‹ Ces bons docteurs!Chapitre 15 sur 21 · UN GRAND BRAQUE ORANGE · texte numérisé non relu

UN GRAND BRAQUE ORANGE

une soeur garde-malade, vingt-cinq ans; ravissante; va et vient doucement dans la chambre, arrangeant le feu, préparant une potion et caressant le chien chaque fois qu’elle passe à côté de lui.

le monsieur, sc dressant tout à coup sur son lit et chantant à tue-tête :

Sortez du chenil, mes vaillants limiers,

11 faut aujourd’hui faire belle chasse;

Montrez, mes bons chiens, montrez votre race, Franchissez buissons et halliers!

la soeur, s’approchant et s'efforçant de le recoucher. — Voyons!... voyons, monsieur le marquis... il faut rester tranquille!... vous allez vous faire du mal...

LE FANTAISISTE

le monsieur, se débattant. — Nom d’un tonnerre !... allez-vous me laisser monter à cheval, à la fin!... Voilà les chiens qui sortent !...

la sœur. — Mais non, mais non, monsieur le marquis... (Elle parvient à le calmer et reste debout à côté du lit jusqu'à ce que le monsieur soit assoupi.)

le monsieur, sommeillant à moitié. — Cristi!... ce que j’ai mal à la tête!... il me semble qu’il y a des gens qui me jettent tout le temps des petits cailloux pointus sur la nuque... et sur le crâne... Enfin, pourvu que la chasse marche bien!... je suis content quand ça marche bien !... d’abord, parce que ça marche bien... mais surtout parce que ça embête mon beau-père!... Allons, bon!... voilà que ça débuche encore !... (Il chante en imitant le cor de chasse) :

La bête a gagné la plaine

la sœur, se précipitant. — Mais restez

donc tranquille, monsieur le marquis !... Si c’est raisonnable de vous mettre dans des états pareils?...

le monsieur, s éveillant. — Quoi?...

qu’est-ce que vous voulez?...

la soeur . — Je veux que vous restiez bien couvert... sans vous agiter... vous êtes tout le temps à crier... à parler de votre chasse...

le monsieur, à moitié éveillé, à moitié endormi. — Vous n’aimez pas la chasse?... vous ressemblez à mon beau-père!... pour ça seulement... parce que vous êtes plus jolie que lui!... ça, y a pas d’erreur!... vous êtes même très jolie, vous!... lui, il est vilain comme tout!... mais il n’aime pas non plus la chasse... pour les autres, car pour lui...

La porte n’ouvre; entrent:

une jeune femme, vingt-cinq ans; très élégante; jolie; l’air doux.

son père, un gros monsieur de cinquantecinq ans; très correct et insignifiant.

LE FANTAISISTE

le docteur jeman-heff, cinquante ans;

long, souple, l’œil souriant, l’air distrait;

aspect nonchalant et comme il faut.

la jeune femme, très bas , indiquant le lit d’un air navré. — Le voilà, docteur !...

le docteur, s'approchant du lit et examinant le monsieur. — Depuis quand est-il comme ça?...

la jeune femme. — Depuis hier, docteur... Quand, hier soir, j’ai envoyé chercher le docteur Bonamy, on a dit qu’il était absent pour une opération en province et que c’était vous qui le remplaciez... Alors on a tout de suite couru chez vous... mais vous êtes probablement rentré tard de vos visites, et...

le docteur. — J’étais allé voir Amoureuse, et naturellement, je ne suis pas parti avant la fin...

le père. — Naturellement!... elle est étonnante, cette Réjane !...

ICO

le docteur, qui a tiré sa montre pour compter les pulsations. — Étonnante !... je me souviendrai toujours de l’avoir vue, il y a cinq ou six ans... dans une revue aux Variétés... représentant, en petit pâtissier de satin feuille de rose, le Moulin-Rouge qu’on démolissait... (Il lâche le pouls du malade.) puis, à l’acte des théâtres, le fils de Sarah Bernhardt.

le père, souriant. — Je la vois encore... elle était adorable !...

le docteur. — Oui!... mais ça n’était rien en comparaison de ce qu’elle était huit jours après dans la Glu... dans un rôle écrasant!... une passion!... un vice!...

(Enthousiasmé.) une rosserie!... et une silhouette, un galbe!... une lascivité!... (La sœur baisse les yeux.)

la jeune femme, timidement. — Docteur?...

le docteur, très correct, s'inclinant. — Madame?...

la jeune femme. — Est-ce que vous croyez que c’est grave?...

