‹ César FranckChapitre 21 sur 41 · Gustave Derepas, op. cit · texte numérisé non relu

Gustave Derepas, op. cit

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visait à son orgue les versets pairs du Cantique à la Vierg*e qui termine l'office de vêpres? — Là, plus de préoccupation comme à l'office du matin où la construction mélodique et tonale d'un offertoire, d'une communion, exige une hâtive mais sérieuse réflexion ; plus de bouche interrogative, plus de main planant, hésitante, au-dessus des registres ; ce Magnificat, c'était un sourire perpétuel, un sourire largement épanoui sur une face joyeuse, un sourire plein de confiance et exempt de doute,... c'était le sourire du « père Franck ».

Il se ruait à l'improvisation de ces versets comme un enfant à la ronde, et, vers la fin de sa vie, lorsqu'un éditeur avisé lui demanda de fixer ces fugitives impressions en un recueil de cent pièces pour harmonium, il accepta tout de suite et se mit à l'œuvre avec tant d'ardeur qu'il lui arriva fréquemment d'écrire au net quatre à cinq de ces piécettes dans une seule matinée.

La mort arrêta ce travail.

M. le chanoine Gardey, curé de Sainte-Clotilde, qui le connut pendant près de vingt-cinq ans et qui, sur sa demande, vint lui administrer lui-même les derniers sacrements, nous a raconté que dans une de ses visites au pauvre homme de génie mourant, celui-ci, au souvenir évoqué par le prêtre de ses improvisations du dimanche,

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tourna vers lui une tète amaigrie qu'une trace des joies d'autrefois illuminait encore, et répondit : « Ah! ce Magnificat, je l'ai tant aimé! « — En ai-je improvisé des versets sur ce beau « texte ! — J'en ai écrit un certain nombre ; je « viens d'en donner soixante-trois à mon édi- « teur, mais je veux arriver à cent. — Je les « reprendrai dès que je serai guéri,... ou bien », termina-t-il plus bas, « Dieu permettra que je « les achève... dans son éternité! »

Je dois maintenant parler des deux essais de musique dramatique que fît César Franck; le premier, Hulda, commencé en 1882, terminé en septembre 1 885, le second, Gliisèle, dont l'esquisse complètement établie est signée et datée du 21 septembre 1889.

On s'étonnera peut-être que je me sois servi du mot essai, en parlant de ces deux œuvres ; la raison en est que, malgré leur très haute valeur musicale, incontestable et incontestée, elles ne me semblent point représenter dans l'ordre dramatique le mouvement en avant, l'élan généreux et rénovateur qui se produisent dans toute la musique symphonique de cette troisième époque de la vie du maître.

Chose bizarre, les opéras de Franck sont, à proprement parler, moins véritablement dramatiques que ses oratorios.

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Je crois que cette infériorité esthétique «st, pour une grande part, attribuable à la flagrante médiocrité des poèmes qui lui furent offerts, poèmes ne dépassant pas la portée du livret d'opéra historique qui agonisait déjà à cette époque, mais, il faut bien le dire aussi — et ceci n'est rien moins qu'un reproche... — le génie de Franck n'a jamais rien eu de théâtral.

Théâtral, il ne le fut point en sa vie, bien moins encore en ses œuvres ; comment donc aurait-il pu concevoir une musique destinée uniquement à l'effet de scène, à la captation des suffrages d'un public par tous les moyens, seul canevas que ses poèmes pouvaient lui fournir? Il était trop sincère et trop consciencieux pour que la pensée d'un art de ce genre pût môme germer en son esprit. Il se contenta donc de faire de la belle musique sans chercher une nouvelle expression dramatique qui ne pouvait lui être suggérée par les textes mis à sa disposition.

Il eut cependant un premier moment d'emballement (qu'on me passe cette trivialité) sur Hulda, mais, chose à remarquer, ce qui le séduisit tout d'abord, ce fut le ballet, qui était encore de la musique symphonique.

Aussi écrivit-il ce ballet tout d'une traite, en même temps que le prologue, qui n'existe plus dans la partition actuelle et a été remplacé, on

ne sait trop pourquoi, par un épilogue. Un soir de l'automne 1882 où Henri Dupare et moi avions été lui rendre visite, il vint à nous, très rouge, très excité, et nous lança cette phrase dont seuls ceux qui ont connu le « père Franck » peuvent apprécier toute la saveur : « Je crois que le ballet à"1 H aida est une très bonne chose, j'en suis content ; je viens de me le jouer et même... je l'ai dansé ! »

H aida fut représentée pour la première fois au théâtre de Monte-Carlo en 1894.

Quant à Ghisèle, la composition en fut plus rapide encore, puisque, commencée à l'automne de 1888, elle prenait fin, comme je l'ai dit plus haut, en septembre 1889.

Année féconde que cette année 1889 où Franck, sur de lui-même, put écrire en ses deux mois de vacances les deux derniers actes de son opéra et son sublime quatuor à cordes ! On eut dit qu'il pressentit sa fin et se hâtât d'exprimer tout ce qu'il avait encore de musique en lui.

Gliisèle était donc, à sa mort, complètement achevée en brouillon d'orchestre, le premier acte était même instrumenté au net, et les cinq disciples qui eurent l'honneur de terminer l'instrumentation des deux derniers étaient tous assez familiers avec la pensée intime du maître ainsi qu'avec sa manière d'extérioriser cette

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