‹ Ces bons docteurs!Chapitre 12 sur 21 · MADAME DE R I R F R A Y . — NOUS VOUS · texte numérisé non relu

MADAME DE R I R F R A Y . — NOUS VOUS

avons bien regrettée, l’autre soir!... voyons, franchement, vous éliez souffrante au point de ne pas venir?...

madame de noyse. — Comment, souffrante?... j’étais très malade!... des douleurs atroces, partout!... et ça, chaque fois que le temps change... ou que je dérange mon train-train régulier!... en vérité, je ne sais pas ce que c’est?...

M. de m A n i A K r y , d'une voix douce, l'air gracieux et la bouche en cœur. — Un peu d’arthrite...

madame de noyse, d'un air interrogatif.

M. de m A N i A K R y , de plus en jilus gracieux. — Je dis : «C’est un peu d’arthrite! » un peu de goutte, si l’on préfère ce mot plus connu?...

MADAME DE NOYSE. — LagOUÜe?... (Elle

redresse sa taille fine avec inquiétude.) Moi?... pourquoi donc ça?...

m. UE m a n i a k r y . — Parce que tout indique que vous avez un tempérament arthritique !... f Mouvement de madame de Noyse.) Eh! il n’est pas nécessaire d’être noueux comme un vieil arbre pour avoir la goutte...

madame de noyse, effarée. — Mais je vous assure que je ne l'ai pas!...

M. DE MANIAKHY. — Que si!... VOUS l’avez sans vous en apercevoir... vous ne pouvez pas vous imaginer combien peu de gens savent qu’ils ont la goutte... je parie que ça commence toujours la nuit, les crises?...

madame de noyse. — Oui... mais comment savez-vous...

m. de m a n i A k r y , continuant. — Je le sais... parce que c’est toujours ainsi que débutent les aLtaques goutteuses...

madame de noyse, e/frayée. — Oh!...

attaques goutteuses!...

l’amateur

M. DE MANIA KRY . — VOUS éprouvez, après plusieurs heures d’un sommeil paisible, une douleur plus ou moins vive... une sorte de crampe, qui va s’exaspérant peu à peu... et produit tour à tour la sensation d’un déchirement, d’une torsion ou d’une morsure?...

madame de noyse. — Oui... c’est bien ça! ...

m. de maniakry, triomphant . — Parbleu!... la goutte est, ou héréditaire... auquel cas il n’y a qu’à la garder... ou causée par des excès...

MADAME DE NOYSE. — Oll!...

m. de maniakry. — Et alors guérissable...

madame de noyse, riant. — Mais... je vous assure que je n’ai fait aucun excès!...

m. de maniakry. — Eh mon Dieu!...

vous attachez probablement au mot excès un sens faux... faire des excès ne signifie pas ici faire la noce...

madame de nanterre, scandalisée. — C’est heureux!...

m. de m a n i a k r y . — Faire des excès, veut dire faire plus que le nécessaire... ainsi, par exemple, je suis persuadé que vous mangez trop... d’abord, on mange toujours trop !...

madame de noyse. — Je uc mange qu’à ma faim...

m. de maniakry. — Possible, ça!... et encore, ça m’étonne!... mais vous dînez en ville?...

madame de noyse. — Quelquefois...

m. de maniakry. — Tout le temps!...

et vous buvez, et vous mangez un tas de cochonneries!... du bourgogne, du foie gras, du gibier, des coquillages, des truffes... toutes choses qui vous sont absolument contraires... ce qu’il vous faudrait, à vous, ce serait un bon bœuf nature, des épinards, un peu de fromage et un fruit... pas davantage...

l’amateur

LE BEAU DES EFFLUVES. — C’est frugal!... m. de maniakry. — Je ne dis pas le contraire... mais si, vous aussi, vous suiviez ce régime-là, vous auriez peut-être moins de rhumatismes... car, en somme, ils sont goutteux, vos rhumatismes...

madame de noyse, stupéfaite , au beau des Effluves. — Comment?... vous avez des rhumatismes, vous?...

le beau des effluves, très embêté. — Oh!... si peu!...

madame de noyse, d'un ton de reproche. — Et goutteux, encore?...

m. de maniakry. — Quant à ça, ça ne fait pas question!... je ne fais d’ailleurs pas une indiscrétion en le disant, car au club il fut un temps où des Effluves ne nous parlait pas d’autre chose...

la baronne manassé. — On dit que ça sc gagne, les rhumatismes !...

madame de NOYSEj vivement. — Ça se gagne?...

m. de m a n i a k r y . — Parbleu!... des Effluves le sait, si ça se gagne?... (Il regarde des Effluves qui fait un nez.)

la baronne manassé, finement. — Il les avait gagnés de quelqu’un?...