LE FANTAISISTE

le docteur, reprenant sa montre. — Je vais vous dire ça tout a l’heure... (Il écoute, palpe, tâte la tête du monsieur, etc... etc...) Savez-vous si le malade ne s’est pas donné quelque coup?...

la jeune femme. — Non, certainement! .. .

il me l’aurait dit...

le père. — Il te l’aurait dit!... Ah!

ouiche!... tu crois ça!... il s’en garderait bien!... j’ai toujours été convaincu qu’il ne tient pas à cheval !... il ne peut pas tenir!... il a la cuisse ronde!... à la chasse de jeudi, il aurait pris une tape énorme que je n’en serais pas surpris...

la jeune femme. — Mais non!... je suis sûre que non!... quand il tombe, il me le dit toujours...

le père, joyeux. — Quand il tombe!...

il tombe donc?...

la jeune femme. — Mais papa...

le docteur, conciliant. — Mon Dieu, quand on chasse beaucoup, il est bien diffi-

cile de ne pas tomber... d’abord les chevaux tombent quelquefois...

le père, vivement. — Pas les siens!... ils coûtent assez cher pour être solides !...

le docteur, soupesant le monsieur de l'œil. — Oui... mais il doit avoir un gros poids, et...

le père. — S’il a un gros poids!... Ah! je vous en réponds!... quatre-vingt-deux kilos!... c’est, pour ça qu’il lui faut des chevaux irlandais qui coûtent les yeux de la tête !...

la jeune femme. — Docteur... qu’esl-ce que vous croyez que c’est?...

le docteur, revenant au malade. — Le diagnostic est encore confus, mais... Le malade n’a pas éprouvé non plus de secousse morale?...

LA JEUNE FEMME. — Pas du tout!...

le père. — Eh! eh!... tu n’en sais rien?... la jeune femme. — Comment, je n’en sais rien?...

LE FANTAISISTE

le père. — Eh! non !... il a fort bien pu attraper une culotte au cercle...

le docteur. — A moins que cette culotte ne soit exceptionnelle, ce n’est pas ce que j’appellerai une secousse morale... la culotte... quand on l’attrape fréquemment surtout... finit par... (Il continue à causer avec le pere.)

la jeune femme, à la sœur. — Ma sœur, croyez-vous que c’est dangereux, dites?...

la sœur. — Moi, je crois que M. le marquis est pris très violemment... mais il est très fort et... (Au docteur.) Monsieur le docteur, voilà la crise de délire qui recommence... si vous voulez bien voir?... (Elle va au monsieur qui recommence à divaguer et à vouloir se dresser sur son lit.)

le monsieur. — L’hallali!... (Il fredonne sur l'air de la sonnerie) :

Les cors à l’envi retentissent...

La bête aux abois va tomber...

le docteur, voulant le força’ à se recoucher. — Mais non... mais non, elle ne va pas tomber!...

le monsieur, le regardant. — Ab çà!...

vous n’avez donc jamais vu d’hallali sur pied, vous!... (Le regardant de travers.) Vous ne devez pas être fort non plus, vous!... mais vous devez croire que vous l’êtes... pas vrai?...

le docteur. — Voyons, calmez- vous!...

le monsieur. — Je suis calme... mais je parie que vous n’y connaissez rien de rien!... et que vous êtes convaincu que vous êtes un malin... comme mon beau-père...

la jeune femme, voulant l'interrompre. — Je vous en prie, Jean... ne vous agitez pas!...

le monsieur, la repoussant et suivant son idée. — Mon beau-père... il trouve qu’il n’y a que trois chasseurs qui aient vraiment su leur affaire!... (Le père se rapproche pour écouter .) Saint-Hubert, Actéon et lui!... (Tête du père.)

LE FANTAISISTE

le docteur, palpant de nouveau le monsieur. — La céphalalgie augmente d’intensité sous la pression... je remarque des frissons... des bouffées de chaleur... la cyanose des yeux est visible...

la jeune femme, anxieuse. — Eh bien?...

le docteur. — C’est une méningite bien caractérisée. . .

la jeune femme. — Oh!... mon Dieu!...

le père, étonné. — Une méningite!...

voyez-vous ça?... je croyais qu’on n’avait de méningite que quand on était très intelligent!...

le monsieur, continuant ci fredonner des fanfares et à s'agiter de plus belle :

La bête tombe, elle est à terre...

Elle a faibli, son sort est accompli!...

la jeune femme, pleurant. — Qu’est-ce que vous allez lui faire, docteur?...

le docteur. — Je pourrais appliquer

des sangsues aux tempes et à la base des apophyses mastoïdes...

LA JEUNE FEMME. — Oui...

le docteur. — Mais je ne le ferai pas... je pourrais aussi employer les affusions et irrigations d’eau froide...

LA JEUNE FEMME. — Oui...

le docteur. — Je n’en ferai rien non plus...

LA JEUNE FEMME. — Ah!!!...

le docteur. — Le malade me semble d’une vigueur peu commune... et je vais essayer avec lui un système de médication diamétralement opposé à celui qui s’emploie généralement en pareil cas...

la jeune femme, craintive. — Essayer?...

le docteur. — Oui... je vais laisser à ce beau garçon tout son sang dont il doit faire un brillant usage...

la jeune femme. — Oui, docteur...

le père. — Oh !... il en aassez, du sang!... il en a même trop !... ça le calmerait un peu !...

