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VII

â7A L£S UiUND$ HOMMES

sont les premier» philosophes du ttiènde, philosophes pratiques^ bien entôBâu.

~ J'écoute*

^ lly a?âi^ quelques cetildnttées avant que je ne viossedansla trihu^ ily avait dans celte môme ttibu une jeund fille Â>rt dédaigneuse^ non pas qu'elle fût plus fiche que les autres; son père n'avait que sa tente, son cheval et son fusil; mats elle était fort belle^ et de sa beauté venait son dédain.

Un jour qu'elle était allée couper du bois dans la forêt voisine, ell^ rencontra un lion. Elle n'avait pour t<iute ari»« qu'une petite hache, et eût-elle eu avec la haefae, poignard, fusil et carabine, elle n'eût pas été capable de s'en servir, tant ce lion était puissant, fier et majestueux. Elle se mit à trembler de tous ses membï^s^ essayant de

EN ÎVOBK DK CHAMRUt â75

crier è l'aide, fif)a*s cherchant vainement iaToix, -et croyant que le lion tfUaitki faire signe de le suivre, pour la dévorer à son kHsir, et -dass <^ijiel(fae endroit d^e préditeotioA ; oar les lions isont non^seuleraent gastronomes, mais gourmets. Il ne ieur suffit pas 4e sei repato*e, mais encore îls aiment à se repaître dans des condit4ons ée sens^osAifté qui satisfaseent tourtes les finesses de son organisation.

— J'admfôtexîela, moti chBr^Génard, mais il y a «ne dtioee quie tkms «nfavez éîte^ et que ^e ^'Comp^refids pas bien.

-«-iaquefte?

*- y DOS «vm dit : — CrayarU «que la lion allait lui laire sifne de Je suivre.

— Eh bien ?

370 tES GftANDS IIOMMKS

— Demandez à Âmida si, quand le lion rencontre un Arabe^ il se donne [la peine de remporter.

Âmida secoua la tète et leva les yeui au ciel, ce qui pouvait se traduire par ces mots :

— Âh ! bien oui, il n'est pas si bète que cela.

J'insistai, et Âmida me donna l'explication de son geste.

11 résulta ceci de l'explication : -^

Le lion est un magnétiseur, bien autrement fort que Mesme/que M. de Puységur et même que M. Marcillèt. Le lion regarde rhomme,le fascine, l'endort, se fait suivre par lui, et l'homme se réveille mangé.

On comprend que je tenais à creuser la tradition.

Âmida m'affirma qu'un jour, en compagnie d'un de ses camarades, il avait rencontré un lion;: le lion avait essayé de les fasciner tous deux ; mais la fascination, qui opérait complètement sur soti compagnon, n'avait opéré sur lui qu'à demi. Il en résulta que, conservant son libre 'arbitre, il avait fait tout ce qu'il avaitpu pour dissuader le malheureux magnétisé d'obéir au terrible magnétiseur ; mais il avait eu beau te prier, le conjurer, le retenir même par son burneus, l'Arabe avait emboité le pas sur les traces du lion, ce que voyant, lui, Amida, il avait prudemment, tandis qu'il n'était encore qu'à moitié ivre, aveuglé, entraîné, battu en retraite.

. Ce point posé, et la légende admise par ttioi^ Gérard continua \

.2'78 hM^ GMiNi>S UOMM¥^

— La jeune fille s'arrêta donc, trembidDte, et s'attendant à ce que le Ugû allait lui faire signe' de le suivre, quaud fout aa contraire , à son gi^and étonnemefit^ elle

-^it ie lion s'tppfocher d'elle^ Ifo sourire à ka façon ^ et lui iaire la révéresiae à sa manière.

Elle croi» les maibs sur sa poitrine^ et lui dit :

— Seigneur^ qûé demandès^tu de tob hurtïble servante?

lu lian lui répondit ni plus ni moins qu'aurait {iu faire TOposmane de H. dé Voltaire, ou le Saladîn de M. Favart :

•^ Quand on est belle comme toi, Aïsaa, on nest'point servante,, mais l'eéne.

Aïssa fut à la fois réjouie dç la doucfeur étrange, qu'avait prise eti lui parlant , la

EN UOBE DE CUAMBRB 279

voix de son inlerlocuteur, et étonnée en même temps que ce beau lion qu'elle ne connaissait point, et qu'elle croyait voir pour la première fois, sût son nom.

-t- Qui Yous a donc appris comment je me nomme, monseigneur? demanda la jeune fille.

^ L'air qui est amoureux de loi, et qui, après avoir passé dans tes cheveux, en va porter le parfum aux roses , en disant :

Aïssal l'eau qui est aqioureuse de- toi, et qui , après avoir baigné tes beaux pieds, va arroser la mousse de ma caverne, en disant : Aïssa ! l'oiseau qui est jaloux de toi, et qui, depuis qu'il l'a entendue chanter, ne chante plus, et meurt de dépit , en disant : Aïssa I

La jeune fille rougit de plaisir, fit sem-

Î80 LES GR\XnS HOMMES

blant de tirer son haik sur son visage, et en faisant semblant de le tirer, l'écarta,

pour que le lion la vit plus à son aise.

