LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ
devise pourtant si conforme aux doctrines du Christ! Pourquoi sont-*ls opposés à l'affranchissement de
l'Italie? Pourquoi tout progrès de l'humanité, toute dissidence dans les croyances produisent-ils chez eux une irritation qu'ils ne peuvent dissimuler? Pourquoi refusent-ils à ceux qui ne partagent ni leurs opinions, ni leurs principes, la liberté pleine et entière de penser le contraire de ce qu'ils pensent, d'avoir des croyances différentes des leurs?
Leur liberté est essentiellement, profondément égoïste, exclusive ; celle que nous voulons, que nous attendons, s'étend à l'humanité entière , à l'esprit aussi bien qu'au cœur, à la pensée aussi bien qu a l'action.
Des Dieux que nous servons, connais la différence.
Les défenseurs de la Société de Saint-Vincent-de- Paul se sont servi, ont même abusé du mot liberté, pour demander le maintien du Conseil général et de sa domination sur les conférences. Ils s'en servirent pour combattre la circulaire de M. de Persigny, et en même temps ils dénonçaient la franc-maçonnerie.
Et de tous les départements, même de l'étranger, arrivèrent de nombreuses pétitions et protestations. Les directeurs de conférences, secondés par les évêques, par les ordres religieux, presque aussi nombreux qu'avant la Révolution, par la grande armée ultramontaine, par toutes les conspirations de sacristie,
obtinrent une sorte de manifestation en leur faveur, manifestation tellement bruyante que le gouvernement dut en référer au Sénat.
Nous voici dans le palais du Luxembourg ; plusieurs sénateurs ont déjà demandé la parole pour défendre l'œuvre de Saint-Vincent-de-Paul ; les cardinaux sont à leur poste... La lutte commence avec ardeur; apprécions les incidents et les arguments avec impartialité.
Cest de l'histoire»
Sommaire : La question de Saint-Vineent-de-Paul au Sénat. — Discours de M. Thayer, de M. le baron Dupin. — Les bons et les méchants. — L'Œuvre et les fonctionnaires. — M. Baudon béatifié par M. le baron Dupin. — Discours du cardinal Morlot. — Réponse de M. Billault. — Exposition de la conduite du gouvernement. — Discours du cardinal Mathieu. — M. de Ségur-d'Aguesseau. — » Réplique de M. Billault. — M. Baudon centralise les conférences. — Jésuites à robe courte. — Les journaux cléricaux et la presse libérale. — Théorie de la liberté. — Les associations religieuses, leur statistique, par M. Billault. — La canonisation des Martyrs japonais. — Dénombrement des conférences de Saint-Vincent-de- Paul. — Les conférences et les élections. — Curieuse révélation de la Gazette du Midi. — Encore M. Dupanloup ei M. Vcuillot. — Conspiration cléricale. — Sentinelles, prenez garde à vousl
La circulaire de M. de Persigny avait été précédée d'une enquête qui n'avait pas duré moins de cinq mois. Le gouvernement avait pu se renseigner d'une manière complète sur toutes les influences exercées par la Société de Saint- Vincent-de-Paul Or, pendant tout le temps de cette enquête, pas une conférence ne pro-
testa contre l'immixtion gouvernementale; mais à peine le ministre de l'Intérieur eut-il porté à la connaissance du pays les informations et révélations fournies, soit par les préfets, soit par d'autres agents de m l'autorité, qu'il y eut une explosion de gémissements à attendrir les cœurs les plus endurcis dans la philosophie et la révolution.
Le Moniteur venait de publier une note relative au concile convoqué à Rome sous prétexte de canoniser vingt-cinq martyrs japonais. Cette note, presque comminatoire, irrita au plus haut point Tultramontanisme, le jésuitisme, les partisans du droit divin. La conspiration des hommes noirs se trouvait dévoilée, comme en 1828, et le pouvoir se montrait résolu à agir avec beaucoup de fermeté.
Ce fut dans ces circonstances que la question de la Société de Saint-Vincent-de-Paul fut portée au Sénat. Le premier athlète qui se présenta pour combattre au nom des conférences, fut M. Thayer, ancien directeur de l'Administration des Postes et membre du Conseil général de la Société.
En cette qualité, M. Thayer protesta contre la circulaire ministérielle, qui avait, selon lui, le tort trèsgrave d'accuser les Conseils provinciaux, et même le Conseil général de servir d'instrument à une pensée politique ; il déclara que les hommmesqui composaient "le Conseil général, n'avaient pas été prévenus de ce qui se préparait contre eux ; qu'il leur aurait suffi de
mettre sous les yeux du ministre leur règlement, pour détourner le coup qui les frappait. Il constata qu'en 1861, 900 fonctionnaires faisaient partie des bureaux de la Société, et que si, malgré tous ces faits, le système des conférences n'était pas plus connu, c'est que la charité aime à fuir les regards. Il repoussa avec beaucoup d'énergie l'accusation de détournement des fonds de la Société de leur destination réelle.