m. de m a n i a k r y . — Non!... ou du moins je l’ignore... mais il avait entendu dire que pour se débarrasser des rhumatismes, on faisait coucher avec soi uu chien... comme il avait essayé de tout sans résultat, et que, — paraît-il, — il souffrait beaucoup... il forçait son chien, une grande bôte d’épagneul orange, à coucher dans son lit... et il faisait une vie, ce chien!... l’été, surtout I...

madame de noyse, très intéressée. — Eh bien?...

m. de m a n i a k r y . — Eh bien, le chien a pris les rhumatismes... mais des Effluves les a gardés tout de même !...

madame de noyse, pensive. — Ah!... le chien a pris les rhumatismes!... ( A M. de

l’amateur

Maniakry.) Alors il n’y a pas de remède à ce que vous appelez « ma goutte?... »

m. de maniakry. — Si fait, madame...

il y a d’abord Vichy, mais c’est dangereux !... on se sent léger, guéri, souple comme un gant... et puis tout à coup, on fait couic... et c’est fini... plus personne!...

madame de noyse. — J’aime mieux autre chose!...

m. de maniakry. — 11 faut, comme j’avais l’honneur de vous le dire tout à l’heure, suivre un régime sévère et rafraîchissant... s’abstenir d’excès de toute espèce... vous m’entendez bien?... (Appuyant.) «de toute espèce »... prendre pendant une vingtaine de jours, à l’époque des équinoxes et des solstices, deux grammes de salsepareille en poudre dans une infusion de feuilles de frêne.

madame de noyse. — Je ne retiendrai jamais tout ça!...

m. de maniakry. — Et puis... et surtout, frictionner le corps au gant de crin...

CIJS BONS DOCTEURS !

LA BELLE MADAME DE KURAÇAO. — Ail

gant de crin?... Comment est-ce, le gant de crin ?...

m. de m a n i a k r y . — C’est un gant comme le gant d’armes... seulement, au lieu d’ètre en peau, il est en crin... il y en a aussi qui sont comme des brosses, mais au lieu de crins, ce sont des petits fils de fer...

madame de noyse. — Mais ça doit faire un mal horrible! ..

M. DE M A N I A K R Y . — Eull!... Eull!... 01) s’y fait!... pour commencer, vous pouvez employer le gant de crin... il faut frotter vigoureusement en suivant les muscles, et sans les froisser, autant que possible...

madame de noyse. — Ça doit être compliqué?...

m. de maniakry. — Pas le moins du monde !... le tout est de savoir s’y prendre... voulez-vous que j’aille vous donner une leçon?

la baronne manassé, à madame de Nanterre. — 11 a un aplomb, ce Maniakry!...

l’amateur

madame de noyse. — Mon Dieu, monsieur... si je ne craignais pas de... d’être indiscrète... je...

m. de maniakry. — Acceptez donc!...

quand voulez-vous que j’aille vous voir?...

madame de noyse. — Mais... à l’heure qui vous dérangera le moins... à celle où vous faites habituellement vos visites...

madame de NANTERRE, à pari. — Comment... elle accepte !...

le prince de palsoux, bas , à la baronne. Mariasse. — Ben, elle va bien, la petite de Noyse!... regardez donc le nez que fait des Effluves !...

LA BARONNE MANASSÉ. — VOUS lïl’aVOUerez qu’il y a quoi?...

m. de maniakry, à madame de Noyse. — Voulez-vous demain vers trois heures?...

MADAME DE NOYSE. — Si VOUS VOllleZ...

je souffre tant, voyez-vous, que j’accepte votre offre...

m. de maniakry, se levant, saluant tout le

monde et s'inclinant devant madame de Aoijse. — Demain, à trois heures, madame, j’aurai l’honneur de me présenter chez vous... (H sort.)

le beau des effluves, à madame de Noysc, cherchant àprenlrc un air indiffèrent. — Alors, vous allez vous faire frictionner par cet animal?...

madame de noyse. — Et pourquoi pas?...

je vous l’ai dit, je le lui ai dit à lui-même... je ferais n’importe quoi pour guérir!... le docteur Rabiol qui me soigne, ne me soulage pas du tout... ce médecin sera peut-être plus malin que lui...

madame de nanterre. — Quel médecin? MADAME DE NOYSE. — Eli bien... Celui qui viendra me voir demain...

le beau des effluves. — Mais Maniakry n’est pas médecin !...

madame de noyse, ahurie. — Comment, il n’est pas médecin?...

LE BON GARÇON

Un très beau château à tourelles, pont-levis, etc., etc., grandes pelouses, étangs, (leurs rares.

D’un modeste cabriolet, attelé d’un beau cheval, descend :

le docteup. boneuil, quarante-cinq ans, grand, fort, musclé, bien découplé; teint hâlé, yeux clairs, joues fraîches; mal habillé, mais très propre et bien tenu; redingote flottante; gilet trop court; pantalon trop

large; souliers ferrés; chapeau mou. (Il descend précipitamment de son cabriolet et demande d'un air anxieux au domestique qui vient prendre son cheval.) — Eh bien?...

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