plus accusés, et nous apparaît aujourd'hui comme une grandiose fresque, où chacun de nous retrouve les visions familières de sa fantaisie, mais dont personne ne peut se vanter d'avoir dévoilé le secret.

Aucune interprétation transcendantale du Don Quichotte n'est d'une vérité incontestable; chacun a le droit de comprendre le roman de Cervantes avec son tempérament et ses idées personnelles. Les romantiques allemands n'ont eu d'autre ambition que d'arracher Cervantes à l'étroite et froide conception qui faisait de lui un simple satirique, et d'ouvrir tous les points de vue, et de rendre à son œuvre sa féconde puissance. Ils ont visé moins à découvrir la vérité vraie et définitive qu'à mettre en œuvre leur pen-

sée, à travers des voies inconnues. Leur critique cervantesque reste à la base de toute la critique actuelle et future. Grâce à eux, le Don Quichotte est apparu comme une source éternelle de poésie, de vie et de pensée: c'est grâce à leur enthousiaste exégèse que Don Quichotte a conquis désormais la noble autorité d'un Faust ou d'un Hamlet, et que Cervantes peut être désormais mis au rang des plus grands.

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