Dans sa circulaire, ajouta-t-il en terminant, M. le ministre de l'intérieur dit qu'il était tenu à faire exécuter la loi violée; jamais la Société de Saint-Vincent de Paul n'a violé la loi. Elle a, à différentes époques, demandé une autorisation, qui lui a toujours été refusée comme superflue. La Société voulait vivre en paix avec tout le inonde. L'administration en a décidé autrement. Qu'a-ton obtenu? On a renversé et détruit une grande institution de charité, on a réjoui les hommes qui en veulent à toutes les œuvres qui ont une apparence religieuse. Croit-on les avoir contentés? Non; ces hommes ne se déclarent jamais satisfaits. Après Saint-Vincent-de-Paul, ilç passeront à la destruction d'autres œuvres. Ils ne s'arrêteront pas tant qu'il y aura quelque chose à inverser.
Aujourd'hui, contrairement à une parole célèbre, ce sont les bons qui tremblent et les méchants qui se réjouissent. M. le ministre de l'intérieur a exercé son droit à l'extrême rigueur. C'était un droit; mais devait-il accuser des hommeshonorables d'avoir forfait à l'honneur, d'avoir détourné les fonds qui leur étaient confiés, d'avoir été des conspirateurs et de mauvais citoyens? Non, sans doute. Nous devions protester contre un pareil acte. C'est ce que nous faisons aujourd'hui.
Après M. Thayer, M. le baron Charles Dupin prononça un très-long plaidoyer en faveur de l'Œuvre, qu'il proclama utile autant que nationale. Afin de mieux faire apprécier l'importance des services rendus par la Société, il remonta à son origine et traça un sombre tableau de l'agitation politique qui se produisit après la Révolution de 1830.
L'Œuvre de Saint- Vincent-de-Paul devait remédier à tout ; aussi s'est-elle développée avec une rapidité presque miraculeuse. M. Dupin, de même que M. Thayer, déclara que la Société ne s'est jamais occupée de politique, et que, dans les conférences, il n'y a jamais eu de distinction de partis.
Il ne fallut pas moins de deux séances à M. Charles Dupin pour terminer son apologie.
Dans la seconde, il examina comment la Société de Saint-Vincent-de-Paul avait pu être frappée, par suite d'une méprise de M, le ministre de V intérieur, abusé,
Tîette Société, dit-il, a vingt-neuf ans d'existence ; elle en compte quatorze sous l'Empire. Comment se fait-il que M. de Persisrny ait seul aperçu le danger que son existence pouvait faire courir à l'État, et que MM Odilon Garrot, Léon Faucher, Baroche, de Morny, Delangle, ...binasse, le duc de Padoue, Billault, les prédécesseurs du ministre actuel, n'ont jamais soupçonné?
Est ce que dans le Conseil général ne figurait pas l'honorable M. Thayer, qui a pris hier la parole pour le défendre? M. Thayer, gendre du général Bertrand, et, par conséquent, d'une origine non suspecte, mais encore le
vir probus dont la parole fait passer la conviction dans l'esprit de ses collègues?
Est-ce qu'on ignorait que cette Société faisait pour 5 millions de libéralités et d'aumônes par an ? Ne savaiton pas que, sous la direction du président actuel, M. Baudon, entré en fonctions à un moment difficile, en ; mars 1848, les dépenses de l'administration centrale des 3,406 conférences ne s'élevaient qu'à 10,523 fr., moins que ceux d'une simple sous préfecture?
M. Charles Dupin ne pouvait se dispenser de payer un tribut d'éloges à M. Baudon, président-général de la Société, tribut d'ailleurs très-mérité sous bien des rapports. Mais il tomba dans un excès d'enthousiasme et d'admiration que nous nous abstiendrons de qualifier, en comparant M. Baudon à saint Vincent de Paul. Nous sommes sûr que l'honorable président ne s'attendait guère à être ainsi presque béatifié de son vivant :
La postérité, s'écria l'orateur, rendra justice à M. Baudon, que je n'hésite pas à appeler dès à présent un nouveau Vincent de Paul. Au dix-seplième siècle ce dernier ne s'appelait que M. Vincent; un siècle après c'était saint Vincent de Paul ; quarante ans après, la Terreur elle-même l'exemptait de la proscription générale qui frappait tous les souvenirs de l'Église. Aujourd'hui le nom de l'humble prêtre est un touchant symbole de la charité. Telle est la marche du temps.
Après avoir ainsi canonisé M. Baudon en pleine assemblée du Luxembourg, M. Charles Dupin ter-
mina son discours en disant qu'on avait tort de croire qu'en remaniant le Conseil général et en y introduisant la main du gouvernement, on en écarterait la politique ; on l'y faisait entrer, au contraire :
Consultons, dit-il, l'histoire la plus prochaine. Sous la Restauration, un corps semblable fut organisé, c'était la Congrégation. Bientôt il arriva que l'on ne pouvait obtenir certaine place dans l'État si l'on n'en faisait partie. La religion servit à conquérir des emplois et vint eu aide à de petites ambitions. Aujourd'hui les résultats seraient les mêmes,
M. Dupin avait raison d'apprécier ainsi la déplorable influence de la Grande-Congrégation ; mais il oublia de dire que la Société de Saint-Vincent-de-Paul, fondée en apparence sur des principes tout à fait différents, agit de même, et que, pour obtenir certaines places, le plus sûr moyen est de s'affilier aux conférences.