Que le flatteur, soit un Hon ou un renard, que le flatté soit une jeune fille ou un corbeau, vous le voyez, le résultat de la flatterie est toujours le même.

Le lion qui avait jusque-là hésité de s'approcher d'Aïssa, sans doute parle sentiment qui écartait Jupiter de Sémélé le lion fît quelques pas vers la jeune fille, puis, comme il la voyait pâlir à son terrible voisinage :

— Qu'avez-vous, Aïssa? demanda-t-il de sa voix à la fois la plus tendre et la plus inquiète.

La jeune fille avait bien envie de répondre :

— J'ai peur de vous , monseigneur. Mais elle n'osa point, et dit :

— Les Touaregs ne sont pas loin, et j'ai peur des Touaregs. .woïi^

Le lion sourit à la manière des lions. : .^ \

— Quand vous êtes avec moi, dit-il, "^Vrjf^oJV' vous ne devez avoir peur de rien.

— Mais, dit la jeune fille, je n'aurai pas »

toujours l'honneur de votre compagnie. Il se fait tard, et il y a loin d'ici la tente de mon père.

— Je vous reconduirai, dit le lion.

Il est arrivé parfois dans les rues de

Paris qu'une grisette, suivie de trop près par un étudiant qui lui offrait de la ramener chez elle, lui ait refusé son bras, et même sur son insistance, lui ait donné un soufflet. Mais jamais, au grand jattiaig, il

JI8â LES OlIANDS llOMlttKS

n'est arrivé, de mémoire d'homme, qu- une Arabe ait répondu de la même façon à un lipn lui faisaqt une proposition pareille, si inconvenante qu'elle lui parût.

Aïssa accepta donc l'offre qui Iqi était faite : le lion s'approcha d'elle, lui tendit sa crinière ; la jeune fille appuya sa main, jiinsi qu'elle eût appuyé son bras au bras de son amoureux, et tous deux, côte à côte, comme on voit sur un bas-relief grec la vieille mère Çybèle, qui est l'emblème de la fécondité, marcher en appuyant sa n^ain sur un lion, qui est l'eaihlême de la force, tous deux marchèrent, se dirigeant vers la tente du père d' Aïssa.

Sut la roule ils rencontrèrent des ga- • zellesqui s'cffarblUhèrent, des hyènes qui

s« couchèrent, des hommes at des fenames qui se mireat à genoux.

M«Î8 le lion dit aux gabelles : c T<6 fuyez pas ; f aun hyènes : « N'ayez pas peur; »

,aux honomos et aux femmes : «Relevez- VOUS) eu faveUr de cette jcfune fille qui est ma bieD-aimée^ je oe vous ferai auou|i mal. »

Çt les gajelles cessèreat de fuir, les hyènes n'eurent plus peur, les hommes Qt les femmes se relevèrent^ regardant avec étonnement ce lion et celte jeune fille, et se demandant dans leur idiome de gaeelles, dans leur langage de hyènes, avec leurs voix d'hommes et de femmes, si ce lion et cette jeline fille n'allaient point en pèlerînage, adorer à la Mecque le tombeau de M&hoDiet, '

Ils arrivèrent ainsi jusqu^au^douaîr ; puis, quand ils ne furent plus qu'à quelques pas de la tente du père d'Aïssa, qui était la première en entrant dans le village, le lion s'arrêta, et demanda à la jeune fille, comme aurait pu le faire le cavalier le plus courtois, la permission de Tembrasser.

La jeune fille tendit son*visage, et le lion eifleura de ses lèvres terribles les le- • vres roses d'Aïssa.

Puis il lui fit un signe d'adieu et s'assit comme s'il voulait être sûr qu'il |ne lui arriverait aucun accident en franchissant le court espace qu'il lui restait à parcourir.

Pendant ce court espace » la Jeune fille

se retourna deux ou trois fois et vit toujours le lion à la même {^lace.

Puis elle entra dans latente de son père.

— Ahl te voilà, s'écria celui-ci, j'étais bien inquiet.

La jeune fille sourit.

— Je craignais que tu ne fisses quelque mauvaise rencontre.

La jeune fille sourit encore.

— Mais te voilà, c'est une preuve que je me trompais.

— En efiet, mon père, dit la jeune fille, car au lieu d'une mauvaise rencontre, j*en ai fait une bonne.

— Laquelle?

— J'ai rencontré un lion.

Malgré Timpassibilité ordinaire aux Arabes, le père d'A'issa pâlit.

1^86 L«S (lïUNO!^ f!0MMI?8

— Uil lîonî s'écrîa-t-iî, î^til rie t'a point dévorée !

• -— Au contraire , il m'a fiait des compliôiénts siir ma beauté, m'aofFert dé mê reconduire, et m'a ramenée jusqu'ivi.

L'Arabe crut que sa fille devenait fofte.

— Impossible 1 dit-il.

— Comment, impossible?