LE FANTAISISTE

le docteur. — Je ne lui donnerai pas non plus le tartre stibié, ni le calomel.... ni les frictions de pommade stibiée sur le cuir chevelu...

le père. — Mais, alors, qu’est-ce que vous lui donnerez?...

le docteur. — Je lui donnerai à manger..

le père, ahuri. — A manger?...

le docteur. — Oui, monsieur, à manger!... il est inutile, à mon avis, de rendre un malade tout à fait raplapla...

le père, qui n'a pas compris. — Vous dites?...

le docteur. — Je dis qu’il est inutile, sous prétexte de ne pas nourrir la maladie, de faire crever le malade de faim...

le père. — Il est certain que s’il peut manger sans que ça ait d’inconvénient...

le docteur. — Je ne dis pas ça !...

évidemment, ça a des inconvénients...

tout en al... il s’agit de choisir, parmi un

stock d'inconvénients, ceux qui paraissent moindres... et voilà !...

la jeune femme. — Est-ce que ça sera long, docteur?...

le docteur. — Espérons-le, madame...

espérons-le... parce que si ça n’était pas long... (Il avance les lèvres en fouettant l’air Je sa main.) Futtt ! ! !

la jeune femme, terrifiée. — . . . .

le docteur. — Mais ça sera long, madame, ça le sera!... nous avons affaire à un sujet d’une vigueur considérable... ça sera long...

le père, ravi au fond. — Ce pauvre garçon !... et juste au moment des courses!... lui qui les aime tant!...

le docteur. — Qu’est-ce que vous dites du rétablissement du pari mutuel?...

le père. — Mon Dieu!... pas grand’chose...

le docteur . — Moi, je trouve ça idiot !... quand on pense qu’avec ce système-là, un

LE FANTAISISTE

cheval premier a rapporté trente francs, alors que placé il rapportait cinq louis!... ( II prend sa canne et son chapeau.)

la jeune femme. — Vous reviendrez ce soir, n’est-ce pas, docteur?...

le docteur. — Si vous le désirez, madame... (Il va pour sortir.)

la soeur, timidement. — Monsieur le docteur!... nous ne mettons pas non plus de vésicatoire derrière les oreilles?...

le docteur, sans se retourner. — Jamais de la vie !... j’ai ces saletés-là en horreur!...

LE GAFFEUR

Dans un coupé élégant..

le docteur fringan, quarante-huit ans. Grand, pas mal tourné; de beaux yeux, de belles dents; peu de cheveux, mais habilement « servis » ; fait encore, vu de loin, un certain effet. (Lisant à la lueur d'une 'petite lampe , accrochée au fond du coupé, une carte qu’il tient à la main.). — « La comtesse Ponce-Pilate prie le docteur Fringan de vouloir bien venir la voir ce soir. » C’est Kruggi qui est son médecin, à la comtesse Ponce-Pilate!... pourquoi diable m’envoie-

l-elle chercher?... et qu’est-ce qu’elle peut bien avoir?... j’ai dîné avant-hier à côté d’elle chez les Isaï, et elle était en parfait état!... elle resplendissait!... superbe femme, la comtesse Ponce-Pilate!... mais ne comprenant pas le badinage!... Ah! non!... au moindre mot, — je ne dirai même pas risqué, mais différent du cliché banal, — elle a une façon de baisser ses grandes diablesses de paupières cuivrées qui vous fait froid dans le dos!... moi, je lui parlais des femmes, naturellement!... et je tentais d’analyser et d’expliquer... à ma façon, les phénomènes physiques qui déterminent chez elles l’éclosion de l’amour... Ah!... ouiche!... elle m’a coupé net!... Et cette danseuse pour laquelle on vient me chercher!... qu’est-ce que c’est encore que ça?... pourquoi vienton me chercher, moi?... je ne demeure pas à côté du théâtre... et je ne la connais pas, celte mademoiselle... (H prend un petit papier posé sur la tablette pliante.) ... Mademoiselle

le gaffeur

Pâquerette? .. ça ne me dit rien du tout, « mademoiselle Pâquerette!... » inconnue!

tout à fait inconnue!... et laide probablement?... comme c’est amusant !... aller en sortant de table tripoter des tibias maigres... et peut-être cassés!... sans compter qu’après ça il sera trop tard pour me présenter chez la comtesse!... c’est pas que je compte m’y amuser, chez la comtesse!...

ah! fichtre non!... mais enfin, il faut tou-

jours se montrer empressé auprès des jolies femmes... même quand ça ne rapporte rien!.. (Il regarde par la portière.) Ah!... nous arrivons!... c’est heureux!...