Le cardinal Morlot, archevêque de Paris, dont la Société n'avait pas voulu pour président, s'empressa de prodiguer et félicitations et remerciements à M. Charles Dupin, dont le discours terne et monotone avait produit sur le Sénat une impression qui se rapprochait beaucoup de l'ennui.
Le cardinal déclara que si le Conseil général demeurait supprimé, l'Œuvre se trouverait très-com-
promise ; il demanda qu'on mît la question à l'étude et qu'on cherchât si les faits dont on avait parlé étaient exacts et s'ils justifiaient les actes de l'autorité.
La tâche devenait rude pour l'orateur chargé de parler au nom du gouvernement; mais M. Billault, ministre sans portefeuille, plaça immédiatement le débat à une très-grande hauteur. Sans attaquer la Société de Saint- Vincent-de-Paul, il esquissa le tableau de cette même Société, qui s'est étendue sur le monde entier
Il déclara qu'il ne restait plus aucune étude à faire sur la question :
Des investigations furent faites, dit Porateur, des questions furent posées par M. le ministre de l'intérieur sur l'état, sur l'aspect de la Société; il apprit alors que la Société de Saint- Vincent-de Paul était animée de l'esprit le plus pur, le plus charitable; qu'elle comprenait des hommes de toutes les opinions; qu'une opinion peutêtre y était en majorité, mais sans y montrer une autorité spéciale.
Ainsi les intentions, les actes étaient excellents, car on ne s'arrêtera pas à quelques faits de détail, à quelques faits isolés qui pourraient être blâmés; ainsi l'enquête a rendu aux intentions, aux bienfaits de cette Société une justice entière. Mais en même temps on apprenait la singulière puissance d'organisation de l'institution ; on apprenait qu'elle comptait en France seize cents conférences, et à l'étranger dix sept ou dix-huit cents. Au dessus d'une organisation d'une énergie extrême, on trouva une hiérarchie d'une vitalité et d'une activité extraordinaires; on se demanda alors si une combinaison si considérable en même temps par sa
concentration et son étendue, par sa puissance d'action sur un point donné, on >e demanda si une telle société n'était pas digne d'attention.
Pour vous donner une idée de cette organisation, permettez-moi de vous en indiquer les conditions d'après un petit livre, un tableau publié par la Société ellemême : à la base sont d'abord les conférences, puis audessus, quand il y a plusieurs conférences dans la même ville, se trouve un conseil particulier; au-dessus de celle-ci est placé un Conseil central supérieurembrassant tout un diocèse ou même tout un pays. Enfin venait tout au sommet le Conseil général de la société. Ainsi les conférences n'étaient pas isolées, sans personne de qui prendre conseil, de qui suivre les traditions : non, c'était une action commune, avec une forte direction.
Cette organisation, on ne peut le nier, est d'une puissance extrême, et d'autant plus que, par ses bienfaits mêmes, la Société exerce son influence partout, sur toutes les classes ; sur les classes- élevées par ses prières, par les secours qu elle obiient; sur les classes inférieures par ses conseils^ par la pratique de ses œuvres charitables, qui s.e multiplient sous toutes les formes et qui mettent dans sa main les apprentis, les ouvriers, les militaires.
Eh bien ! cette situation a frappé le gouvernement; il s'est demandé s'il était nécessaire de conserver, dans son indépendance de l'Etat, cette organisation si puissante. Il s'est demandé si cette Société, qui ne se recommande aujourd'hui que par ses bienfaits, ne pourrait pas lui créer un jour des difficultés sérieuses; et c'est parce qu'il lui importait de conserver son droit absolu de contrôle, qu'une circulaire de M. le ministre de l'intérieur, en date du 16 octobre 1801, tout en rendant justice à la Société de Saint Vincent-do-Paul, a frappé une partie des membres supérieurs de son organisation.
En ce qui regarde particulièrement le Conseil général de la Société, le gouvernement est entré en relations
avec M. Baudon. M. Baudon, tout le monde est d'accord sur ce point, est un homme d'un dévouement absolu à son œuvre, d'une honorabilité parfaite, d'un civisme éprouvé. Nous n'avons aucun grief contre lui Mais vous allez voir comment, par la force môme de l'organisation delà Société qu'il préside, M. Biudon a été conduit à traiter d'égal à égal avec le gouvernement Nous avons vu se poser indépendance contre indépendance. Des négociations ont été entamées par le gouvernement et elles ont été suivies de refus.