— Sans dt)iile. Comment Teux-tu tne

foire croire qu'tm lioti Wit capable d'aune

pareille galan terie ?

^ — Voulez-Tous vous ^tt assurer ?

---De quelle façon t

—Venez jusqu'à la porte de votre tente, et vous le verrez, soit assis où je l'ai quitté, soit'retournant chezïui.

— • Attends, que je prenne mon fusil.

— Pourquoi faine? demanda Torgueil-

h^ UOBS BU CHAMBni â87

leuse jeune fille; n'êles-vous pas avec moi?

Et tirant son père par son burnous, elle le conduisit ô k poi*te de sa tente.

Mais le lion n'était 'plus à rëndroil où elle l'avait quitté. Ellie regarda dans la direction par laquelle elle était venue : elle ne vit rien.

— Bon I tu as fait un rêve, dit T Arabe rentrant dans m tente^

— Mon père, je vous jUre que je le vois • encore, dit la jeune fille.

-^ Comment était-il î

— Il pouvait avoir quatre pieds de haut et sept de long.

*- Après ?

— Une crinière magnifique.

Après?

LUS GUANDS HOMMES

— Des yeux jaunes et brillanls comme de l'or.

— Après?

— Des dents d'ivoire. Seulement...

La jeune fille hésita.

— Seulement ?... répéta l'Arabe.

La jeune fille baissa la voix.

— Seulement, dit-elle, il sent mauvais de la bouche.

Elle n'eut pas plutôt achevé ces mx)ts, qu'un rugissement terrible se fit entendre derrière la toile de la tente, puis un second à cinq cents pas à peu près, puis un troisième à^un quart de lieue.

Puis, on n'entendit plus rien.

Il n'y avait pas eu plus d'une minute d'intervalle entre chaque rugissement.

Il était évident que le lion, qui avait,

£N ROB£ DE GUAMBIUI S89

sans doute, désiré savoir ce que la jeune fille pensait de lui, avait fait un demi-cercle, était venu écouter derrière la toile de la tente, et s'éloignait horriblement mortifié d'avoir été éclairé sur un défaut d'autant plus grave, qu'on assure que ceux qui en sont atteints ne peuvent pas s'en apercevoir eux-mêmes.

Un mois s'écoula sans que la jeune fille repensât au lion, autrement que pour raconter son aventure à ses coinpagnes. Puis, au bout d'un mois, un jour, pour couper un fagot, elle retourna avec sa hache, au même endroit.

Le fagot coupé, mis en faisceau, lié, elle entendit un léger bruit derrière elle, et se

' retourna :

vit iî>

S90 LES (ÎUANDS HOMMKS

Le lion la regardait^ assis à quatre pas d'elle.

— Bonjour, Aïssa , lui dit-il , d'un ton sec.

— Bonjour, monseigneur^ lui répondit Aïssa, d'une voix un peu tremblante; car

elle se rappelait ce qu'elle avait dit de la

fétidité de Thaleine de son protecteur, et il lui semblait encore entendre le triple rugissement qtii avait suivi cette disgracieuse rèvéldtion. Bonjour, mohseîgneur, piiîs-je faire quelque chose qui vous soit agréable ?

-^ Tu peux me rendtè tiiï service. '

— Lequel?

— Approche -toi de moi.

Aïssa s'approcha , assez mal rassurée.

— Me voici.

£N ftOBK DE CHaMBHB §91

— Bien ; maintenant, lève ta hache.

Lajeune fille obéit.

— Là hache est levée, dit-elle.

— Bien , donne-m'en un coup sur la tète.

— Mais , tnonseignJBur, vous n'y pensez pas...

-r- Au contraire, j'y pense, et beaucoup môme...

— Mais, monseigneur*..

— Frappe.

— Cependant, monseigneur. . .

— Frappe, je fen prie.

— Fort ou doucfement ?

— Le plus fort que tu pourras.

— Mais je vais vous faire mal. ..

— Que l'importe?

* — Vous le voulez?

^:â LES GRANDS HOMMES

— Je le veux;

La jeune fille frappa en conscience, et la hache traça entre les deux yeux du lion une ligne sanglante.

C'est depuis ce temps que lions ont cette ride verticale , visible surtout quand ils froncent les sourcils.

— Merci, Aïssa, dit le lion ; et en trois bonds il disparut dans le bois.

—Tiens, dit la jeune fille un peu blessée à son tour, il ne me reconduit pas, au-

jourd'hui.

Et elle reprit le chemin du douair, où elle arriva sans accident.

Il va sans dire que celte seconde histoire fit le pendant de la première, mais, si savants que fussent les commentaires des plus habiles Talebs du douair, Fintention

du lion resta mystérieuse et caché aux esprits les plus pénétrants.

Un mois s'écoula encore.

La jeune fille retourna au bois.

Au moment où elle abattait les premières branches destinées à faire son fagot^ un buisson s'ouvrit devant elle, et le lion en sortit non plus gracieux comme la première fois, non plus mélancolique comme la seconde, mais sombre et presque menaçant.

La jeune fille fut tentée de fuir, mais le regard du lion cloua ses pieds à terre.

