LE BON CAB Ç ON
je vois des gens qui prennent quatre tasses de thé... et du foie gras, et des gâteaux, et des bonbons... et qui mangent comme quatre à dîner...
le docteuh. — Alors, madame, ces gens sont atteints de boulimie...
madame d’habandon. — Vous dites?...
le docteur. — Rien... une maladie...
ça ne vous intéresserait pas...
madame d’habandon, vivement. — Mais si... mais si, ça m’intéresse!... parce que quelquefois, il est vrai, je n’ai pas faim... mais c’est rare... excessivement rare!... le plus souvent, je dévore... et ça malgré plusieurs tasses de thé... et beaucoup de gâteaux... Alors, moi aussi, je suis donc atteinte de... comment avez-vous dit?...
le docteur. — De boulimie...
madame d’habandon, effarée. — Voyezvous!... c’est ça que j’ai !... et ça doit être une maladie épouvantable?... avec un nom pareil !...
lia
le docteur . — Mais non... mais non!...
vous n’avez rien du tout!... Voyons, qu’éprouvez-vous encore?...
madame d’iiabandon. — Eli bien, j’ai très souvent le bout du nez rouge... et ça me désole... je ne sais pas d’où ça peut venir?...
le docteur. — Je le sais, moi!... (Il la regarde.) c’est parce que vous êtes trop serrée...
madame d’habandon. — 01)!... croyezvous?...
le docteur. — J’en suis sur!...
madame d’habandon. — Je ne suis pourtant pas très serrée!... j’ai une taille passable...
le docteur. — Bigre !... je vous crois !.. . madame d’iiabandon, continuai ü. — Mais qui n’a rien d’étonnant...
le docteur, à part. — Elle m'étonne, moi !...
MADAME d'h A B AN DON, qui Voit que le düC-
LE 1S0N GARÇON
leur est très impressionné par sa beauté. — Vous ne savez pas, docteur?...
le docteur. — Non, madame...
madame d’habandon. — Je voudrais que vous m’auscultiez... ce serait plus prudent...
le docteur. — Madame, c’est bien inutile... mais enfin... si vous y tenez...
madame d’habandon. — J’y tiens!...
le docteur, se baissant pour poser sa tête contre la poitrine très rebondie de madame d' H abandon. — Veuillez respirer maintenant, je vous prie?...
madame d’habandon. — Vous ne préférez pas que j’ôte mon corsage?...
le docteur. — Gela vaut évidemment mieux, madame... je n’osais pas vous le demander... il me semble d’ailleurs, si inutile de vous ausculter...
madame d’habandon, commençant à défaire son corsaije dont la fermeture est liés compliquée. — Si... si... j’éprouve des
choses pas naturelles!... ainsi j’ai quelquefois des tiraillements, des frissons... des idées confuses de danser, de rire, de crier... je sens des petits serpents froids qui me courent entre les épaules... et puis, tout à coup... sans motif... j’ai envie de m’asseoir par terre et de me mettre à pleurer...
le docteur, timidement. — Vous êtes mariée, madame ?. . .
madame d’habandon. — Oui, docteur...
le docteur, de même. — Et... monsieur votre mari est... est...?
madame d’habandon, sans enthousiasme.
— Un homme très bien... calme, sérieux... sans élan !... en voilà un que les levers de lune et les couchers de soleil laissent froid !...
le docteur. — Mon Dieu, madame, je vous avouerai que, moi, aussi les levers... et les couchers de soleil ou de lune... (Sincère.) Ben non !... ça ne me dit rien du tout!...
LE BON GARÇON
madame d’habandon, sincère aussi. — A moi non plus!... c’était seulement une façon de vous faire entendre que... enfin que... vous me comprenez?...
le docteur. — Admirablement!... et...
quel âge a monsieur... ( Interrogativement.) monsieur?...
madame d’habandon. — D’IIabaudon . . .
(Se présentant.) la marquise d’Habandon... (Le docteur salue.) vous me demandiez?... qu’est-ce donc déjà que vous me demandiez?...
le docteur. — L’âge de...
madame d’habandon. — Ah!... parfaitement!... l’âge de mon mari?... Eh bien, je vous dirai que je l’ignore totalement, son âge...
le docteur, ahuri. — Ah bah!...
madame d’habandon. — Je suis si discrète que je ne le lui ai jamais demandé... (Riant.) ça vous étonne, hein?...