M. Billault parla ensuite des efforts tentés par le gouvernement, pour faire accepter à la Société un président nommé par lui ; des refus obstinés du Conseil général et des conférences, qui échappent entièrement au contrôle de l'autorité civile, mais qui sont en relation avec Rome, avec un cardinal-protecteur et qui reçoivent du Pape toute leur direction : il montra le président de la Société, M. Baudon prenant une attitude de résistance absolue à l'égard du décret par lequel le Conseil général de la Société se trouvait dissous et se mettant en mesure de l'éluder :
Quels motifs, ajouta M. Billault, a donné la Société de Saint- Vincent- de-Paul pour justifier sa résistance aux désirs du gouvernement? Le président les explique dans deux documents qui ont été publiés et où je les puise f Il a invoqué le règlement de la Société, comme si le règlement était quelque chose en présence des lois de l'État. Il a presque répété cette parole célèbre : Sint ut sunt, aut non sint. On la comprend quand il s'agit des matières de la foi, mais non plus quand il s'agit de l'or-
ganisation d'une société charitable. Alors elle est fausse et dangereuse.
On nous a dit encore que la charité privée n'avait pas besoin d'autorisation; je voudrais que l'on vous désignât une autre institution de charité privée existant en ) France et qui ne soit pas autorisée.
On nous a dit encore : « Les conférences seront découragées. » Pourquoi découragées? parce que l'on veut à votre tête un éminent prélat, digne des respects de tous? On ajoute : « Avec l'autorisation nous perdrons la puissance de faire le bien. » Quoi ! vous êtes si peu attachés au gouvernement français que vous croyez que tout contact avec lui vous ferait perdre votre autorité morale?
Ce langage n'est pas celui de bons citoyens.
On nous dit : « Les conférences étrangères se. retireront, »
Eh bien! laissons ces conférences étrangères sous la direction de présidents étrangers et soumettez-vous pour votre part aux lois de votre pays.
On ajoute : « Si le gouvernement nous donne aujourd'hui un président dont le choix nous semble parfaitement convenable, nous ne sommes pas sûrs que sa main choisira toujours aussi favorablement dans le sens de nos intérêts et de nos vues. »
Ainsi tous les rôles sont renversés : le suspect ici, c'est l'État, et on se défie à l'avance des choix qu'il pourra faire. Il y a d'autres sociétés qui ont l'autorisation du gouvernement, les sociétés de secours mutuels, par exemple. Il est vrai que, non pas pour ce qui concerne les membres en particulier, mais pour l'ensemble et la surface de l'organisation, elles sont en dehors des tendances religieuses. Serait-ce donc que l'esprit religieux ne voudrait pas de la suprématie du gouvernement et qu'il aurait une tendance à aller chercher un protectorat, un mot d'ordre, au delà des monts? S'il y a de pareilles tendances, le gouvernement n'est pas dis-
posé à les favoriser. Il ne le pourrait sans abdiquer sa puissance, et sa puissance, c'est son devoir !
Véritablement, Messieurs, je serais porté à dire à ceux qui sont animés de cet esprit de défiance et qui se montrent si difficiles dans leurs rapports avec le gouvernement de leur pays : « Vous croyez-vous donc plus sages que les lois de l'État, plus sages que celui qu'un vote solennel du peuple a appelé à gouverner la France? Songez-y bien ! le gouvernement fera tout pour satisfaire les désirs, les tendances des esprits religieux; mais si Ton touche à la plus petite partie de la couronne qui représente le pouvoir temporel, il la défendra éner- v giquement (1). »
Le ministre sans portefeuille, tout en gardant envers les personnes les plus grands ménagements, et sans entrer dans le détail d'aucun fait particulier, venait de révéler les tendances anti-françaises, et, par conséquent, dangereuses, de l'Œuvre de Saint- Vincent-de-Paul.
Du reste, le cardinal Mathieu, qui prit aussi la parole dans cette même séance, pour défendre le Conseil général, déclara que le ministre venait de lui donner l'exemple de la modération, et qu'il tâcherait de l'imiter.
Le cardinal, examinant ensuite la circulaire de M. de Persigny, soutint qu'elle avait produit un trèsmauvais effet; mais que le mal existait, qu'il fallait donc s'armer de patience et avoir confiance.
(1) Moniteur du 25 février 1862.
Le débat touchait à sa fin et il allait se terminer
très- pacifiquement, si M. le comte de Ségur-d'Aguesseau ne fût venu l'envenimer par un petit discours très-acerbe, dirigé contre le ministre de l'intérieur. Cette attaque malencontreuse autant qu'injuste de M. de Ségur, ne pouvait rester sans réplique, et M. Billault n'était pas homme à laisser à l'orateur des conférences l'avantage d'avoir porté les derniers coups.
Il répondit par ces paroles puissantes, prononcées avec une grande autorité de gestes et d'intonation :
Il est regrettable que lorsque le gouvernement s'efforce d'apporter le calme et la modération dans des matières qui renferment déjà en elles-mêmes tant de causes d'excitation, on manifeste ici des sentiments d'irritation de nature à troubler ces débats.
Je ne veux dire qu'une seule chose : il n'est pas exact qu'une décision ait été prise avant L'enquête, comme on l'a prétendu. La décision est du 16 octobre dernier, et, par une circulaire confidentielle du 25 mai 1861, M. le ministre de l'intérieur posait aux préfets les questions ■ sur lesquelles il désirait une réponse.