Dans une loge très simplement meublée d’une armoire à glace, d’une toilette et de quelques sièges, est étendue sur un divan bas. MADEMOISELLE PAQUERETTE, vingt ans; délicieusement jolie. Cheveux noirs lourds et brillants; peau de camélia rosé; dents éblouissantes; taille souple; jambes su-

perbes, cachées par une pelisse (le loutre jetée en couverture.

MADEMOISELLE PAQUERETTE, à l'habiU leuse qui tournaille dans la loge. — Il ne se presse pas, votre docteur!...

l’iiabill-euse. — Dame!... faut l’temps qu’il arrive!... y demeure pas ici!... on a été chercher aussi monsieur l’marquis!... ben, y n’est pas core là non plus, monsieur l’marquis...

MADEMOISELLE PAQUERETTE, énervée. — Oui, mais on n’en a pas besoin, de monsieur le marquis!... au contraire!... tandis que... (Elle fait un mouvement.) Aïe!... une fichue idée que j’ai eue de vous écouter, madame Bouchon!... j’aurais dû envoyer avertir tout bonnement le médecin du théâtre...

l’habilleuse, méprisante. — L’ père Roupiou!... ah! parlons-en!...

mademoiselle pâquerette. — Je ne vous dis pas que ce soit un grand savant, mais...

LE GAFFEUR

l’ habilleuse. — Tandis que T docteur Fringan?... à la bonne heure!... en vlà un qui vous a des manières... et un chic!... et y sent d’un bon!... enfin, épatant, quoi!... du temps qu’ j’étais à l’Opéra, qu’j 'habillais mademoiselle ***... l’était toujours fourré dans sa loge, l’docteur!... jTavais tout l’temps dans les jambes!...

MADEMOISELLE PAQUERETTE. — Mais s’il était tout le temps à l’Opéra... (Un peu inquiété.) Ah çà, mais! ., est-ce un homme sérieux, au moins?...

l’habilleuse. — Sérieux?... ah! j’vous en réponds!., y donnait deux mille francs par mois à mademoiselle***!... et, ma foi, là, entre nous... elle les valait pas!... (On frappe à la porte de la loge, le docteur Fringan parait; l' habilleuse approche un fauteuil du divan et sort après force saluts.)

le docteur fringan, ébloui, regardant Pâquerette. A part. — Qu’elle est jolie!... mâtin! qu’elle est jolie!... comment diable

celle merveille danse-t-elle dans une féerie?...

MADEMOISELLE PAQUERETTE. — DoCleur, voici ce qui m’est arrivé... ce soir, à la fin du ballet du deuxième... j’ai fait un faux mouvement... j’ai entendu craquer quelque chose, et je suis restée la patte en l’air sans pouvoir bouger!... comme le rideau tombait, le public n’a rien vu, mais on a été obligé de me porter dans ma loge... et je soutire beaucoup...

le docteur fringan, en extase, souriant sans écouter un mot. — Ali!... vraiment!... (A part.) Est-elle jolie!... non, mais l’est-elle assez?...

MADEMOISELLE PAQUERETTE, à part. —

Je ne lui trouve pas l’air très intelligent, moi, à ce fameux docteur!... (Regardant le docteur qui continue à sourire machinalement.) je lui trouve même un rire bête!... (Haut.) j’ai bien peur que ce soit une entorse?...

LE DOCTEUR FRINGAN, de plus en plus

LE GAFFEUR

extasié et souriant. — Une entorse ?..

MADEMOISELLE PAQUERETTE. — Oll a eu

une peine affreuse à ôter mon maillot...

le docteur fringan, très intéressé. — Ah!... vous avez ôté votre maillot?... (Il jette un coup d'œil sur la pelisse de loutre étendue sur les jambes.)

MADEMOISELLE PAQUERETTE, agacée. —

Je ne l’ai pas ôté moi-même!... je vous dis que je ne peux faire aucun mouvement... il a même fallu, pour l’enlever, se mettre à deux!...

le docteur fringan, suivant son idée.

— Ben, ces deux-là n’ont pas dû s’embêter !...

mademoiselle pâquerette, étonnée. — Hein?... (A part.) Quel drôle de médecin! (Haut.) Docteur, voulez-vous que je vous fasse voir...

le docteur fringan, impétueusement. — Si je le veux?... je le crois bien que je le veux! ! !...

MADEMOISELLE PAQUERETTE, continuant — ... mon pied?...

LE DOCTEUR FRINGAN, désappointé. — Voire pied?... ce n’est qu’au pied?...

MADEMOISELLE PAQUERETTE. — Comment, « qu’au pied?... » mais je trouve que c’est, bien suffisant comme çai... qu’est ce que vous croyiez donc que j’avais?...

le docteur fringan. — Mais... je ne savais pas... je cherchais... je me livrais à des suppositions...

mademoiselle pâquerette , soulevant la pelisse. — Voilà!...

le docteur fringan, se penchant et restant en admiration devant les jambes de mademoiselle Pâquerette. — Oh ! ! !