— Ça m’étonne, en effet,
LE DOCTEUR
considérablement!... Enfin, quel âge peut... approximativement... avoir M. d’Habandon ?...
madame d’ii a b an don, cherchant. — Entre... quarante-cinq... et cinquante-huit... le docteur. — Bigre!...
madame d’habandon. — Pourquoi ditesvous « bigre »?...
le docteur. — Parce qu’il ne doit pas être... entreprenant?...
madame d’iiabandon. — Eh mon Dieu!
si... il est entreprenant!... on ne peut pas dire qu’il n’est pas entreprenant... au contraire... il est même...
le docteur. — ... Téméraire...?
madame d’habandon, vivement. — Précisément!... Ah ç.à! vous le connaissez donc, mon mari?...
le docteur. — Non, madame, mais je connais des maris dans son cas... ce n’est pas un cas... isolé...
madame d’habandon, achevant d’ôler son
LE BON GARÇON
corsage et le posant sur un fauteuil. — Voilà, docteur !... (Le docteur s'incline et pose son oreille contre la poitrine de madame d' H abandon. Un monsieur entre dans le salon et s’arrête interdit. Le docteur se redresse brusquement.)
madame d’habandon, inquiète. — Est-ce que vous voyez quelque chose de grave?... (Apercevant le monsieur.) Ah!... tiens!... mon mari!... (Présentant.) Docteur, monsieur d’IIabandon... Mon ami, le docteur... qui veut bien m’ausculter en attendant le retour de madame de Préfleury... (Le docteur salue.)
M. d’habandon. — Je suis enchanté, docteur, de faire votre connaissance... (Narquois.) j’espère que vous ne trouvez à ma femme aucune maladie?...
le docteur, ne comprenant pas les signes désespérés que lui fait madame d' Habandon. — Mon Dieu, monsieur... non... certainement non!... Madame est dans un état nerveux... et même un peu morbide...
m. d’habandon, ahuri. — Dans un état morbide?... ma femme?... Allons donc, vous badinez?...
le docteur, interloqué. — Je badine?...
en vérité, monsieur, je ne me permettrais pas de...
m. d’h abandon. — Mais, regardez-la donc, docteur I... (Il montre sa femme.) elle est fraîche comme l’œil!... elle est grasse à pleine peau!... un estomac à digérer des cailloux... et un appétit!...
le docteur, à part. — Gomme moi!...
ce que j’ai faim!... non, là, vrai, on n’envoie pas chercher le médecin à cette heureci... surtout quand on n’est pas malade!...
m. d’h a b an don, à sa femme. — Est- ce qu’on a déjà sonné le premier coup du déjeuner ?...
madame d’habandon. — Mais non... je ne crois pas...
m. d’habandon, qui regarde par la fenêtre. — C’est que voilà madame de Pré-
LE BON GARÇON
fleury qui rentre!... si on n’a pas sonné, pourquoi rentre-t-elle?...
le docteur, timidement. — Pour moi, peut-être?...
si. d’ii abandon, étonné. — Pour
vous?...
le docteur. — Dame!... comme elle m’a envoyé chercher... en me faisant dire qu’elle était gravement malade...
m. d’h a b an don. — Elle!... gravement mal... (Il pouffe de rire.)
LE DOCTEUR
La porte s'ouvre et madame de Préfleury entre
souriante et fraîche.
le docteur, saluant. — Madame la baronne...
la baronne. — Tiens, c’est vous, mon bon docteur !...
le docteur. — Oui, madame la baronne... votre mot disait: « très pressé »... j’ai fait atteler, et me voilà !...
LA baronne. — Mon mot?... (Elle semble
chercher). Ah ! oui !... Tiens !... c’est vrai!... je n’y pensais plus!... Ah! mais là, plus du tout!... Figurez-vous, docteur, que ce malin... en m’éveillant... je sens à l’œil une douleur atroce... intolérable!... impossible de l’ouvrir!... impossible de le fermer!... il me semblait qu’on me promenait un fer rouge sous la paupière... Bien entendu, je vous écris tout de suite un mot pour vous demander de venir immédiatement...
le docteur. — Oui... en effet...
la baronne. — Et tout à coup l’idée me prend de me regarder dans la glace!... j’aperçois à mon œil... à la paupière... au coin de la paupière, une petite tache noire... je me penche... j’examine... je soulève, croyant me trouver mal... Ah! ouiche!... je trouve trois cils qui s’étaient noués, et qui formaient une petite touffe retournée et serrée entre la paupière et l’œil... j’ai eu une peine à faire ressortir ça!... non, vous ne pouvez pas vous imaginer la peine que j’ai eue!...
Llî BON GARÇON
le docteur. — Je vois avec plaisir que... la baronne, l'interrompant. — Oh ! tout à fait fini!... (On entend une cloche.) Est-ce le premier ou le second coup?...
m. d’iiabandon. — C’est le second... le premier sonnait lorsque vous ôtes entrée...
la baronne. — Alors, allons déjeuner!...