Ainsi, c'est après une enquête qui a duré plus de quatre mois que la décision a été prise.
Je n'ai pas voulu entrer dans le détail des faits; cela m'a semblé superflu, et j'ai pensé que devant le Sénat, c'est aux grandes questions de principes que je devais m'attacher.
Quant à la situation de M. le ministre de l'intérieur, je me bornerai à dire que, s'il avait voulu parler, il lui eût été facile d'établir les faits dans leur vérité. Mais je ne vois pas dans quel intérêt on s'est efforcé- de le pro-
voquer à parler. C'est à nous à prendre la parole au nom du gouvernement. Qu'un ministre réponde sur nn fait spécial qu'il désire expliquer, il le peut certainement ; mais quand le gouvernement doit .prendre la parole, c'est à nous, ministres sans portefeuille, qu'il appartient de le faire/ Nous seuls ici parlons au nom du gouvernement, nous seuls parlons au nom de l'Empereur.
En effet, il eût été facile, très-facile à M. de Persigny, surabondamment renseigné sur les intrigues du parti ultramontain, sur l'action latente mais continue du jésuitisme, sur la résurrection prodigieuse des anciennes corporations d'hommes et de femmes, sur les abus qu'on faisait des agrégations de charité... il lui eût été très-facile, disons-nous, de dévoiler les faits les plus étranges, et de montrer la grande armée de l'ultramontanisme en flagrant délit de conspiration contre l'idée française. Il ne le fit pas pour plusieurs motifs , dont aucun ne nous paraît suffisant, au point de vue où doit toujours se placer un homme d'État.
On redoutait le scandale, nous dira-t-on... Dans ce cas, mieux valait ne rien dire et agir secrètement : les demi-révélations ne font qu'irriter les partis qu'elles atteignent; des révélations complètes sur pièces à conviction sont des coups dont on se relève difficilement.
Le gouvernement qui s'était montré plus que tolérant à l'égard des affiliations dévotes, voulut proba-
blement, comme on dit, ménager la chèvre et le chou, réprimer l'influence et l'importance par trop dangereuses de l'Œuvre de Saint- Vincent-de-Paul, tout èh sauvegardant l'amour-propre et les susceptibilités des membres du Conseil général.
Eh bien! cette condescendance, cette modération, furent traitées et considérées comme preuves de faiblesse ou du moins d'irrésolution : M. Dupanloup, évêque d'Orléans, ne se fit pas scrupule de le dire, dans sa violente brochure sur les associations de bienfaisance.
Eh ! qu'est-il advenu depuis le vote qui termina la séance du 25 février 1862, vote par lequel le deuxième paragraphe du projet d'adresse fut adopté presque à l'unanimité %
La Société de Saint- Vincent-de-Paul a existé et fonctionné tout comme avant la circulaire de M. de Persigny ; le Conseil général est demeuré, il est vrai, frappé virtuellement par un décret de dissolution; mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, les pouvoirs du Conseil général se trouvent concentrés entre les mains de M. Baudon, qui s'est fait déléguer la dictature de la Charité.
Et pourtant la séance du Sénat, dont nous venons de donner l'analyse et un peu la physionomie, est plus que suffisante pour démontrer, même officiellement, que la Société de Saint- Vincent-de-Paul est constituée
comme la Compagnie de Jésus, dont elle perpétue les traditions.
Il est démontré que les conférences des divers États, après avoir dépendu du Conseil général de Paris, dépendent, jusqu'à nouvel ordre, de M. Baudon, qui exerce une autorité aussi étendue, aussi influente que celle du général des Jésuites.
La Société de Saint-Vincent- de-Paul est une milice politico-religieuse, essentiellement cosmopolite, et pour elle la charité n'est qu'un drapeau ; Ozanam, dont nous ne saurions trop rappeler les aveux, osa le dire, ou plutôt il eut la franchise de l'avouer, dans une réunion presque solennelle.
Bons Messieurs, ou vous formez exclusivement une agrégation de chanté, ou bien vous poursuivez un autre but, celui de la propagation du jésuitisme. Dans le premier cas, qu'est-il besoin de s'entourer de tant de mystère 1 Qu'est-il besoin de cette unité de commandement qui tient sous sa dépendance toutes les conférences locales?
Dans le second cas, vous devez avouer franchement que vous êtes des Jésuites, que vous continuez l'œuvre de Loyola sous les dehors et apparences de la charité. Les loups ne doivent point prendre la peau de l'agneau.
Nous croyons avoir suffisamment démontré que la Société de Saint- Vincent-de-Paul a été fondée, soutenue, propagée par la réaction politico-religieuse qui
se manifesta quelque temps après les journées de Juillet. Pendant vingt ans elle a marché vers son but, plus facilement, plus impunément que les Jésuites. En effet, l'élément laïque n'a eu jamais à redouter les préventions insurmontables qu'ont rencontrées de tout temps les disciples de Loyola. Qu'un des révérends Pères se montre, et tout le monde éprouvera un mouvement de répulsion presque instinctive. Mais il y a en France et dans toute l'Europe d'innombrables Jésuites à robe courte, comme on disait autrefois, et ils sont les plus dangereux. Dans cette variété de réactionnaires et d'adeptes de l'obscurantisme, les membres de la Société de Saint- Vincent-de-Paul occupent le premier rang.