MADEMOISELLE PAQUERETTE, inquiète. —

Eli bien?...

le docteur fringan. — Eh bien, c’est superbe!...

MADEMOISELLE PAQUERETTE, ahurie. —

Qu’est-ce que vous dites?...

LE GAFFEUR

LE DOCTEUR F R I N G A N . — Je dis, c’est superbe!... (Se reprenant.) c’est une superbe entorse!... aucune complication...

MADEMOISELLE PAQUERETTE, respirant.

— Ahl... à la bonne heure!...

le docteur fringan , palpant légèrement.

— Rien... un petit déplacement momentané d’un muscle... il n’y a pas là de quoi fouetter un chat!... (Il palpe plus fort.)

mademoiselle pâquerette, inquiète. — Est-ce que vous allez me masser, docteur?...

le docteur fringan. — Ah! sapristi !

je ne demande pas mieux!... (Il relève sa manchette.)

MADEMOISELLE PAQUERETTE. — Si VOUS

jugez que ce soit utile?...

LE DOCTEUR FRINGAN. — Je le juge, mademoiselle!... je le juge!... (A part, massant avec ardeur en remontant le long de la jambe.) Pas plus d’entorse que dans mon œil!... pourquoi diable m’a-t-elle envoyé chercher, cette petite?... au fait, ce n’est pas

très difficile à deviner!... (Se rengorgeant.) elle a des amis... ou des amies... qui lui auront parlé de moi!... Eh! eh! pas si hèle, la petite danseuse!... (Haut.) Ditesmoi, mademoiselle?... vous me connaissiez donc?...

MADEMOISELLE PAQUERETTE. — Pas du tout!...

LE DOCTEUR F R I N G A N . — Mais VOUS

aviez entendu parler de moi?...

MADEMOISELLE PAQUERETTE, sincère. —

Jamais de la vie!...

LE DOCTEUR FRINGAN , Surpris. — Ah!...

alors comment se fait-il que vous m’ayez envoyé chercher? .. quelqu’un m’a recommandé à vous?...

MADEMOISELLE PAQUERETTE. — Olli...

ce soir...

le docteur fringan, très fat. — Une de vos amies, sans doute?

MADEMOISELLE PAQUERETTE. — Non...

mon habilleuse...

LE GAFFEUR

LE DOCTEUR FRINGAN, désappointé. — Ah!!! (Il continue à masser.)

MADEMOISELLE PAQUERETTE. — Mais,

docteur... c’est plus bas que je souffre... beaucoup plus bas... à la cheville...

le docteur fringan. — Oui, j’entends bien... mais il est nécessaire de réduire le muscle en remontant un peu haut... (A part.) Jamais, jamais, je n’ai vu de jambes comparables à celles-ci!... et pourtant, Dieu sait si j’en ai vu, des jambes!.... c’est blanc, c’est doux!... c’est sculptural!... (Il masse avec une ardeur croissante .)

MADEMOISELLE PAQUERETTE, à part. —

Ab mais!... Ah mais!... il commence à m’agacer, le docteur!...

LE DOCTEUR FRINGAN, àpavt. — Je Suis sûr qu’elle grille d’envie de se voir manquer de respect... qu’elle ne m’a pas appelé pour autre chose?... (Il se penche vers mademoiselle Pâquerette et l’embrasse brutalement. MADEMOISELLE PAQUERETTE, Saisie. —

Oli ! I ! (Elle se dégage cl allonge au docteur

une formidable gifle qui l’envoie à l'extrémité de la loge).

le docteur F R i N G A N , à pari, prenant son chapeau et s'esquivant. — Ça... c’est une fille qui veut se marier!...

Un cabinet de toilette tendu de velours de Gènes blanc. Baignoire de cristal de roche taillé à facettes, robinets de vermeil; toilette de marbre rosé ; garniture de toilette en cristal chiffré d’or. Tapis d’ours blanc; lauriers-roses, mimosas et rosiers-thé grimpants dans des caisses de Delft; parfums pénétrants. Sur un lit de repos couvert de fourrures :

la comtesse ponce-pilate. trente-cinq

ans. Grande, blonde, encore très belle, mais commence à s’empâter un peu. Aspect austère et solennel; yeux de gazelle; peignoir de dentelles blanches ouvert en ruisseau. (Elle se tourne et se retourne avec impatience sur le lit de repos.)