(Au docteur.) Bien entendu, vous avez déjeuné, docteur? (Mouvement du docteur.) mais si vous voulez venir avec nous tout de même?...
le docteur. — Vous ôles mille fois aimable de m’inviter, madame la baronne... d’autant plus aimable que... que...
la baronne. — Que quoi?...
le docteur. — Que je n’ai pas déjeuné... et que...
la baronne, étonnée. — Comment, pas déjeuné?... je croyais que vous déjeuniez à onze heures...
le docteur. — Habituellement, madame la baronne, je déjeune effectivement à
onze heures... mais comme il m’u fallu sortir aujourd’hui avant l’heure démon déjeuner...
la baronne. — Ah!... pourquoi donc ça?...
le docteur, ahuri. — Pourquoi?... mais parce que vous m’écriviez de venir immédiatement au château,... et que, naturellement, j’ai tout quitté pour partir...
la baronne, riant. — Ce pauvre docteur!... c’est vrai, je ne pensais plus à mes cils retournés, moi! (Les invités, le baron, les enfants, entrent. Saluts, etc. Le maître d'hôtel annonce le déjeuner. On passe dans la salle à manger. Un silence.)
le baron, regardant la grande horloge qui est en face.de lui. — Il est midi vingt!... on ne servira donc jamais à l’heure exacte!... je m’en rendais compte, qu’il était midi vingt!... j’avais des tiraillements... Ilien n’est plus pénible que de manger plus tard que son heure... (Au docteur qui dévore ses œufs brouillés.) n’est-ce pas, docteur?
LE BON GARÇON
le docteur, avec conviction. — A.h ! monsieur le baron! je vous crois!...
le baron. — Et malsain aussi!... c’est la source d’une quantité de maladies... on est malade... on ne sait pas pourquoi... et puis tout à coup, pan!... on découvre que c’est parce qu’on a mangé trop tard... (La baronne hausse les épaules.) ce que je dis est très exact... n’est-ce pas, docteur?...
le docteur, avec conviction. — Certainement, monsieur le baron... (Il se remet à dévorer.)
le baron. — Par exemple, on mange toujours trop!... oui... c’est positif!... et une foule de maladies viennent de là, dont on ne soupçonne pas les causes... n’est-ce pas, docteur, qu’on mange toujours trop?...
le docteur, sincère. — Je ne trouve pas !...
le baron. — Et on mange des choses qu’on ne devrait jamais manger... des ragoûts, des salmis, des pâtés, des tartes...
CES UONS DOCTEURS !
c’est exécrable!... vous ne trouvez pas, docteur?...
le docteur. — Ali ! mais non !... je trouve tout ça très bon, moi, monsieur le baron...
le baron. — Quand je dis exécrable, j’entends pour la santé...
le docteur. — A la bonne heure!... je me disais aussi... (Il replonge son nez duns son assiette.)
madame d’iiabandon. — Est-il vrai, docteur, que boire du lait soit bon pour la peau ?...
le docteur, qui n’a pas compris. — Pour la quoi?... (A part.) Ah çà!... est-ce qu’ils ne vont pas finir par me laisser manger?...
madame d’iiabandon, répétant. — Pour la peau?... on m’a dit que toutes les femmes qui boivent du lait ont un joli teint...
le docteur. — Mais, madame, le teint et la peau, ça n'a aucun rapport...
MADAME d’hâBANOON. — Ail!...
le docteur. — 11 est bien évident que
LE BON GARÇON
boire ou ne pas boire du lait ne change rien à la qualité de la peau...
madame d’habandon. — Mais ça peut-il la rendre fraîche?...
le docteur. — Fraîche, c’est beaucoup dire... mais le lait étant un rafraîchissant peut empêcher,... dans une certaine mesure... les boutons, les rougeurs... enfin les petits accidents qui proviennent d'un état d echauffement habituel...
LA CHANOINESSE DE MONPINÇON, très
intéressée. — Ah !... le lait combat réchauffement?...
le docteur. — Sans doute... surtout lorsque le corps n’y est pas accoutumé...
la chanoinesse. — A votre avis, docteur, quel est le meilleur moyen de combattre réchauffement ?... (Les enfants rient.)
le docteur. — Mon Dieu, madame, l’exercice, les bains...
la ciianoinesse. — Non!... je veux parler de ce qui se mange... ou se boit...
croyez-vous que lé lait soit ce qu’il y a de mieux?
le docteur. — H y a la graine de lin...
qui agit plus activement... ou encore les pruneaux cuits... surtout si on y ajoute une légère dose de séné...
la chanoinesse. — AhI... dans quelle proportion, le séné?... (Les enfants rient; la ■ chanoinesse s'en aperçoit et s’arrête interloquée. Le docteur profite de ça pour se remettre à manger.)
l’abbé des enfants, d'une voix douce. — Puisque vous vous occupez de laxatifs, docteur... je vous serais très obligé si vous vouliez bien dire à madame la baronne ce que vous pensez du coing...
le docteur. — Dame!... je pense qu’en fait de laxatif...