Ce fut lui qui s'approcha d'Aïssa; elle se fut laissé tomber si elle avait tenté de faire un pas.

— Regarde mon front, dit le lion.

^ Que monseigneur se rappelle que

204 us GRANDS UOMM£S

c'est lui qui m'a ordonné de lui donner un coup de hache.

—Oui, je t'en ai remerciée. Ce n'est donc point cela que je te veux demander.

-r-> Que veut me démander monseigneur?

-r- De rflgarder ma blessure, -p- J[^ la regarde .

•— Comment va-t-elle ?

~- JS^ merveillq, monseigneur, et elle est presque guérie. '

- Cela prouve, Aïssa, dit ce lion , que les blessures que Ton fait au corps sont bieo différentes de celles que Ton ffait à Torgueil ; les unes se cicatrisent au bout d'un temps plus ou moins long } Ips autres jamais.

Cet ai^iônte philosophique fut suivi d'un

£N iU)B£ DE CUAMBUE

cri aigu et douloureux, puis on n'entendit plus rien.

Le lion avait passé de l'amour platonique à l'amour charnel.

Trois jours après, le père d'Aïssa, battant les environs pour tâcher de rencontrer quelque trace de sa fille , retrouva, près d'une large tache de sang, la hache dont elle se servait pour couper le bois.

Mais d'Aïssa, ni lui, ni personne, n'en entendit plus jamais parler.

Avec Taide de Dieu.

L'Arabe en était là de son récit, quand un bruit connu nous fit tressaillir tous.

C'était le rugissement d'un lion — probablement celui que je guettais depuis huit ou dix jours^

298 LES GUAiNDS HOMMES

Je sautai sur ma carabine Devisme; Amida prit la seconde, qui m'a été donnée par le duc d'Aumale à son départ de Constanline.

Puis nous courûmes dans la direction du rugissement.

Il se faisait entendre à une demi-lieue à peu près.

Nous comptâflies trois i^ugissements , puis le lion se tut.

Nous ne nous approchâmes pas moins dans la direction du lion, direction indi- •quée par ce triple grondement.

Quand nous eûmes fait un quart de lieue à peu près, nous entendîmes des cris d'Ara* bes et des aboiements de chiens.

Nous redoublâmes de vitesse, et nous tombâmes au milieu d'une troupe de gens

£N UOB£ hE CUAMBUË 299

armés menant des lévriers, des mâtins, et jusqu'à des roquets en laisse.

Le lion venait de faire des siennes.

Il était entré dans le douair voisin du nôtre; il avait sauté dans Fenceinte pu étaient parqués les troupeau:^, et avait em-: porté un mouton.

\\ tenait sQft dîp^r ; vqU^ PPUrqVpi »1 ne rugissait plus.

Cen'élaitpoint le moment de l'attaquer, les lions n'aiment pas à être dérangés dans leurs repas. Je recommandai aux Arabes de suivre la Ivbû% toujours facile à relever quand c'çst un mouton que le lion a enlevé, et je revins à ma tente.

Cette fois, j'étais aussi savant que Gérard sur oe fait de la trace toujours facile à re-

300 LDS GRANDS HOMMES

lever, quand c'^st un mouton que le lion a enlevé.

On devine qu'il y a une tradition derrière le fait.

La voici.

Une tradition, naïvement racontée, en dit souvent plus sur un peuple que toute une longue histoire.

Malheureusement, n^est pas naïf qui veut.

Essayons.

Un jour, un lion causait avec le marabout Sidi-Moussa.

Si le lion est le plus Ipuissant des animaux, le marabout était le plus saint des derviches.

L'homme et l'animal causaient donc de

pair a compagnon

ce — Tu es très fort, disait le marabout au lion.

— Très fort, oui.

— Quelle est la mesure de ta force ?

— Celle de quarante hommes.

— Alors, tu peux prendre un bœuf, le jeter sur ton épaule et l'emporter? demanda le marabout.

— Avec l'aide de Dieu, je le puis, répondit le lion.

— A plus forte raison, un cheval.

— Avec l'aide de Dieu, je ferais du cheval comme du bœuf.

~ Un sanglier?

— Avec l'aide de Dieu, il en serait du sanglier comme du cheval.

— Et un mouton?

Le lion se mit à rire.

30â LES GRANDS HOMMES

— Parbleu! dil-il. »

Mais, au premier mouton qu'il emporta^ le lion fut bien étonné de voirqti'il ne pouvait le jeter sur son éf^ule^ eomind il faisait d'animaux beaucoup pliis forts $ et et qu'il était obligé de le traîner.

Gela tenait à ce que, dans son orgueil, il avait oublié de dire, à propos du mouton^ qui lui paraissait une trop petite proife pour se gêner avec elle, ce qu'il aVûit dit du sanglier, du cheval et du bœuf^ c'est-àdire :

— Avec l'aide de Dieu !

Or, Dieu n'aidant pas le lion à l'endroit des moutons; le lion est obligé de les traîner, et de prouver p^r son impuisa^iiaô cette grande vérité, que toute force vient de Dieu.