— Dix heures!... est-ce qu’il ne viendra pas?... je ne sais ce que j’ai!... ni ce que je vais lui dire!... c’est stupide !... mais c'est la faute de M. d’Estourdy !... il m’a raconté sur le docteur Fringan des histoires si... si... comment dirai-je?... enlin, il paraît qu’il est très... galant... très entreprenant même?. . . ce n’est pas comme M. d’Estourdy, alors?... ni comme les autres!... car ce qu’ils sont en général peu entreprenants, les hommes du monde!... Tout à l’heure, j’avais froid !... à présent j’étouffe!... ah !... que la vie est donc plate !... et bétel... et monotone!... ce que je donnerais pour un peu d’imprévu !... (Ecoutant. ) Le voilà, le docteur!... (Elle s'allonge dans une pose

LE GAFFEUR

majestueusement correcte. Le docteur Fringan paraît.)

le docteur eringan, saluant. — Madame...

la comtesse ponce-pilate, languissante. — Merci d’être venu, docteur!...

le docteur fringan. — Mais c’est moi, madame, qui suis très heureux... qui...

(A part.) Diable de femme, va!... elle est déconcertante comme pas une!...

LA COMTESSE PONCE-PILATE, Cl part,

examinant le docteur Fringan à travers les cils. — Il n’est certainement plus de la première jeunesse... mais il est charmant!... tout à fait charmant!... (Haut.) Docteur, je ne me sens pas bien!...

LE DOCTEUR FRINGAN. — VOUS avez

cependant une mine resplendissante!...

qu’est-ce que vous éprouvez?

LA COMTESSE PONCE-PILATE, à part. — Aïe!... je n’ai pas prévu ça!... (Haut.) mais... des... (Cherchant.) des malaises...

des... des battements de cœur... (Vivement.) tenez, docteur, sentez comme il bat?...

(Elle pose sur son cœur la main du docteur.) LE DOCTEUR FRINGAN, étonné. — G’CSt

ma foi vrai!... il bat!... il bat très fort!... voulez- vous que je vous ausculte?...

LA COMTESSE PONCE-PILATE, les yeUX baissés. — Oh! docteur!...

le docteur fringan, à part. — J’ai peut-être été un peu loin?... avec ces femmes austères, on marche à tâtons!... d’autre part, sans l’ausculter, je ne peux pas savoir s’il y a des troubles de ce côté-là... (Silence.)

LA COMTESSE PONCE-PILATE. — Si VOUS croyez, docteur, que ce soit absolument nécessaire?... (Le docteur appuie sa tête sur la majestueuse poitrine de la comtesse , qui écarte vaillamment les dentelles du peignoir.)

le docteur fringan, à part. — Je ne vois rien d’anormal!... et pourtant son cœur bat comme un tambour... c’est à n’y rien comprendre!... (Détournant modestement

LE GAFFEUR

les yeux pendant cjue la comtesse rajuste son peignoir.) Très belle, la comtesse!... mais pas pour mon bec, hélas!...

LA COMTESSE PONCE-PILATE. — Eli

bien ?...

le docteur fringan. — Eli bien, il faut ne pas trop manger... ne pas trop dormir... ne pas prendre de café... et vous distraire... ( Mouvement de la comtesse.) vous distraire beaucoup... oui., je sais bien... vous êtes blasée... mais il faut trouver du nouveau... de l’imprévu... (La comtesse allonge son pied, le docteur se détourne. A part.) Joli pied!...

LA COMTESSE PONCE-PILATE. — Appi’O-

chez-vous donc de moi, docteur!... vous êtes dans la cheminée... votre joue droite est écarlate...

LE DOCTEUR FRINGAN, à part. — C’est la gifle de la petite!... (Haut, se levant.) je vais d’ailleurs me retirer!... (A part .J je ne suis pas à mon aise dans cette maison!...

ce luxe insensé... ces grands valets goguenards!... ces parfums!... ce portrait de l’ancètre... premier du nom... qui se lave les mains dans l’antichambre!... cette femme inaccessible en peignoir diaphane... tout ça me trouble et m’énerve!... (Haut, saluant.) J’aurai l’honneur, madame, de venir dans deux ou trois jours prendre de vos nouvelles... (Il sort.)

la comtesse ponce-pilate, rageusement, se tournant vers le mur. — ... Espèce de serin ! ! !

LE COMPLAISANT

Dans une jolie chambre Louis XYI toute blanche et remplie de lleurs.

madame de charmeuse, vingt-huit ans ; blonde, rose, élégante, fine et intelligente. Peignoir de crépon blanc garni de plumes blanches. (Elle est enfoncée dans une bergère et lit Notre Cœur.)

On introduit :

le docteur traigenty, quarante ans ; assez joli garçon; Pair aimable; la voix douce; le geste arrondi. Un peu banal.

MADAME DE CHARMEUSE. — Ail! docteur!

que je suis contente de vous voir!...

le docteur. — Moi, madame la marquise, je serais ravi aussi de vous voir si je ne pensais que ma présence chez vous annonce une indisposition...

MADAME DE CHARMEUSE. — Pasdu tout!...

Asseyez-vous donc, docteur...

le docteur, étonné, s’ asseyant. — Comment... vous n’êtes pas souffrante?...

MADAME DE CHARMEUSE. — Pas plus que

vous !...

le docteur. — Ah !... mais alors...