l’abbé. — Précisément!... je sais bien que le coing produit un effet diamétralement opposé... à celui... de... du pruneau, par exemple... et comme les enfants ont la rage
LE BON GARÇON
de manger fréquemment, et sans mesure aucune, de la gelée de coing et des pâtes, — exquises, je le reconnais, mais pernicieuses, j’en suis certain, — que leur envoie leur tante, madame la marquise de Cotignac... je voudrais que madame la baronne sût à quoi s’en tenir sur l’effet de ces sucreries...
le docteur, agacé. — Monsieur l’abbé, tout dépend du tempérament des enfants!... il est des gens qui peuvent manger indifféremment du coing... d’autres, au contraire, qui...
l’abbé, interrompant vivement. — Justement, docteur!... mes élèves peuvent être hardiment classés parmi les autres... j’en suis sûr !...
m. de lytou, au docteur. — Puisque chacun vous interroge, docteur... permettez-moi de vous poser, à mon tour, une question?...
LE DOCTEUR. —
m. de lytou, relevant ses lunettes pour
bien examiner la figure du docteur. Eh bien, qu’esl-ce que vous pensez de la lymphe de Koch?...
le docteur, à pari. — A l’autre, à cette heure!... je regrette de n’ètre pas tout bêtement rentré chez moi!... j’aurais certainement déjeuné plus tard... mais j’aurais été plus tranquille!... (liant.) Mon Dieu, monsieur, je crois que la question est vidée...
m. de lytou. — Alors, plus de poitrinaires!... plus de ces maladies étranges et presque impossibles à soigner?...
le docteur. — Ah mais ! permettez!...
rien ne prouve, à mon avis, que les maladies que vous venez de citer soient supprimées...
m. de lytou, navré. — Oh!... comment?... vous ne croyez pas à celle méthode nouvelle?...
le docteur. — Oh! pas du tout!... (Il s'aperçoit qu'on va sortir de table, et se dépêche de f uir sa pomme qu'il vient de peler en ruban.)
LE BON GARÇON
du iielder pliant sa serviette et agitant ensuite violemment une main dans tous les sms. — Positivement, mon doigt me fait mal!... c’est idiot!... pour une bêtise comme ça!... un simple pinçon...
la baronne. — Vous vous êtes pincé?. . . du HELDER . — Oui... en mettant les boutons de mes molletières!... il y a un petit peu de peau qui a passé dans la boutonnière... j’ai lourné le crochet brusquement!... crac!... ça y était!... ç’a est d’abord devenu rouge... et puis bleu... et à présent ça noircit que ça fait peine à voir!... (Il regarde son doigt avec attendrissement.)
le baron. — Je n’ai jamais vu un geignard comme toi!...
madame d’ ii abandon. — Ça n’est même pas à la main droite!...
du iielder. — Mais la main gauche est tout aussi sensible!... si vous souffriez comme moi, vous pousseriez des cris de putois !... ( Protestations. )
i;so
le «aron. — Tu vas montrer ça au docteur, et il...
«u H el de u, se levant précipitamment et allant fourrer son doigt sous le nez du docteur gui est en train de mordre dans un chou à la crème. — C’est vrai !... je n’y pensais pas, moi, au docteur!...
le baron. — Mais pas maintenant!... tout à l’heure!... es-tu fou, voyons?... lu déranges le docteur pendant qu’il déjeune!...
le docteur, résigné, posant son chou et repoussant son assiette. — Du tout, monsieur le baron... du tout!... (Il regarde le doigt de du Helder.)
du helder, d'un air angoissé. — Eli bien?. . . le docteur. — Eh bien, monsieur, c’est un peu de sang extravasé... c’est un pinçon en effet... un simple pinçon... (Il rit.) sans aucune complication inquiétante...
du helder, vexé. — Vous riez!... c’est bien ça, les médecins!... ça rit de la souffrance humaine!...
LE BON GARÇON
le docteur, bon enfant. — Je ris de voir un solide gas comme vous prêt à s’évanouir, parce qu’il a eu un peu de peau pincée dans une boutonnière... par un crochet à boutons...
du helder. — Que ce soit par un crochet à boutons ou par autre chose, ça fait autant de mal...
le docteur. — Ça fait autant de mal...
c’est bien ce que je dis !...
du iielder, regardant toujours son doigt. — Y a-t-il quelque chose à faire?...
le docteur. — Ilélas! non... (Il reprend son chou à la crème. Du Helder retourne mélancoliquement à sa place.)
m. de lytou, allongeant sa jambe sous la table en faisant une terrible grimace. — Aïe!... le temps va changer, bien sûr!... je sens ça à mon baromètre!...
le docteur, à part. — Pourvu qu’il ne me le montre pas aussi, son baromètre!... ils sont rasants, à la fin, avec leurs cou-
su Hâtions!... (Haut, machinalement, en voyant la chanoinesse qui prend des nèfles.) madame, vous avez tort de manger de ça!...