EN KOBi: DE chambue 303

— J'étais donc sûr qu'on retrouverait la trace, non pas du lion, mais du mouton qu'il avait été obligé de traîner.

A peine étais-je rentré sous ma lentej

que le propriétaire du mouton arriva tout

essoufflé, et me raponta comment la chose

s'était passée. Il avait suivi la trace du lion

pendant une demi-lieue à peu près, tnais

"n'avait pil aller plus Idin. Cependclnt^

comme pendant celte demi-lieùe ses fen-

seignements étaient précis, j'en profitai

pour donner des ordres à mes quêteurs,

heureusement fort habiles, las Iraoes étant

toujours bien autrement difficiles à suivre

Tété que l'hiver.

11 fut convenu que le lendemain, à la pointe du jour^ ils se mettraient à la besogiie*

304 LES GUANDS HOMMES

Ils étaient Arabes tous deux, tous deux âgés de trente à trente-cinq ans, vigoureux, adroits, rusés, de véritables enfants du Tell.

L'un se nommait Uilkassem, l'autre Amar-ben-Serah.

Ils se partagèrent la besogne : Bilkassem prit l'animal à sa sortie du douair, et Amarben-Serah l'endroit où le propriétaire du mouton avait perdu sa trace.

Bilkassem, à une demi-lieue du douair à peu près, retrouva la peau du mouton.

Le Uon, nous Favons dit à une autre occasion, est un animal fort délicat; il ne mange pas la peau des animaux, ni les pieds, ni les mains des hommes, parce que c'est surtout aux pieds et aux mmis que

Ton reconnaît le caractère supérieur de rhomme.

Arrivé à la fontaine, il trouva une brisée d'Amar-ben-Serah ; il n'avait pas be- . soin d'aller plus loin, son camarade était sur la trace, et il le connaissait trop bon limier pour la perdre.

Bilkassem revint donc à la tente et me fit son rapport. Pendant ce temps Ben-Serah suivit le lion.

Vers midi à peu près Amar-ben-Serah rentra à son tour. Le lion était rembûché dans un fort : l'Arabe avait décrit un cercle d'un millier de pas de circonférence, et s'était ainsi assuré du lieu où il était.

C'était à trois kilomètres dudouair à peu près.

J'étais fixé : selon toute probabilité ,

vu 20

noire reacomre.auràît lieu jp jou;» même, La journée s'écoula. J'étais en proie à cette fiè¥re et à celte émotion dont je wus ai parlé, -i- Il pie fut impossible de manger;, de lire, ou de m'occuper à quelque chose que ce fût.

Un peu avant le coucher du soleil, je sortis.

C'est l'heure où lés Arabes qui ont un hon dans leur voisinage rentrent invariablement chez eux. Depuis le moment du

« crépuscule jusqu'au lendemain, un Arabe

qui a entendu le rugissement du Uon a la plus grande répugnance à mettre le pied dehors.

C'est au contraire l'heure que je choisis par cette même raison que c'est celle où il s'éveille, se met en quête, et chasse.

K?i ROBE Dis: ClUMBRB 307

Lorsque j'arrivai à Temiroit désigné par Amar-ben-Serah, j'avais encore ttn quart d'hcmre de jour à peu prè9^ ^ je pouvais étudier le paysage*

Cétaît à Peiitrée d'une gorge étroite des monts Âurès, les deux versants et même le fond de la gorge étaient très boisés, couverts de pins, de sapins et de chênes dont la feuille est semblable aux feuilles dé fcotix. Des i*ochef S riUs, encore brûlants dé lachaleui* dajout, sortaient du milieu dé Cêttô verdiïfô, comme lés dssementâ d'uu géant mal édterré.

Nous nous enfonçâmes dans la gorge. ~ Ben-Serah me servait de guide.

Il traînait derrière lui uoe pauvre û][>è->vre, destinée à servir d'appât au lion, et

308 LBS GllANDS HOMiliS

qui faisait toutes sortes de difficultés pour

) nous suivre.

A une cinquantaine de pas de l'endroit où était rembûché l'animai, se trouvait une clairière : je la choisis, comme dans un duel on choisit l'endroit où le combat doit avoir lieu.

i^\ Amar coupa un petit arbre, en fit un piquel, le planta au milieu de la clairière et y attacha la chèvre, en laissant à sa corde un mètre et demi de jeu à peu près.

Pendant qu'Amar-ben-Serah accomplissait cette opération, nous entendîmes un bâillement prolongé à cinquante ou soixan te pas.

C'était le hon, encore mal éveillé, qui nous regardait et qui bâillait en nous regardant.

EN ROBE DE CIlikMBRE 309

Les cris de la chèvre l'avaient tiré de son sommeil. • ' .

Il était tranquillement assis au pied d'un rocher, passant sa langue sanglante sur ses lèvres épaisses.

Il était magnifique de calme et de mépris pour nous.

Je me hâtai de renvoyer mes hommes, qui n'en furent pas fâchés, et qui prirent un poste à trois cents pas à peu près en.

arrière de'moi. — Amîda seul avait insisté pour me tenir compagnie.