MADAME DE CHARMEUSE. — Voilà, je Vais vous expliquer... et d’abord, il faut vous dire que depuis le 3 novembre, on a commencé à chasser...

LE DOCTEUR. — Ail !...

MADAME DE CHARMEUSE. — A COUrre, je veux dire... et moi, docteur, si je déteste la chasse à tir, j’exècre la chasse à

courre...

LE COMPLAISANT

loi

LE DOCTEUR

MADAME DE CHARMEUSE. — Oui... jô

trouve ça féroce... cette malheureuse bête qui détale devant les chiens, et que je plains de toute mon âme, jusqu’au moment où je me désole du sort des chiens décousus... tout ce sang, ces cris, ce vacarme, c’est révol tan tl...

LE DOCTEUR

madame de charmeuse. — Sans parler du côté embêtant... considérablement embêtant, docteur... qui se compose de l’onglée, des chutes, des retraites de deux heures, et du reste... vous comprenez bien ça, n’est-ce pas?...

le docteur, ahuri. — Parfaitement...

MADAME DE CHARMEUSE. — VOUS me

direz à ça que, puisque j’ai la chasse en abomination, il serait tout simple de rester chez moi...

le docteur. — En effet...

MADAME DE CHARMEUSE. — Oui... mais

c’est que mon mari et mon beau-frère n’entendent pas ça... ils disent que je meuble, que j’orne...

le docteur, gracieux. — Mais il mesemble que ces messieurs sont dans le vrai...

madame de charmeuse, continuant. — Que pour les invités c’est plus joli... que le cheval me fait du bien...

le docteur. — C’est vrai aussi...

MADAME DE CHARMEUSE. — Oui... mais vous allez, mon cher docteur, avoir l’obligeance de déclarer le contraire...

le docteur. — Queje...

MADAME DE CHARMEUSE. — C’est COn-

venul ... le cheval m’est, jusqu’à nouvel ordre, formellement défendu...

le docteur. — Mais, madame, vous m’avez fait vous l’ordonner au printemps... MADAME DE CHARMEUSE. — Eh bien, VOUS

allez me le défendre à l’automne...

le docteur. — Mais si vous voulez remonter au printemps?...

LE COMPLAISANT

MADAME DE CHARMEUSE. — VOUS déclarez

qu’il faut que je remonte...

le docteur, éperdu. — Mais, madame la marquise, vous n’y pensez pas!...

madame de charmeuse. — C’est-à-dire, mon bon docteur, que je ne pense pas à autre chose...

le docteur. — Que voulez-vous qu’on dise si je...

madame de charmeuse. — Oh! ça... ça m’est égal!...

le docteur. — Mais moi!... ça ne m’est pas égal, à moi !...

MADAME DE CHARMEUSE. — Non, mais vous ferez comme si ça vous l’était... parce que vous ôtes un gentil docteur... et que vous ne voudriez pas faire de peine à une de vos plus anciennes clientes... Et puis, vous savez, vrai de vrai, si je devais continuer ce métier-là, ça me ferait très certainement mourir...

le docteur. — Oh !... quant à ça !...

MADAME DE CHARMEUSE. — VOUS riez!...

C’est pourtant vrai, allez, ce que je vous dis!... je ne dîne pas les soirs de chasse!... je ne dors pas!... et la dernière fois l’hallali m’a tellement dégoûtée qu’il m’est sorti, à la lèvre, instantanément, un énorme bouton... Voyons, docteur, asseyez-vous là et écrivez... il faut que je puisse montrer ça à mon mari !...

le docteur, pensif. — Qu’est-ce que je vais bien vous ordonner?..

MADAME DE CHARMEUSE. — De ne pas monter à cheval...

le docteur. — Oui ! . . . c’est entendu!... mais il faut que je vous donne quelque chose aussi à prendre, pour que ça ait l’air naturel... (Il cherche.) voyons... quelque chose d’anodin...

MADAME DE CHARMEUSE. — D’anodin ou de pas anodin... qu’est-ce que ça fait, puisque je ne le prendrai pas?...

— C'est vrai!... (Il écrit.)

LE DOCTEUR

LE COMPLAISANT

MADAME DE CHARMEUSE. — Est-Ce fait?. . .

le docteur. — Pas encorel... c’est horriblement difficile!... je ne sais comment qualifier un mal qui n’existe pas?...

MADAME DE CHARMEUSE. — Mais si ! . . .

mettez «désordres intérieurs»... c’est vague et inquiétant... ça sera parfait...

le docteur , se levant el lui tendant la plume. — Tenez, madame la marquise... écrivez ce que vous voudrez, j’aime mieux ça!... je copierai...

Dans une chambre meublée d’acajou restauration et de damas bleu barbeau, assise sur une chaise longue :

madame de la CAFARDER y, trente-quatre ans. Cheveux châtains. Bandeaux sévères.