la chanoinesse. — Ah!... pourquoi?...
le docteur. — Mais, parce que, si vous vous croyez obligée de manger des pruneaux.... par régime, la ncfle...
la ciianoinesse, interrogativement. — Eh bien ?...
le docteur. — Eli bien, la nèfle... (Il ferme la main et fait le geste de tourner violemment une clef.)
i.a ciianoinesse, repoussant précipitamment la coupe où sont les nèfles. — Ali!... (A part, regardant le docteur de travers.) Cet homme est un goujat!... (La baronne se lève, on passe dans le salon. Le docteur, toujours souriant, suit, sans donner le bras à personne, au milieu des enfants qui le consultent sur les moyens à employer pour se rendre malade quand on ne veut pas travailler.)
LE ROUBLARD
Dans une chambre à coucher très élégante.
madame de creuze, vingt-deux ans ; blonde, mignonne, potelée; un peu sosolte ; peignoir de crépon feuille de rose, garni de malines.
le docteur RYÉNAYMÉ, quarante-huit ans; grand; encore mince; a l’air d’être content de lui ; l’est plus encore qu’il n’en a l’air. Mise irréprochable; aspect froid; façons correctes.
LE DOCTEUR RYÉNAYMÉ, d' lin lüll (jllicial,
s'asseyant sur un fauteuil , très loin de madame de Greuze. — J’espère, madame, que l’indisposition pour laquelle vous me faites appeler est sans gravité?...
madame de greuze, un peu embarrassée.
— Sans aucune gravité...
LE DOCTEUR BYÉNAYMÉ. — Ail!... tant mieux!... comme c’est M. de Greuze qui a lui-même pris la peine de venir me chercher, je craignais... je redoutais...
madame de greuze. — Mon mari passait devant chez vous en allant au cercle... il m’a offert de vous avertir... ce que j’ai est peu de chose... sans M. de Greuze, je ne vous aurais même pas dérangé pour un petit clou de rien du tout... mais il voil mieux que moi le bobo en question et...
le docteur bien aymé, intéressé. — Ah!...
ce bobo est placé?... (Reprenant son ton yla cial.) de façon que M. de Greuze peut seul le voir?...
MADAME DE GREUZE. — Oll ! pas Seule-
LE ROUBLARD
ment lui!... n’importe qui peut le voir!...
LE DOCTEUR BIÉNAYMÉ, surpris. — N’ilïl-
porte qui?... où est-ce?...
MADAME DE GREUZE. — DailS le (loS...
assez bas...
LE DOCTEUR BIÉNAYMÉ, vivement. — ASSCZ
bas?... (Glacial.) à quelle hauteur?...
madame de greuze. — A l’épaule à peu près... c’est môme très gênant... parce que la manche frotte... et ça irrite...
le docteur biénaymé, ôtant un gant. — Voyons le siège du mal?...
madame de greuze, rougissant. — Ah!...
il faut que...
LE DOCTEUR BIÉNAYMÉ, d'un ton SCC. —
Bien entendu... (Il ôte son autre gant.)
madame de greuze, dénouant les rubans qui atlache7it le peignoir et faisant glisser l'épaulette gauche. — Voilà docteur!...
le docteur biénaymé, s'avançant lentement. — Voyons?... (Il examine le clou.) veuillez, madame, vous déshabiller?...
CES UONS DOCTEURS !
madame de greuze, ù part. — Comment... plus que ça?... (Haut.) mais, docteur, je...
LE DOCTEUR BIEN AYMÉ, d'un loti de plus en plus sec. — Il m’est impossible, dans ces condilions-là, d’examiner la plaie!...
madame de greuze, sursautant. — La plaie!... il y a une plaie?...
le docteur bien aymé. — Il y en aura une si le mal n’est pas enrayé... (Très cassant.) je vous ferai observer, madame... que mes instants sont comptés et que...
MADAME DE GREUZE. — Pardon, d0Cleur !... je... (Elle fait glisser l'épaulette droite.) LE DOCTEUR BIÉNAYMÉ. — Et le COrset?...
madame de greuze, ahurie. — Le corset aussi?... (A part, défaisant son corset.) et Gaston qui n’est pas là !... ( Elle pose le corset sur le divan et reste assise, retenant tous ses vêtements d'une main cl n'osant pas bouger.)
l E doc t I-: u r B i É N A Y m É, promenant sa main charnue , aux doigts courts et roses sur le tlos
LE ROUBLARD
de madame de Greuzc. — La peau est assez souple...
madame de greuze, inquiète. — C’est mauvais signe?...
le docteur biénaymé. — Non, pas précisément, mais enfin...
madame de greuze, à part. — Il me chatouille !... il me chatouille à me faire crier !...
le docteur b YÉNAYMÉ, à part. — Idéalement jolie !.. . et idéalement bè te!... ( Hau t. ) cette souplesse... apparente... car elle peut n’être qu’apparente...