J'examinai bien les localités.

Un ravin me séparait du lion. — La clairière pouvait avoir quarante-cinq pas de circonférence -^ quinaoe par conséquent de diamètre»

. J^éUis seul»

S10 LES OKANDS HOMMES

Il s'agi&sdit de me choisir un poste.

Je me plaçai sur la lisière du bois. — J'avais ainsi la chèvre entre le bois et moi.

La chèvre était à sept ou huit pas, le lion à soixante à peu près.

Pendant que je [faisais tous me3 petits arrangements, le lion avait disparu; il n'y avait donc pas de temps à perdre pourra© préparer à le recevoir. Il pouvait me towber sur le dog d'uA mopaent à Tautre.

Un chêne m'Q0rait ce que je cherc^ toujours en ce çfiis — un appui,

Jp, coupai celles des branches inférieures qui ei)8â0n(pu gên^r mes mouvemetats cm

jma yu^ -rr £y| je i»'as«is^ppiiyé bOBtresoR tronc.

A peine venais-je de m'aiséoir/ qiiè je

m'aperçus, aux inquiétudes de la chèvre, que quelque chose de nouveau se passait près de nous.

La chèvre tirait de mon côté la corde de toute sa force, tout en regardant du côté opposé.

Je compris que le lion avait fait une courbe pour gagner lo ravin, et se rapprochait de nous, invisible et suivant le ph du sol.

Je ne me trompais pas. Au bout de dix minutes,^j'aperçus sa tète monstrueuse au son}metdu ravin, qui m'avait d'abord séparé de lui, puis ses épaules, puis tout son corps.

Il marchait lentement, mal éveillé encore, ot les yeux à demi-fermés.

3\t L£S GR. HOMMES EN ROBE DE CHAMBRE

Le lion est très dormeur et très paresseux.

Arrivé au sommet de la berge, il se trouvait à peu près à sept pas de la chèvre et à quinze pas de moi.

Amar-ben«Sirah.

Le lion se présentait à moi, tout à fait de face, regardant à la fois la chèvre et moi ; car du même regard, il pouvait nous voir tous les deux.

J'étais reité au if ) le tenant toti^oun en

314 LES «^lUNDS HOMMES

joue; un instant, ayant eu le loisir de rajuster entre les deux yeux , j'appuyai le doigt sur la détente, et j'eus la tentation de lâcher le coup.

Si j'eusse cédé à cette inspiration, je sauvais, selon toute probabilité, la vie à un homme; — mais ne voyant dans ranimai aucune disposition d'attaque, j'attendis, me laissant aller é cette espèce de volupté terrible dont j'ai déjà parlé, et qui consiste pour moi à me trouver en face du péril et à le braver.

Ptiisi, j'ai encore un aulro but, en prolongeftntcefe étranges temporisations, c'est d^^ludî^rr^iilmal, de faire un pas de plus dans la connaissance d^'ses nlœurs,iiiie décôuvïJHé ttifplils d«cfg te eàractèpè d'un

Eli ROBE IIK CIUMBRE 315

fiaml adversaire, — c'est une chance de moins d'être man^ par Ini.

Pendant plus de dix minutes, je me donnai la jouissance d'un tête-à-tête comme peu d'hommes peuvent se vanter d'en avoir eu un ; — cela m'était J)i^R permis, il y 9vait près de deujç ans que je ne pi'çT-

tais trouvé ep (ace d'un lipn , et celui-lji était un des plus beaux , des plus forts et dfis plus majntuenx que j'tiie vus.

Au bout de dix minutes, il se laissa tomber sur le ventre, s^apiatissant tout à coup, comme si la terre eût manqué sous lui ; puis il croisa ses pattes devant lui, allongea la tête, et s'en fit pour son col une espèce 4'pr«Uer, . .

Son œil éraJl f!xé s\it moi, él ne se dé-

316 LES Gl\iNDS HOMMES

tournait pas un instant de mes yeux ; il paraissait on rie peut plus intrigué de ce que venait faire, dans son royaume, cet homme qui semblait ne pas le reconnaître pour roi.

Cinq minutes s'écoulèrent encore dans la position qu'il avait adoptée ; rien n'était plus facile pour moi que de le tuer.

Tout à coup il se leva, comme |)oussé par un ressort, et commença de s'agiter, faisant un pas ou deux en avant, puis un pas ou deux en arrière ; allant à droite, allante gauche, et rerau&nt la queue comme un jeune chat qui commence à se fâcher.

Sans doute il ne comprenait pai cette

corde» cette chèvre» cet homme } son in-

EN ROBK DE C1UMBR£ 317

teliigence était insuffisante à lui expliquer un pareil mystère.

Seulement son instinct lui disait qu'il y avait là un piège.

. Cependant je restais toujours assis, le fusil à Tépaule, le doigt sur la détente, suivant l'animal dans tous ses mouvements.

Un bond de lui) et j'étais entre ses griffes.

Cependant son inquiétude s'augmentait

et commengait à m'inquiéter moi-même; sa queue battait ses flancs , ses mouvements devenaient plus rapides, son œil s'enflammait.