Dans sa circulaire, M. de Persigny mit en lumière un tout petit coin des mystères de la charité.
M. Billault compléta la démonstration en déclarant, en plein Sénat, que le Président de l'Œuvre en était venu à traiter d'égal à égal avec le gouvernement.
Les feuilles cléricales ont invoqué, sur tous les tons, la liberté d'association et déversé le blâme sur les journaux démocrates qui approuvèrent la circulaire ministérielle. Or, la Société de Saint-Vincent-de-Paul embrassait la France entière et ses membres pouvaient se réunir pour attaquer les libéraux, les libres- penseurs, à qui il était interdit de se réunir pour se défendre. Que convenait-il de faire en présence d'une inégalité aussi criante \ Il fallait demander le droit
commun, rien que le droit commun, et la fin d'un privilège qui livrait sans défense à l'inquisition jésuitique tous les citoyens opposés aux doctrines de l'ultramontanisme.
Donc la presse libérale était non-seulement dans son droit, mais encore elle remplissait un devoir, faisait acte de civisme en approuvant la suppression du Conseil général de la Société de Saint- Vincent-de- ♦ Paul.
Et qu'on ne vienne pas nous dire ici que nous nous inclinons devant la souveraineté de l'État. Non ; nous n'avons été, nous ne sommes et nous ne serons jamais courtisans du pouvoir, quel qu'il soit; mais l'État a des obligations qu'il ne doit pas négliger, s'il ne veut s'exposer à voir sa propre sécurité, ainsi que la tranquillité et le libre-arbitre des citoyens compromis.
Nous nous souvenons très-bien des réclamations qui partirent du camp des pseudo- libéraux, d'abord ennemis acharnés de la République de 1848, plus tard partisans dévouésde l'Empire, et, enfin, ennemis du même gouvernement, du jour où ils se sont trouvés lésés dans leurs privilèges.
— Êtes-vous, oui ou non pour la liberté, avec la liberté \ s'écrièrent-ils.
— Oui, répondirent les feuilles libérales, nous sommes pour la liberté.
— Pourquoi approuvez-vous la circulaire de M. de Persignyt
— Parce qu'elle frappe une Société anti-française, une association jésuitique.
— N est-il pas permis d'être jésuite?
— Non... parce qu'on viole les lois du pays en suivant cette doctrine.
— Vous défendez, vous protégez les associations ouvrières... Les ouvriers doivent-ils être privilégiés 1
— Non, et ils ne demandent aucune exception.
S'ils veulent s'associer, c'est pour s'entr'aider, pour défendre leurs intérêts communs; ils ne conspirent pas contre nos libertés, ils n'ont pas de cardinal-protecteur à Rome. Prouvez-nous que vous n'êtes pas une association ultramontaine, et vous aurez droit à tout notre respect, à toutes nos sympathies. Soumettezvous, comme tout le monde, au contrôle de la publicité ; si vous persistez à repousser la lumière et à vivre à l'ombre de la dictature, nous déclarons hautement que vous n'êtes pas dignes de la liberté.
Mais à quoi bon insister sur de semblables arguments, qui ne reposent sur aucune base solide? La Société de Saint- Vincent-de-Paul crie à la persécution, à la proscription, et elle reste ce qu'elle était, . devient même plus influente par la dictature confiée à M. Baudon. Elle n'a pas été vaincue, ainsi que le disent les chantres élégiaques du droit divin... elle demeure triomphante, et les conférences étendent toujours leurs inextricables réseaux sur le monde entier.
Le 1 er mars 1862, M. Billault disait avec raison,
à propos des nombreuses associations religieuses, que leur extension peut entraîner des inconvénients qu'un gouvernement ne saurait méconnaître.
Employons le langage des chiffres, il a parfois son éloquence :
Il y a aujourd'hui en France, disait M. Billault, vin<?ttrois communautés d'hommes autorisées et quarante neuf non autorisées ; et quant aux communautés de femmes, il en existe trois mille soixante-quinze autorisées, et depuis «851 le gouvernement est fondé à croire qu'il s'en établit de quatre-vingts à cent nouvelles chaque année.
De 4856 à 4 860, les dons et legs aux diocèses, évêchés, séminaires, fabriques, cures et paroisses, se sont élevés à 13,375,951 francs, et ici tout nous est exactement connu à un ceutime près ; car tout se passe régulièrement, sous le contrôle de l'autorité.