madame de greuze. — Ah bah!... comment ça?...
le docteur biénaymé, sans daigner répondre. — Cette souplesse apparente, — dis-je, — indique que le principe du mal n’est pas là...
madame de greuze, de plus en plus inquiète. — Où est-il, le principe du mal?...
le docteur biénaymé. — Je l’ignore,
et... c’est ce qui va faire l’objet de mes •recherches... (Impérativement.) déshabillezvous !...
madame de GREUZE, effarée. — Encore!...
le docteur bien aymé. — Je dois examiner... palper avec soin les tissus, voir si je ne trouverai pas sur votre corps... MADAME DE GREUZE. — Quoi donc?
le docteur biénaymé, — La cause première du mal...
madame de greuze, atterrée. — Mais, docteur, il me semble que pour un clou... un tout petit clou... qui est à l’épaule... il n’est pas nécessaire de...
le docteur biénaymé, d’un ton offensé. — Si vous en savez plus que moi, il était inutile de m’appeler en consultation...
madame de greuze, intimidée, balbutiant.
— Mon Dieu... docteur... je n’ai pas la prétention d’en savoir plus... plus que vous, vous pensez bien!... seulement...
le docteur biénaymé. — J’aurai l’hon-
LE ROUBLARD
neur de vous répéter, madame, que mes instants sont comptés... et que, s’il ne vous convient pas de suivre mes prescriptions, ce que j’ai de mieux à faire est de me retirer... (Fausse sortie.)
MADAME DE greuze, retenant à poignée ses vêtements et se précipitant entre la porte et le docteur. — Docteur!... docteur, je vous en prie!... Écoutez, je vais faire ce que vous me demandez... je... je... (Elle fond en larmes.)
le docteur biénaymé, à part. — Dinde comme pas une !... mais drôle tout de même!... (Haut, sévèrement. ) j’attends !...
madame de greuze, à part, se déshabillant en tremblant. Si, au moins, Gaston était rentré!... il verrait ce qu’il veut que je fasse !... c’est très embarrassant !... j’ai peur de le mécontenter, Gaston !... j’ai peur aussi que le docteur se fâche... c’est qu’il n’a pas l’air commode, le docteur!... Ah! mais non!... (Elle reste debout et embarrassée en chemise.)
le docteur byénaymé. — Bien !... veuillez maintenant vous étendre sur ce divan?... ( Madame de Greuze s'allonge sur le divan.) là... ne bougez plus!... (Il pulpe longuement madame de Greuze, qui reste immobile, les yeux fermés, retenant sa respiration.) Bien!... tournez-vous par ici?... Bon!... maintenant par là?...
madame de GREUZE, haletante. — Eh bien, docteur ?...
le docteur BYÉNAYMÉ, à part, sans répondre. — Ravissante!... un bijou!... la Diane de lloudon retouchée par Willette !... une délicatesse d’attaches !... une fermeté !... un velouté!... une bonne idée que j’ai eue là!... (Il continue à palper.)
madame de greuze, plus morte que vive, nosa7it toujours pas ouvrir les yeux. — Est-ce que c’est grave?...
LE DOCTEUR BYÉNAYMÉ. — Noil ! . . . pas du tout !... c'est l’effet du printemps !... vous boirez avant chaque repas un grand
Llî ROUBLARD
verre de quassia amara... ( Remettant un gant.) d'ici à huit jours il ne sera plus question de rien... (Remettant l'autre gant.) avec une aussi belle constitution que la vôtre, ces bobos-là ne durent pas!... (Prenant son chapeau et saluant.) Madame... mon respect!... (Madame de Greuze anéantie n'ouvre pas les yeux et ne fait aucun mouvement.)
Un grand salon où plusieurs personnes vont et viennent, affairées. 11 est minuit.
m. de la hampe, quarante ans; l’air aimable et bon enfant; élégant et comme il faut; (traversant le salon en portant an cataplasme posé sur une serviette.) — Voilà le cataplasme I... ( Lemprésentant au docteur.) voulez-vous voir s’il est bien, docteur?...
le docteur BYÉNAYMÉ, posant le dos de sa main sur le cataplasme et la retirant brusquement.) Aie \\ l il est brûlant!... il faut attendre !... (Secouant sa main.) si vous posiez ça tel quel, la peau du ventre de
LE ROUBLARD
votre belle-mère s’en irait comme celle d’une pomme de terre en robe de chambre...
m. de la hampe, en distraction, souriant
sans écouler. — Ah bah!...
madame DE la hampe, grande; belle; imposante; l’air un peu revêche, entrouvrant la porte de la pièce voisine. — Eh bien, ce cataplasme?...
m. de la hampe, brandissant le cataplasme. — Voilà!...
