G K S A R FRANCK
Après une sorte Je récit introductif, le thème B, agent de liaison toujours actif, s’installe au violon :
Fig. 15.
prolongé mélodiquement par des motifs qui se détacheront de lui plus loin et deviendront à leur tour autonomes.
Fig. 46.
Fig. 17
Suit un développement, ou le thème A, sous une forme agrandie de l’exemple fl 4] revient encore ; et conclusion en fa mineur , ton relatif du ton principal de la sonate, la majeur.
IV. Allegretto pocomosso. — Tonde /«majeur. Canons célèbres, où se poursuivent, à une mesure de distance, les deux instruments concertants :
Yiolon
ftxr.
-• i ?s r Cf
j etc.
Piano
ÉliP
!■ -rSÈ
—etc
p? fcc,
Fig. 18.
Ces « imitations » se prolongent avec grâce et rien ne sent moins l’école que ces contrepoints charmants.
Ils s'interrompent d’ailleurs, — sans la moindre brisure, — pour donner place au thème E ; plus ^ en
Fig. 19,
une expansion magnifique, au thème F (violon). Il faudrait signaler aussi le retour du thème A, en fragments reconnaissables, et faire observer que ce Finale a pour exposition le long canon mentionné; pour second thème, en divers tons voisins, celui que figure l’exemple [16]; pour développement centrais thème canonique, un rappel de A sous une forme voisine de l'exemple [ i4j et le thème F, émigré, comme E, de la pièce précédente; — pour réexposition , enchaînée avec ce thème F et avec une interversion dont on trouverait maint classique exemple 1 , le second thème d’abord, concluant en la (mineur), ton principal, et réintroduisant le canon du début, en la majeur.
Il serait aisé de mentionner d'autres rappels thématiques; de montrer que de menus dessins, élégamment transformés, circulent à travers la sonate, ajoutant des soudures de détail aux liens plus apparents que forment les thèmes entre eux.
La précédente analyse aurait un résultat funeste si, par son imperfection, elle prêtait à César Franck les préoccupations vaines d’un artisan en marqueterie ou d’un logicien à outrance. Il faut le répéter : cette technique disparaît, quand on subit l'emprise de l'œuvre,
1. Sonate de Mozart en ré majeur, n° 111 de l’édition Litolir.
pour laisser saillir toute nue la pure beauté des pensées qui la vivifient. Franck, en édifiant ce monument sonore ou telle autre de ses œuvres, se révèle un passionné plus encore qu’un habile. Architecte hardi, formé à r école d'un grand technicien, il n’a point eu à « s’efforcer ». Les idées chez lui s’organisent, s’agrègent, s’enchevêtrent à l’appel de ses émotions, qui priment tout Riche de mélodie, il pourrait prodiguer ses thèmes; il aime mieux, comme les maîtres de la grande lignée, ne pas les disperser en troupes irrégulières. Il les conçoit apparentés, à l’occasion antagonistes, mais toujours tels que, par l’union ou par le contraste, ils puissent édifier des monuments de claire ordonnance et de fort équilibre.
Je me suis appliqué ci-dessus à montrer comment cette ordonnance, si elle contrevient, dans les apparences, au type moyen de la sonate dithématique, en respecle tous les usages et crée du neuf par un libre arrangement, mais discipliné, des éléments traditionnels. Et j’invite le lecteur à comparer à cette sonate l 'opns 101 de Beethoven; il présente des franchises analogues et un plan d’ensemble identique :