‹ cesarChapitre 17 sur 18 · VII · texte numérisé non relu

VII

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tenr; -^ de Devlsmc, l'armurier artiHe) puis, quand nous eûmes bien parlé de toute chose, arrosé tout ce que bous avions dit d'uûé tasse de thé, ce bre[aY^ dans lequel se rée^ume pour raoi la qtiuh tessence de toutes les hqueurs de la terre, jfe pris une ptunie, je la treiDpai dafts Tea^ crier, je tirai une feuille de papier, et rdgardant le doux et calme béfos :

— Gérard, hii dis-je, toyons, une chasse au hasard... un lion parmi yo$ viogt^einq lions; mais un beau lion, pas de ceux que vous avez été voir au Jardin-dfesrPlaates avec Amida, et qu'Amida a pris pour de faux lions. Un Mon de TAtlas, grand, magniâ(]f»e, rugissant.

Gérard sourit.

— Au hasard? dit-il.

— Oui, au hasard.

Il se tourna vers Amida, lui dit quelques mots en arabe.

Âmida inclina la tète en signe d'assentiment.

Il était évident que Gérard venait de consulter son spahis sur la chasse qu'il devait nous raconter, lui indiquant une de ces luttes fabuleuses qui ont divisé l'Hercule antique, et que le spahis donnait son approbation au choix fait par son officier.

Gérard se tourna de son côté, et commença de sa voix calme :

Aissa.

J'avais, dit Gérard, tué la lionne le 19 juillet, et du 19 au 27, j'avais inutilement cherché à rencontrer le lion.-

^ Pardon^ mon cher Gérard^ lui dii-je }

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mais laissez-moi vous interroger et vous interrompre dès le commencement.

Il fixa sur moi son œil clair, irisé d'or comme ceux des animaux qui voient aussi bien la nuit que le joUr.

Ce regard voulait dire : — parlez.

Je profitai de la permission.

— Voyons, lui dis-je, soyez franc. Votre courage ne peut être suspecté, par cons^vquent vous avez le droit de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Quelle impression vous produit votre état d'hostilité avec le roi des forêts ? Est-ce Timpression d'un duel?

G^rwdî sa «it è rite. :

; — D^idUal, dit-li. 0ûi> rimprbiâion qu'éprouverait un bofinme qui se battrait, Bù DU éà çkmni^Bj ebntre ipa àdvëreaire

couvert d'une cuirasse, et qu'on pourrait blesser à deux endroits seulement : au dé-»

faut de la visière et au défaut delà cuirasse. Oh ! non. J'aimerais mieux dix duels avec des hommes qu'une rencontre avec un lion.

— Vous aimeriez mieux dix 'duels avec des hommes ; — mais vous ne chassez donc pas le lion par plaisir, Gérard ?

— Bon ! voilà que nous allons faii*e de la métaphysique. Je vous préviens que je suis plus fort chasseur que métaphysi»ici en.

— Faisons de la métaphysique, mon cher Gérard.

^ — Eh bien ! chaque homme est né avec une vocation. Je n'ai pas besoin de vous dire quelle est la vôlre. Vous semblez Tac-

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complir en conscience, et même plus qu'en conscience. Eh bieni la mienne est de chasser le lion. Dieu m'a fait non pas son ennemi, car j'aime et j'admire le lion, mais son antagoniste.

— Dites son rival.

Gérard secoua la tête.

— Non, dit-il, le lion n'a pas de rival.

C'est véritablement le roi de la création ; l'homme n'est qu'un usurpateur. Ah! si vous voyiez un lion, non pas de ces lions abâtardis, comme on vous en montre en Europe, et qui ne peuvent vous donner une idée de l'espèce ; mais un de ces Uons en liberté, qui s'annoncent par des rauquements qu'on entend de trois lieues, et que l'on croirait à trois cents pas. Si vous le voyiez s'avancer calme, doux et fier.

avec des mouvements de chat^ à la fois gracieux et puissants, tranquille et se reposant majestueusement sur sa force et sur son agilité. — Si vous voyiez son éton^ nement à l'aspect de Thomme, la seule créature qui l'attende, qui le regarde du même œil que le sien, qui ne fuie pas devant lui. — Si vous voyiez la terreur de tous les autres êtres qui tremblent, frémissent, se lamentent à l'approcke de ce monarque d'Orient, vous comprendriez ce que c'est que le lion. Je le répète, on est son antagoniste, non son rival ; on le tue, mais on n'est pas son vainqueur. Moi, je sais une chose, continua Gérard, c'est que chaque fois que j'ai tué un lion, que j'ai laissé à la terrible agonie le temps de faire son œuvre, que je m^pproche du mort à

la crinière ardue, au visage froncé, que je vois ces dents d'ivoire, ces griffes d'ébène^ ces membres si bien proportionnés, que Te bond de l'animal le plus léger n'est que de douze à quinze pieds, tandis que le sien est de quarante-cinq, je croise les mains, je le regarde, et une larme dans les yeuï, un regret, presque un remords dans le cœur, je me demande : — Âvaîs-tu bien le droit, toi Pygmée, de tuer ce géant.

■^Et cependant vous Fabordez sans émotion ?

* — Entendons - nous. Je l'aborde sans

émotion, parce qu'en face du danger, Témotïon serait pour moi une infériorité;

mais il faut toute la for^e de ma volonté

pour écarter cetle émotion.

— Enfin, qu'éprouvez- vous en ce mô-

toent, cher ami ? Faites-moi Thistoire de vos sensations; —l'histoire des sensations, c^est ma partie à moi.