MADAME DE LA HAMPE. — Le docteur l’a-t-il tâté?...
m. de la hampe. — Oui ! — il faut attendre... il brûlerait la peau du ventre de...
madame de la hampe, très digne. — Taisez-vous, je vous prie?...
m. de la hampe. — Mais c’est le docteur qui l’a dit !...
madame de la hampe, sèchement. — Le docteur peut se permettre des choses qui vous sont interdites... (Au docteur.) Doc^
teur!... vous me jurez que ce n’est pas grave ?...
LE DOCTEUR BYÉNAYMÉ. — Je VOUS le
jure, madame...
MADAME DE LA HAMPE. — Que Ce n’est pas une attaque?...
m. de la hampe, se récriant. — Une attaque?... jamais de la vie!...
MADAME DE LA HAMPE. — C’est DU docteur
que je m’adresse...
LE DOCTEUR BYÉNAYMÉ. — Pas l’ombre d’attaque... une simple indigestion... violente, il est vrai... parce qu’elle a été provoquée par l’abus des écrevisses... et des écrevisses mangées un peu... comment dirais-je... un peu rapidement...
m. de la hampe. — Parbleu!... elle les adore... et...
madame de la hampe, lançant un rcjard furieux à son mari. — Mais, docteur, ôtesvous certain que...
le docteur byénaymé. — Absolument
LE ROUBLARD
lia
certain, madame... j’ai retrouvé des queues d’écrevisse presque entières et encore recouvertes de leurs carapaces rouges... elles se détachaient dans une sauce... de matelote, je présume... une sauce bleue...
m. de la hampe, distrait, fredonnant machinalement :
Y a du bleu, du blanc, du rouge,
Ça fait le drapeau français!...
madame de la hampe, indignée. — Ah!...
vous n’avez pas de cœur !... ma mère souffre î m. de la hampe. — Mon Dieu, ma chère amie... moi aussi, j’ai souffert quand j'ai eu une indigestion... ce qui m’est arrivé comme à tout le monde... Eh bien, on s’est légèrement moqué de ma souffrance et j’ai trouvé ça tout naturel!... l’indigestion... provoquée surtout... n’est pas une maladie intéressante... (Tâtant le cataplasme.) je crois qu’on peut le mettre à cette heure!... il est tout froid!... on croirait caresser une anguille...
madame de la hampe, 'prenant le cataplasme. — Docteur, vous me garantissez que ma mère ne court aucun danger?...
le docteur byénaymé. — Aucun, madame... demain matin il n’y paraîtra plus!...
m. de la iiampe, bâillant. — Il faut laisser le docteur aller se reposer...
madame de la iiampe. — Je vais être d'une inquiétude toute la nuit!...
LE DOCTEUR BYÉNAYMÉ. — Mais je...
(Illuminé.) je vais passer la nuit ici, madame!... je ne vous laisserais pour rien au monde vous inquiéter...
MADAME DE LA HAMPE. — Ail! que VOUS
êtes bon !...
M. DE LA HAMPE. — Mais...
MADAME DE LA HAMPE. — Je Il’osais pas vous le demander!... je vais voir ma malade et je reviens vous faire installer un lit...
m. de la hampe. — Mais c’est abuser...
LE ROUBLARD
le docteur byénaymé. — Nullement I .. .
je suis trop heureux de vous rendre ce léger service... je vais simplement m’installer dans un fauteuil... avec une tasse de thé...
m. de la hampe, bas. Suivant sa femme qui rentre dans la pièce voisine. — Vous savez, ma chère amie, que ça va coûter vingtcinq louis, cette plaisanterie-là?... oui!... Byénaymé prend ça pour coucher chez ses clients!... Quand le petit garçon des Rupin a avalé un bouton de soupière, il a passé la nuit... couché dans un bon lit... et il a compté vingt-cinq louis sur sa note!... c’est Rupin lui-même qui me l’a dit... il trouvait ça raide !...
MADAME DE LA HAMPE. — Eli bien, OÙ voulez-vous en venir?...
m. de la hampe, énervé. — A ceci... il me semble abusif de donner vingt-cinq louis à Byénaymé pour regarder vomir votre mère... sans compter qu’il n’est même pas
CES liONS DOCTEURS !
sûr qu’elle recommence... elle a peut-être fini...
madame de la hampe, méprisante. — Vous êtes ignoble!... (Elle sort.)
m. de la hampe, à lui-même. — Ignoble...
Ignoble !... c’est vite dit !... Que diable, c’est une somme, vingt-cinq louis!... et une somme qu’on pourrait employer beaucoup plus agréablement... (Apercevant le docteur Hyénaymè qui s'est allongé sur le divan, roulé dans une fourrure.) le voilà installé, l’animal !...
le docteur b yen aymé, s'endormant. — Il n’y a pas eu de tirage!... ça a été tout seul!... je ne comprends pas comment je n’avais pas eu cette idée-là plus tôt?... Enfin, je l’ai eue!... c’est l’important!... car elle est pratique... pour une idée pratique, c’est une idée pratique!... (Il s'endort.)