318 MdcnA.^DS iiOMUtiîS

C'eûl été un sttiâde qm d'hésitdr plus longtemps.

Je profitai d'ua momenti où il me présentait le côté gauche; je l'ajustai au défaut de Tépaule et lâchai le coup.

Le lion fléchit sur ses jambes, poussa un rugissement de douleur, se tordit comme s*il eût voulu mordre sa blessure , inàiâ sans tomber.

À la distance de trois secondes, ]6 lâchai mon second coup.

Puis, sans regarder —^j'étais bien èûr de FaToir louché— «je jetai ma prei«aèif« carabine pôiHr prendre là seconde 5 éotn chéeprès de moi, toute rMrgée, toute armée.

LN i; ::;!• DE CQAMBRE 319

Quand je me retournai du côté du lion, la crosse à Tépaule, le lion avait disparu.

Je restai iopoiobile , craignant quelque surprise, et regardant de tous côtes.

J'entendis rugir le lion.

Il était descendu dans le lit du ravin.

11 rugit deux fois encore, toujours en s'éloignant^ mais en s'éloignant pas à pas.

Il regagnait son fort.

J'attendis encore quelques minutes, peutêtre ne fut-ce que quelques secondes ; on mesure mal lé temps en pareille circonstance.

Puis, n*ent(MS(dant plus rie», je we lovai

3^0 L^^ OllANDS HOMMES

etj'aliai visiter la place où ranimai avait reçu mes deux coups de ieu.

La chèvre était tombée à terre, et, haletante de terreur se débattait comme dans Tagonie.

Arrivé sur le terrain, il me fut facile de voir que le lion avait été touché de mes deux balles, et que les deux balles lui avaient complètement traversé le corps.

il y avait double jet de sang de chaque côté. . '

Tout chasseur sait qu'un animal emporte plus loin le coup, percé à jour, que lorsque la balle, restée dans la plaie, y détermine une hémorragie.

Je me mis sur sa voie; elle était facile à suivre. Tout le chemin qu'il avait parcouru était maculé de sang.

Les branches des petits arbres et des ' ronces au milieu desquels il avait passé, étaient brisées et ensanglantées.

Gomme je l'avais présumé, le lion avait regagné son fort.

En ce moment je vis apparaître, au haut du ravin, les tètes d'Amida, de Belkassem et d'Amar-ben-Sirah. Ils s'approchaient

avec précaution , ne sachant pas si j'étais mort ou vivant, et se tenant prêts à faire feu.

Ils m'aperçurent au fond du ravin, jeté-

vu 21

328 lES a in MIS hommes

Pènt de& tifii de joi« et tiât^t ttld i^jelndi'd en ôûiirant.

Ils voulurent à Tinstant même se mettre à là poursuite dii lion, la quatitôté ée «ang répandu leur faisant eiagéi*er te gravité de la blessui^.

Je les retins.

Dans mon opinion, le lion était grièvement, peut^tre moneller6ént tottdié, mais le ccBur tt'avait pas été aiteirit. Le Uoû était enôoré|pleifi de forée; «dû èig<ttiié serail terrible* .

Sur ces entrefaites , huit ou dix Arabe»

du douair nous rejoignirent, armés de leurs fuslli.

Ih *vaiene entendu mes (îeux coups, et arrivaient, comme kHââsii Betkâssef» et Amar-ben-Sirah , pour savoir ce qui venait d'arriver.

Ce qtà tenait d'arrivôi^ était, poui» eu* comme' pôtr nous, édrit sur le sol.

Leur premier cri fut : U faut le suivre»

Je les arrêtai en leur faisant observer qu'ils couraient à un danger imminent.

Mais, rien.

— Reste-là, dit-il, et nous te rapporterons mort.

J'eus beau leur affirmer que le lion était vrvant et bien- Vivant, (^û'à Son rugisse-

3â4 LHS GRANDS HOMMES

ment^ j'avais pu juger de sa force; ils s'obslioèreot à entrer dans le bois.

Je fis un dernier efibrt pour les empèr ' cher d'aller plus avant; j'étais convaincu que si nous attendions au lendemain, nous le trouverions mort; tandis que si, au contraire, nous le suivions en ce moment, nous irions nous heurter, au bout de cent pas, à sa douleur et à sa colère. — Chacun savait ce qui résulterait du choc.

^ Aucune observation n'eut prise sur leur entêtement. Lorsque je les vis résolus à se

mettre à la poursuite du lion sans moi, je

me décidai à m'y mettre avec eux.

Seulement, je fis mes dispositions.

Je rechargeai ma carabine Devismes,

EN ROBE DE ClUMBRB 3â!5

que je pris pour moi ; je doonai à Ben- Sirah ma carabine Lepage, et, à Amida, mon fusil du duc d'Aumale^

Cest, après la carabine Devismes, celui que je préfère ; — il a lue treize lions.

El j'entrai sous bois sur la trace du lion .

« Il faisait presque nuit, — le bois était

fourré, — épais, entrelacé; — il fallait

avancer presqu-en rampant.