Très grands yeux cernés, qu’elle tient toujours baissés; belle, mais maigre et ravinée. Elle lit Dette de haine.

LE DOCTEUR TRAIGENTY, entrant. — VOUS ôtes souffrante, madame la baronne?

LE COMPLAISANT

MADAME DE LA CAFARDERY. — Oui, d0C-

teur... très souffrante... et, quelle que soit ma résignation à la volonté de Dieu, je commence à trouver que c’est vraiment bien souvent mon tour...

le docteur. — Qu’est-ce que vous ressentez?...

madame de la cafardery. — De terribles douleurs de tête...

le docteur, lui touchant le front. — La tête n’est pas chaude du tout... cela ne sera rien...

MADAME DE LA CAFARDERY. — D’intûlérables contractions d’estomac... je ne digère rien...

le docteur. — Voyons la langue?...

elle est rose et superbe...

MADAME DE LA CAFARDERY. — J’ai la fièvre...

le docteur, lui prenant la main. — La peau est fraîche ! (Il tire sa montre.) et vous avez le pouls d’une régularité parfaite. . . je ne com-

prends pas du tout, ce que vous pouvez avoir.

MADAME DE LA CAFARDE I\ Y. — Je Crois, docteur, qu’il me faudrait le Midi pour me remettre...

le docteur. — Vous remettre de quoi?...

MADAME DE LA CAFARDERY. — Mais je vous assure, docteur, que je ne suis pas bien du tout...

le docteur. — Et moi, madame la baronne, je vous affirme que vous n’avez rien... mais là, rien de rien...

MADAME DE LA CAFARDERY. — S’il Iïl’arrive malheur, ce sera de voire faute...

le docteur. — Malheur!... mais quel malheur voulez-vous qu’il vous arrive, madame la baronne?...

MADAME DE LA CAFARDERY. — Je puis mourir d’un instant à l’autre...

le docteur. — Vous?... allons donc!... vous vivrez cent ans!...

MADAME DE LA CAFARDERY, pointue.

— Pas si vous me soignez, toujours !...

LE COMPLAISANT

le docteur, inquiet, à 'part. — Ah mais!... Ah mais!... elle a une idée de derrière la tête, bien sûr!... mais laquelle?... (Haut.) Voyons, madame la baronne... il y a quelque chose que vous ne me dites pas?... vous avez quelque idée...

MADAME DE LA CAFARDERY, très rOUCje. —

Quelle idée voulez-vous que j’aie?...

le docteur. — Si je le savais, je ne vous le demanderais pas!...

MADAME DE LA CAFARDERY. — Je VOUS l’ai dit... j’ai l’idée que je suis malade... je n’en ai pas d’autre...

le docteur. — Mais... vous parliez du Midi tout à l’heure?... si vous voulez absolument aller dans le Midi, il faut y aller... mais pour vous promener... ou vousamuser... (Madame de la Cafardery lève les yeux au ciel.) et non pour une maladie que vous n’avez pas. ..

MADAME DE LA CAFARDERY. — Et VOUS croyez que si je ne suis pas malade, mon mari me laissera aller dans le Midi?...

CES liONS DOCTEURS

le docteur, à part. — Enfin!... nous y voilà!... (Haut.) Mon Dieu, à la rigueur... nous pouvons découvrir... où désirez-vous aller, madame la baronne?...

MADAME DE LA CAFARDERY. — Mais je

ne sais pas, moi!... à Nice... à Cannes... à Ilyères .. ça m’est égal !...

le docteur. — Vous pourriez aller à Ilyères, dans ce cas... c’est très...

MADAME DE LA CAFARDERY. — Oll!. .

n’aimeriez-vous pas mieux Cannes?... à Ilyères il y a bien du vent...

le docteur. — C’est le contraire... mais si vous préférez Nice... (A part.) Je crois me rappeler qu’on m’a dit que le petit vicomte de Jabo est à Cannes... ça doit être pour le surveiller qu’elle veut aller làbas?... je parie qu’elle va refuser Nice aussi ?...

MADAME DE LA CAFARDERY. — Nice, c’est bien mondain!... je crois décidément que Cannes...

le docteur, ci part. — Eh! allons donc!... (Haut.) Va pour Cannes, madame la baronne... (Il se lève.)

MADAME DE LA CAFARDERY. — Mais, docteur... il faut une ordonnance... des drogues quelconques... pour la forme... (Le docteur se i'as seoi tdocilement.) et puis, mon mari qui a été forcé de sortir, tient à savoir ce que j’ai... voulez-vous bien le dire en deux mots?...

le docteur, hésitant. — Mais, madame la baronne, je ne sais vraiment comment formuler ce... ce qui...

MADAME DE LA CAFARDERY. — Bail!...

mettez... troubles nerveux... vertiges d’estomac... ça prend toujours!...

le docteur, lui passant le papier et la plume. — Écrivez vous-même, madame la baronne, je copierai...

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