‹ César FranckChapitre 11 sur 23 · IV. Allegro (vivace), [Rondo] à 2 temps (rarement · texte numérisé non relu

IV. Allegro (vivace), [Rondo] à 2 temps (rarement

à 3) rapides.

Le parallélisme des formes, entre la Sonate et la Suite, les mêmes alternances de mesures et de mouvements, révèlent la liliation qui les rattache.

Quant au dithématisme , appliqué non seulement au premier Allegro (l’ancienne Allemande) de la Sonate, mais souvent à Y Adagio et au Finale , il eut pour promoteur principal Domenico Scarlatti (1685-1757, fils du dramaturge Alessandro, et dont les admirables sonates,

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faites d'une pièce unique 1 , sont édifiées tantôt sur un thème, tantôt, bien que moins souvent, sur deux thèmes, dont les couleurs tonales sont rappelées ci-après. Ch.-Pli.-Emmanuel Bach n’a fait que normaliser le dispositif dithématique de Domenico. Il eut cette bonne fortune d’avoir, en Joseph Haydn, un passionné continuateur, et génial, qui fournit d’illustres exemples de ces constructions appuyées sur deux étais. Un tel plan sonore eut un tel prestige que toute la musique de chambre, toutes les symphonies, toutes les Ouvertures d’opéra, et meme mainte scène lyrique chantée ont adopté son dispositif. De sorte que ce qu’on est convenu d’appeler l’art classique, de Haydn à Mendelssohn, est comme la glorification de la forme Sonate, à deux thèmes.

De ce régime, où les paires de motifs constituent la charpente essentielle de l’architecture sonore, Franck fait une constante application. Les symétries lui sont chères, encore que son art prenne soin de n’en jamais faire de simples redites. Alors que les grands classiques se contentent volontiers de les établir au moyen d’exactes transpositions — et, par exemple de répéter au ton de la tonique ce qu’ils ont exposé au ton de la dominante, —

1. Si l’on s’étonne qu’une Sonate puisse se composer d’une pièce unique, c’est qu’on ignore l’histoire du mot et de la chose. La Sonate primitive, toujours instrumentale et, le plus souvent, en style contrapontique, servait de prélude ou d’introduction à une pièce vocale (Cantata), à un Opéra, etc. File devint ainsi Y Ouverture à L'italienne d’Alexandre Scarlatti, Y Ouverture à la française de Lully. Lorsqu'elle se fut individualisée, elle se détacha des ouvrages auxquels elle avait servi de frontispice, et elle prit son indépendance, grâce surtout à Domenico Scarlatti. 11 reste de son rôle primitif une trace évidente dans ce fait que la forme Sonate est essentiellement celle du premier morceau, dans les sonates composées de 3 ou 4 pièces successives.

César Franck, qui dispose d'une invention mélodique intarissable et pour qui les digressions harmoniques sont une joie, apporte des variantes qui, sans masquer les rappels, les enrichissent. A un observateur superficiel elles paraissent s’évader des cadres traditionnels, alors qu’elles ont pour effet de les élargir, en les respectant.

Bien que le dispositif de la sonate de Franck rappelle, par les franchises qu'il prend, les libertés que déjà Beethoven, dans ses sonates 22, 28, 30, 31, 32, dans plusieurs quatuors pour instruments à cordes, s’était permises, il dérouta bien des gens. La beauté de l’œuvre s’imposait : le discours du violon, les arabesques du piano, l’expression intense qui émane de l'ouvrage ne laissaient guère aux premiers auditeurs, saisis, le temps d’épiloguer. Mais à la réflexion ou à la lecture, les « conservateurs » regimbaient : « Ce n’est pas une sonate F » disait Beyer 1 . Il n'était pas seul de son avis. Un rapide examen fera justice d’un tel propos.

I. Allegretto ben moderato. — A temps ternaires (9 8). Pièce courte, sans reprise. Ton de la majeur.

Le premier thème, que le violon développe en une cantilène d’une rare beauté, n’est pas une phrase carrée,

Fig. o.

1. Qui d'ailleurs, avec bonne foi, ajoutait, eu son style propre : « c'est bigrement beau tout de même ! »

de huit mesures : sa longueur mélodique est inaccoutumée (27 mesures). II expose plusieurs des éléments musicaux que l'auteur fait circuler à travers l’ouvrage, sous des formes rythmiques variées, entre autres celui-ci :

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Fig. 6.

Dès que le violon se tait, le piano énonce le second thème, dans le ton de la Dominante, suivant l’usage des classiques :

Mais des modulations interviennent qui peuvent faire perdre à des oreilles inattentives la notion du ton employé. C’est ce qui arriva. De plus, autre scandale, ce second thème ramène rapidement le premier, sans qu’une « reprise » et un développement congru séparent l’exposition de la réexposition, son pendant symétrique. Celle-ci est normale : le balancement tonal traditionnel fait reparaître le second thème, « ainsi qu’il convient » dans le ton initial ( Ut ) :

Fig. 8.

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avec évasion immédiate en des Ions éloignés. Col Allegretto donc présente les éléments essentiels de la sonate classique : exposition et réexposition , avec leurs

deux thèmes, échangeant les couleurs tonales «voisines».

La richesse des digressions harmoniques ne contredit point à cette régularité. Franck se contente d’amorcer les motifs suivant la coutume : l'opulence de ses harmonies lui permet de se satisfaire de quelques jalons très nets, auxquels des cuistres reprochèrent leur ténuité.

H. Allegro. — I‘ièce développée et symétrique, en ré mineur. Le piano énonce le premier thème :

Fig. 9.

C’est au violon qu’apparaîtra le second, dans le ton, traditionnel, du relatif majeur [fa) :

Fig. 10.

11 v a un grand développement central dont les éléments sont empruntés àces deuxthèmes; mais il s ouvre par un épisode dont l'exemple [6] a annoncé le dessin [mi fa. la sol...) :

de sorle qu’un lien étroit s’établit entre les 2 premiers

morceaux de la sonate ; dans la seconde, cette courte formule qui, dans Y Allegretto initial n’est qu’un des anneaux de la chaîne mélodique, prend l’importance d’un motif fortement individualisé.

La réexposition est d’une classique ordonnance : les 2 thèmes y réapparaissent au ton de/-c. Et lorsque l’Allegro s’achève, on perçoit que Y Allegretto précédent, plus calme et moins développé, sert de frontispice à la puissante construction qui le suit.

III. Hécitativo-Fantasia. —Kienàlaclef. D’abord utilisation d’éléments connus. La tête du premier thème de la sonate :

devient ici :

Pi». 13.

et revêt diverses formes, toujours reconnaissables.

On voit aussi les deux premières mesures du violon [5J se transformer, au piano, de la façon suivante :

Fig. 14.

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