Dans la môme période, les dons et legs aux congrégations religieuses se sont élevés à 6,519,000 francs. Mais ici nous ne connaissons que les dons pour lesquels l'autorisation nous a été demandée. Nous ne savons rien des dons que le gouvernement n'a pas été appelé à autoriser. Seulement, ce que nous savons très-bien, c'est que des édifices s'élèvent, que des fondations se multiplient, que des dépenses sont faites, et que si les congrégations peuvent s'endetter, tout finit bientôt par se solder. Il y a là un actif inconnu, mais que le gouvernement, avec une appréciation très-modérée, ne peut pas porter à moins de 100 millions.
La conspiration ultramontaine marchait bannière au vent.
Le gouvernement aurait dû montrer aux évêques
entaches d'ultramontanisme qu'ils ne sont pas affranchis des obligations communes à tous les citoyens. Il ne le fit pas, il a dû s'en repentir plus tard.
Après les cérémonies de la canonisation, les trois cents évêques réunis à Rome signèrent une adresse collective au Pape, adresse qui n'était qu'une répétition des calomnies qui traînaient, depuis trois ans, dans les feuilles légitimistes et cléricales. .
— La Société de Saint-Vincent-de-Paul resta étrangère à toutes ces manifestations, vont nous dire les partisans, les adeptes de l'Œuvre, les affiliés aux clubs de Tultramontanisme. En apparence, oui; en réalité, non ; car les présidents et membres des conférences ont toujours obéi à un mot d'ordre venu de Rome et transmis par les hommes noirs de la rue des Postes.
— Et quel est, au moment où nous écrivons ces lignes, le chiffre de la Société de Saint- Vincent-de- PauH
Si nous interrogions ces bons Messieurs, ils nous répondraient :
Nous nous appelons Légion.
Redoutable légion, en vérité, redoutable pour tout le monde. Quant à son dénombrement exact, il ne nous est guère possible de l'établir. Nous croyons savoir, toutefois, qu'avant la circulaire de M. de Persigny, la Société comptait, en France, quarante à quarante et un mille membres actifs ou affiliés. Mais
ce chiffre nous paraît bien au-dessous de la réalité.
Voici, d'après une statistique publiée en 1860, le nombre approximatif des chefs- lieux de conférence :
France 847
Belgique . . ' 3G1
Allemagne ]02
États-Sardes 97
Iles-Britanniques 27
Espagne 189
Irlande 52
Pays-Bas. ....... 97
Ecosse 19
Italie (États de l'Église) ... 30 Algérie, colonies, États - Unis, Parme, Modène, Malte, Toscane 61
Tel est le dénombrement approximatif de l'armée qui reconnaît pour général en chef M. Baudon ; elle constitue, en quelque sorte, la troupe de ligne, le corps de réserve de l'armée cléricale et du jésuitisme. Mais on peut, sans être taxé d'exagération, tripler au moins ce chiffre.
En moyenne, chaque conférence compte quarante membres actifs, ce qui fait un total de deux cent
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quatre mille neuf cents membres actifs (1), sans compter les membres honoraires et affiliés, qui forment un total approximatif de sept à huit cent mille individus pour le monde entier.
« Ce parti, dit M. Charles Habeneck, est partout, non pas avec un pouvoir officiel, mais avec un pouvoir officieux.
« Il ne frappe pas, il unit.
« Il n'assassine pas, il étouffe, il fait disparaître; il ne pardonne jamais à ses ennemis, qu'il poursuit de ses haines implacables.
« Ces congréganistes ont pénétré dans toutes les administrations publiques et privées ; ils sont partout, à vos côtés, et ils vous enlacent ténébreusement.
« Ils n'ont pas les places les plus importantes, mais ils achètent la plupart des petites positions, et dans ur.e bureaucratie comme la France, c'est le petit employé qui retient ou pousse les affaires et lie les mains des chefs, souvent complices.
« On comprend de suite que cette association, englobant des magistrats, des administrateurs, fait naître au moins des préférences, des injustices, arrête le cours des tribunaux même.
« C'est encore une machine politique. Depuis 1857,
(1) Charles Habeneck, Les Jésuites en 1861, hrochure, chez DenUu
tous les embarras électoraux sont venus de cette organisation, peu sensible à Paris, effrayante dans les départements. Qu'on interroge les préfets. »
Ce tableau ne présente aucune exagération. Aujourd'hui, comme en 1826, la France est livrée au jésuitisme, ài'ultramontanisme, et la Société de Saint- Vincent-de-Paul remplace en tout et pour tout la Grande-Congrégation.
Un seul fait suffira pour le démontrer.
Vers la fin de 1861, les conférences d'Avignon, après avoir demandé et obtenu l'autorisation de se réunir, n'en écrivirent pas moins au ministre pour protester contre la suppression du Conseil supérieur; elles furent dissoutes, et notification en fut faite à leurs présidents, par le commissaire de police.