Dans un grand lit Louis XVI.
madame d’hoasys, vingt-huit ans, très jolie. (Est couchée tout emmitouflée de dentelles, elle lit les Pastels de Bourget.)
madame d’hoasys, fermant le livre. — C’est ravissant I... j’aime surtout les Trois petites fdles... non!... je crois que j’aime encore mieux Gladys Harvey !... en somme, j’aime tout!... jamais Bourget n’a rien écrit d’aussi joliment sentimental... ni surtout, je crois, d’aussi vrai... j’ai eu de la chance
d’avoir Pastels pour me distraire!... ce n’est pas drôle d’être malade le dimanche I... on ne voit personnel... il y a les courses, le Conservatoire... Madame de Tremble m’avait promis de venir me voir... elle n’est pas venue!... (On introduit le docteur Byénaymé.) Ah!... docteur!... que c’est aimable à vous de n’avoir pas oublié votre malade!...
le docteur byénaymé, s’asseyant près du lit. — Vous savez, chère marquise, que jamais, au grand jamais, je n’ai fait une visite le dimanche!... non!... les dimanches et les jours de fête, je m’accorde un repos... bien gagné, je vous assure...
madame d’hoasys. — Mais alors, docteur...
LE DOCTEUR BYÉNAYMÉ. — Alors, pour vous, je fais une exception!... une exception que je n’ai jamais faite pour personne...
madame d’hoasys. — Je suis vraiment bien touchée de votre bonté, docteur... et désolée de vous empêcher de vous reposer
LE ROUBLARD
aujourd'hui... vous êtes fatigué, je suis sûre, et...
le docteur byénaymé. — Chère marquise, si je ne tenais plus debout, je viendrais vous voir à quatre pattes...
madame d’hoasys, ravie. — Oh!... mon cher docteur!!!... (A part.) Est-il bon, de faire ainsi exception à ses habitudes?... je demanderai à mon mari la permission de lui envoyer cette année ses honoraires dans l’aiguière de vermeil qu’il admire toujours quand il traverse la salle à manger!... c’est vraiment un bien charmant homme!... si aimable!... et pas banal!...
le docteur byénaymé, se levant. — Eh bien, vous allez à merveille!... vous prendrez encore deux cachets de quinine demain et après-demain... et mercredi je viendrai vous revoir...
madame d’hoasys. — Oui, docteur...
merci!... (A part.) Elle n’est pas longue, sa visite!...
LE DOCTEUR B YÉNAYMÉ . — Surtout, ne dites à personne que je suis venu vous voir un dimanche?... mes autres clientes seraient jalouses...
madame d’iioasys, très flattée. — Vous pouvez être tranquille, docteur... encore merci!... (Le docteur sort, elle feuillette Pastels et se met à rêvasser.)
m a d a m e de tremble, entrant en ouragan . — Me voilai...
madame d’iioasys. — Ali! enûn!... je croyais que vous ne viendriez plus!...
madame de tremble. — C’est la faute du docteur Byénaymé!... il est venu me voir à quatre heures et...
madame d’iioasys, sursautant. — Lui!...
je croyais que...
madame de tremble. — Qu’il ne faisait pas de visites le dimanche?... oui... c’est vrai!... c’est vrai pour tout le monde, mais pas pour moi... (Mouvement de madame d'IIoasys.) je ne devrais pas vous dire ça!...
LE ROUBLARD
il m’a défendu d’en parler à ses autres clientes... elles seraient jalouses, vous comprenez?... mais vous ne le répéterez pas, n’est-ce pas?... ce pauvre docteur I... il m’aime tant!... tout à l’heure, comme je m’excusais de l’avoir empêché de se reposer, il m’a répondu en me baisant la main :
« — Ma chère comtesse, si je ne tenais plus debout, je viendrais vous voir à quatre pattes!... » On n’est pas plus charmant, n’est-il pas vrai?...
MADAME d’hOASYS, Saisie. — . . . .
LE FANTAISISTE
Une grande chambre tendue en coutil rayé comme une tente; meubles en bois tourné de Vienne; divan bas; piles de coussins; peaux de bêtes; une grande baignoire de cuivre; râteliers de fusils au mur, et, sur des chevalets, des cavaliers de Lewis-Brown, des tireurs de Régamey et des danseuses de Forain.
Dans un grand lit, très bas :
un monsieur, trente-huit ans; doit avoir, quand il est bien portant, une bonne fi-
gure réjouie; a, pour l’instant, les yeux hors de la tête, les cheveux collés sur le front par la sueur, et l’air totalement abruti . Au pied du lit, sur une peau d’ours blanc, est couché en sphinx, le museau posé au bord du lit :