Mes trois Arabes me suivaient ; derrière mes trois Arabes, venaient les hommes du Douaer.

Nous fîmes quarante ou cinquante pas filniii avec beaucoup dd difficultéii et eh

dépensao); près d'oa iqu^ri d'heure pour 1^6 faire.

Au bout du quart d'heure^ la nuit était presque venue ; au bout de cinquante pas, nous avjpns perdu la trace.

Uue clairière se trouvait à uqe dizaine de pas de nous. Nous gagnâmes la clairière pour Kous reconpflîtrQ.

Pendant que nous étions éparpillés dans la clairière, cherchant à retrouver aux derrières, lueuri^ du jour la JfaoQ pe^ilue, spii pa;r flccidept, soit p«r i»^cjrfi^§, uo fusil partit.

£]» HOBË hU CUAMBIUi^ 327

de nous coioin^ s'U tombait littéralemeot 4h ciel-

Il y eut un moment d'indicible terreur.

' Tou& lôs fufdls^ asoepté le mien 9 éclatèrent

en mèmB tj^mps, et c'e^t un miracle que

nous ne nou» Myons pa9 tués les uns les

autres.

Il va sans dire qua psiP upe baU3 n^ tou^cha le lion.

Qq|tnt è woj, vpicj oe que je vis cooiroe à tpflveiv UP Diidgç de fumée Qtde feu.

Tous les Arabes réunis autour de moi, è Pexoeptfon d'Araeivbenr-Slrah.

Puis tout à coup, à quinze pas, de l'autre eôtéde la claifîèravTenteDds un ori^ cr terrible, cri de mort.

328 LES GnANDS HOMMES

Je m'élançai au cri à travers TobscHrité du crépuscule, reudue plus épaisse eucore par la fumée de nos fusils.

Le crépuscule était tellement sombre, la fumée tellement épaisse, que je ne vis le lion et l'homme qu'en arrivant mv eux.

Homme et lion présentaient un groupe informe, mais terrible.

L'homme était couché sous le lion, qui lui déchirait les cuisses avec ses griffes de derrière. La tête tout entière de l'homme était dans la gueule du lion.

J'eus un éblouissement, je vacillai sur mes jambes, j'étais prêt à tomber. '

Ce moment de faiblesse eut la durée de réclaifi

EN nOBK D£ GHAMBRB

Le lion sentit le canon de ma carabine, et me jeta de côté un regard menaçant.

Tirerais-je à la tète du lion, tirerais-je à répaule?

En tiiwt à la tète, je pouvais Juer rh(»iiibB.

Je tirai à l'épaule.

Tout cela se passa en moins d'une seconde.

Tout disparut dans le feu et dans la fumée.

J'attendis.

Je n'essaierai pas de vous dire ce qui ne

330 LB6 GtUNDS HOMMlfâ'

passa en moi peadânt oette seconde d'attente.

EDÛflijpcJistininiai..

Le lion avait lâché l'homme.

L^hômmB^ était retombé oottime une masse; était-il mort ou vivant? ITest ce qu'il était impossible de savoir.

Le lion était appuyé contre Farbre où était appuyé Thômme ; fl était évident que Tarbre, qui était de la grosseur de ma cuisse^ le soutenait seul.

L*arbre plia lentement, cria, se roftip^) et le lion tomba à terre à côté de Thomme.

Je lâchai alors mon second coup, la cap-

&I IkOBE DE CUAMBflË 331

Que 66railr-ii arrivé de moi si cette se- €onûetapsfà$ eût été la première?

Par bonheur, le lion était mort.

Nous. lîQus pFéçipitâiïies sur ri»Qwi»9, \\ était évanoyi ; ^ais au çQntapI de majnaiq il reprit ses sens.

— Éloignez-moil criait-il, éloignez-moi!

Nous eûmes beau lui crier (jae le lion était mort, il ne nous entendait pas.

Les Arabes disent que tout homnie qnl a respiré l'haleine du lion devient fou.

A«ii*>ièifaftârali étiit Sùvt^

hs GfMUfliKii^ i if^oupeF k« fknits

33S LES GIUNDS HOMMES

autaol que je pus le faire, à la lueur d'un brasier de branches sèches que nous nous hâtâmes d'allumer.

Le blessé avait le flanc et le ventre horriblement sillonnés ; sa cuisse était percée à jour de quatre coups de dents.

Son crâne portait la trace de ses crocs.

— Je n'avais pas donné le temps à la double mâchoire de se rejoindre.

Il était évident que c'était un homme perdu.

Nous le couchâmes sur un brancard, fait de nos fusils, et nous remportâmes.

Trois jours après^ je quittai la pajrs) ton

BN nOBE DE CHAMBRE 333

agonie durait eDcore, mais on n'espérait rien.

Les Arabes croient d'ailleurs que rhomme blessé par un lion ne guérit jamais de la blessure.

Une lettre du Kaïd m'apprit, huit jours après, qu'Amar-ben-Sirah était mort.

Tel fut ie récit de Gérard.

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