La Gazette du Midi, feuille cléricale et légitimiste, laissa échapper à cette occasion un aveu important. Après avoir engagé les conférences dissoutes à s'occuper des moyens de reprendre leur mission sous une autre forme et dans d'autres conditions, cette feuille ajoutait :
« La Société de la Foi, qui précéda dans la ville « d'Avignon l'établissement des conférences, a laissé « à cet égard de précieuses traditions. »
Nous sommes donc dans le vrai en disant que la
Société de Saint- Vincent-de-Paul n'est que la continuation déguisée delà Grande -Congrégation ; aujourd'hui, comme au temps de la Ligue, comme sous Louis XIV et sous la Restauration, les congréganistes et membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ne reconnaissent d'autre patrie que Rome, d'autre pouvoir que celui du Pape.
C'est une conspiration formidable. Ce qui se passe, ce qui se dit et s'écrit en ce moment semble annoncer une nouvelle prise d'armes. M. Louis Veuillot, ce Tertullien des conférences, ce prophète exalté, ne vient-il pas de retrouver toute 1 acreté de sa bile, toutes les ardeurs de sa prose inquisitoriale pour attaquer le Fils de Giboyer, comédie jouée au Théâtre-Français \
M. Dupanloup, évêque d'Orléans, n'a-t-il pas, dans un pamphlet dont il déplorera plus tard l'exagération et la violence, dénoncé à la magistrature M. Littré, candidat à l'Académie 1 Cet évêque immortel ne s'estil pas placé au seuil de l'Institut, en criant au candidat proscrit :
— Tu n entreras pas ici, parce que tu nas la foi!
Et M. Littré a échoué dans sa candidature; et le protestant Guizot a voté contre le libre-penseur.
Comme si l'Académie était l'ancienne Sorbonne ou un concile.
Oui, la conspiration est flagrante, générale, car elle
s'étend des sommités aristocratiques jusqu'aux classes populaires. La Société de Saint- Vincent-de-Paul, par ses autres affiliations, ses auxiliaires, ses vassales, règne et gouverne du palais à la mansarde, du château à l'humble et pauvre chaumière ! Les fondateurs et les continuateurs de l'Œuvre tiennent tout dans leurs filets.
Ils tiennent l'aristocratie par l'appât des honneurs, des héritages et des mariages en perspective.
Ils tiennent la bourgeoisie par la même tactique, qui fut autrefois employée par les Jésuites.
Ils tiennent le peuple par des promesses de bien-être qu'ils savent irréalisables. Ils enrôlent les travailleurs et leurs familles.
En même temps les frères ignorantins, propagateurs actifs de l'Œuvre, accaparent l'enseignement au préjudice des instituteurs qu'on astreint au diplôme, et abrutissent l'intelligence des enfants.
Le nombre des communautés s'accroît d'année en année, à tel point que si la propagande jésuitique continue, la France sera bientôt couverte de couvents.
Une assemblée générale des représentants ou délégués des Œuvres dites catholiques, doit avoir lieu à Malines, les 20, 21 et 22 août prochain. Le Comité d'organisation vient de faire appel à la presse ultramontaine de tous les pays, et le jésuitisme va tenir ses grandes assises au fond de la Belgique.
La Société de Saint-Vincent-de-Paul, en sa qualité
de grande succursale de la Compagnie de Jésus, est, pour ainsi dire, le foyer de ces menées, de ces créations politico-religieuses, et M. Baudon, sans le savoir probablement, prête l'appui de son honorabilité, de ses vertus privées, de ses rares qualités de citoyen, à toutes les associations laïques de bienfaisance autorisées et non autorisées, à l'invasion religieuse qui s'accomplit depuis quelques années.
Ici nous redirons, avec le comte de Montlosier :
« Il faut examiner si, dans un État social et régu- « lier, il est permis à une collection particulière de « citoyens de s'incorporer, de s'enrégimenter, de se «• combiner, de composer entre eux, sans l'autorisa- « tion de l'État, des règles, des signes de reconnais- « sance, des points de ralliement pour une cause « privée, quelle qu'elle puisse être. »
C'est ce que nous venons d'examiner, sans parti pris, sans amertume, sans prévention.
Bons Messieurs de Saint- Vincent-de-Paul , plusieurs d'entre vous ne sont pas initiés aux secrets de l'Œuvre, qu'on révèle seulement aux principaux dignitaires; plusieurs d'entre vous ne pouvaient, par conséquent, se rendre compte du rôle que leur faisait jouer le jésuitisme. Maintenant, ils doivent être suffis samment éclairés sur les tendances et le but de leur Société; ils doivent voir avec pleine certitude qu'ils ont servi sous la bannière de Loyola. S'ils renoncent
à cette affiliation anti-nationale, nous aurons atteint notre but et sauvé des concitoyens dont le caractère commande l'estime, des perfidies d'une dévotion aveugle autant qu'ambitieuse.
Nous avons évité, autant que possible, les personnalités, voulant seulement critiquer l'Œuvre dans son ensemble. Nous faisons profession de respecter les opinions d'autrui, de même que nous desirons qu'on respecte les nôtres.
Mais nous avons vu le jésuitisme se glisser dans les conférences, sous le manteau de la charité ; nous avons reconnu Pennemi, et nous avons crié, de toute la force de notre voix :
« Gardiens des idées françaises, sentinelles des - grands principes de 1789, prenez garde à vous! »