— La voulez - vous bien sincère, bien exacte, comme peut-être je ne Tai dite à pèrëonne ?

' '^ Je le crois bien que je la veilx ainsi.

— fih bieni voici ce qui se passe en moi. Je suis d'un naturel calme et n>êm0 doux, eômmt^ il est facile de le voir. En temps ordinaire, mon pouls bat de soixante à soikante-six fois à la minute; — eh bien, du ridûment où un Arabe vient me dire : — Gérard, il y a un lion à tel endroit, et les hommes de cet endroit-là t'attendent, la fièvr* Aie prend, je ne pense plus qu'à une choie, au lîon; mon pouls commence à

s'élever et bat de soixante-quinze à quatre-

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vingts fols à la minute. Je ne m'assieds plus que lorsque la fatigue m'y force ; je dors mal, me réveillant en sursaut, et je crois que je ne mangerais plus du tout, oubliant de manger, si mon spahis ne me faisait souvenir qu'il est l'heure des repas.

Gela dure, s'augmentant toujours, jusqu'au moment où je me trouve en face du lion.

Alors, à l'instant même, toute agitation semble s'arrêter en moi, comme s'arrête le rouage d'une pendule dont on touche le balancier : la nécessité d'êlre calme, le sentiment de ma conservation, la grandeur même du danger semble mettre la main sur mes artères et arrêter les pulsations de mon cœur. Il se passe alors en moi un instant de suprême jouissance. Cetinstanti

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si court qu'il soit, est un cadre doré, dans lequel se peint le tableau de toute ma vie, depuis ma plus jeune enfance jusqu'à l'heure où je suis arrivé. Trente-cinq ans de souvenir tiennent, chose miraculeuse, dans quelques secondes. — Gela se passe pendant que je vise l'animal, car je. le vise du moment où je l'aperçois. Dès qu'il est a quinze pas de moi, il est à moi. Mais souvent, depuis que je suis familiarisé avec lui, je manque exprès une ou deux occasions de le tirer : je trouve une sombre et terrible volupté à prolonger mes sensations. Enfîn je lâche le coup. Du mom^^nt où je ne sens pas ma chair qui se déchire sous les griffes, et mes os qui crient sous la dent du lion, je suis sauvé. Alors mon,

œil plongé à travers la fumée, — ou il est

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mort, ou il itie cherche lui**ttêrne, ou il ge retire lentement. — fomals le lion fie fliit Alors, s'il est mort, et c^est rare, - sur vingt-cinq lions je n'en ai tué Faidé- que quatre; -»- alors, s'il est morl^ j^atfcendS' qu'il soit bien mort, que les treMallldm^iil^ de son corps soient apaisés. ^ C*esl long, — L'animai est si puissant qu'il demie i l'agonie une rude besogne. -*-$'il ne bdttg# plus, je suis tranquille ; c'est qu'il est BO^yrr et bien mort. Le lion est unanifiaal tt-op fiet pour tromper l'homme, 6'est bon pour le loup et pour le renard. Donc s'il tte bdUga plus, donc s'il est mort, je m'approche, je le regarde, majestueusement et touj^dMW gracieusement couché sur la terre déchi*-* rée ; ptiis, comme je vous Tai dit, je le re^ grette^ jele pleure. Alors te froid fAé-ilito

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dix degrés au-dessous de zéro, la sueur m'inonde, je sens perler une goutte d'ea!?^ à chaque poil de mon eorps ; tous mes àerfs se détendent, tout mon corps s'alknguit, je. cherche uu^ pierre où m'asseoir, et je me sens près de me plaindre comme un enfant.

S'il n'est pas mort, je redouble. Je jette ma carabine. La première dont je me sefs est toujours une carabine dô Devismes, comme étant la plus sûre ; je prends celle qui attend couchée près de moi, et je continue le feu jusqu'à ce qu41 soit mort.

S'il se retire^ je me retire aussi. Je le trouverai le lendemain mort ou affaibli par la perle de son sang. Le lion blessé est un adversaire. trop dangereux pour que

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l'homme, ce faible atome, se hasarde à le suivre.

Dans ce cas, j'entre sous ma tente, tout fiévreux. Je ne dors pas ; je tressaille à chaque bruit ; je suis debout avec le jour, et j'attends les rapports, anxieux et haletant.

Vous avez voulu connaître l'histoire de mes sensations, la voilà. Maintenant, puisje reprendre mon récit ?

— Oui ; mais je vous préviens que je suis un rude interrupteur ; c'est pour cela qu'on ne m'a pas nommé de la chambre en 1848, et que je ferai durer votre récit le plus longtemps que je pourrai.

— Faites ; je vous appartiens corps et âme pendant toute cette soirée.

— J'écoute.

EN ROB£ D£ CUAMBIUS S!73

— J'avais, reprit Gérard, tué la lionne le 19 juillet, et, du 19 juillet au 27, j'avais inutilement, quoique constamment, cherché le lion. J'étais sous ma tente, causant avec huit ou dix Arabes, les uns à moi, les autres habitants du douair où je me trouvais. Nous causions.

~ Quoi ?

— Lion, parbleu! Quand on va chasser im lion, on ne cause pas autre chose que lion. Un vieil Arabe me racontait une légende arrivée, il y avait plusieurs siècles, à une fille de sa tribu.

— EtàunUon?

— Oui, et à un lion.

— Voyons la légende, surtout si elle est bien terrible.

— Terrible et philosophique. Les Arabes

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