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Ce premier mouvement est, en effet, la plus étonnante pièce symphonique qui ait été construite depuis les derniers quatuors beethovéniens. Sa forme, essentiellement nouvelle et originale, consiste en deux morceaux de musique vivant chacun de sa vie propre et possédant chacun un organisme complet, qui se pénètrent , mutuellement sans se confondre, grâce à une ordonnance absolument parfaite de leurs éléments et de leurs divisions.
Gomme le Quintette en fa mineur, comme la Symphonie et la Sonate de violon, ce quatuor est édifié à l'aide d'un thème générateur qui devient là raison expressive de tout le cycle musical, mais, rien, dans l'œuvre de Franck pas plus que dans celui de ses prédécesseurs, n'égale en audacieuse et harmonieuse beauté ce type de musique de chambre unique aussi bien par la valeur et l'élévation de.s idées que par la perfection esthétique et la nouveauté très personnelle de l'architecture.
Dussé-je paraître trop technique, et en conséquence fastidieux pour quelques-uns, je vais cependant tâcher ■ — pour quelques autres — de faire comprendre l'union de ces deux personnes du quatuor en une seule ; et, ne trouvant pas de terme propre à qualifier ces deux portions d'un même tout, on me permettra de les dési-
gner simplement par le nom de la forme qu'ils affectent clans l'ensemble du premier mouvement, Tune étant construite en forme-lied, l'autre en forme-sonate.
C'est le thème générateur du cycle qui forme
à lui seul l'exposition lente du lied : (Thème X)
Lento
( Thème X)
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etc
exposition parfaitement complète dans le ton de ré majeur. Après cela, entre, en un mouvement allegro, l'exposition de la Sonate avec ses deux motifs, le premier en ré mineur : (Thème A)
Allegro
(Thème A) (foPC J-
etc.
le second en fa majeur, selon la coupe classique (Thème B)
'Thème B)
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etc.
ces deux idées reliées entre elles par un dessin mélodique : (Motif C) (y celle)
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qui est appelé à jouer un rôle important dans le final.
L'exposition de la sonate se termine en fa, ton
relatif, et au moyen des mêmes dessins que celle du lied.
Ici, au lieu du développement classique de la sonate, c'est le lied qui apparaît de nouveau, en fa mineur, mais traité en fugue, et avec une assez notable continuité pour lui laisser la valeur d'une partie médiane Mandante :
Lento 'alto)
etc.
admirable et mystérieuse méditation qui se déroule lentement comme une tombée de crépuscule, s'étageant en teintes de plus en plus sombres.
Alors c'est Yallegro qui reprend la parole et qui, secouant le nocturne manteau que le lied vient de revêtir, s'efforce, en un développement ascensionnel, de remonter vers les régions lumineuses. — Il n'y parvient pas; il ne peut, en sa réexposition, que soulever, ça et là, les sombres voiles, et il faudra la douce et calme imposition terminale du lied vainqueur pour ramener, avec la tonalité principale, la lumière tant désirée.
Qu'on veuille bien me permettre, afin de me faire mieux comprendre, de donner ci-contre un schéma plastique de ce qu'il est si difficile d'expliquer par des mots; on saisira plus claire-
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ment la conception et le plan de cette étonnante pièce si Ton veut se reporter aux motifs musicaux notés plus haut, auxquels j'affecte, comme pour une démonstration .mathématique, des lettres indicatrices.
Mais, ainsi qu'il doit être des belles œuvres, l'auditeur ne se doute point de l'exceptionnelle et admirable architecture de ce monument, architecture dont il subit cependant l'influence par le sentiment qu'il se trouve en face de quelque chose de puissamment grand, tout en se laissant aller à la séduction exercée par le charme pénétrant des thèmes musicaux.
Le scherzo, en fa dièze mineur, un jeu, « une ronde de sylphes dans un paysage sans lune », eût-on dit aux temps romantiques, fut fait, ou du moins écrit en dix jours ; l'esquisse, à peine raturée, porte la date du 9 novembre, tandis qu'à la fin du premier mouvement, s'étalent en grosses lettres, les mots : 29 octobre 1889, suivis de la mention de durée : 17 minutes.
Quant à la troisième partie, le larghetto en si majeur, ton aimé du maître, c'est encore un monument admirable de pureté, de grandeur, de sincérité mélodique. Je ne pense pas que, depuis les andante des derniers quatuors beethovéniens, il soit possible de rencontrer, dans toute la production musicale, une phrase aussi
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élevée, aussi complètement belle de pensée, de proportions et d'effusion que cette lente prière.
Celle-là aussi, il la chercha longtemps... — A nous, ses anciens élèves, il faisait part de ses espoirs, de ses déceptions, de ses recherches incessantes à ce sujet, et avec quelle joie, un jour que j'allais lui rendre visite, il s'écria, du bout de son salon et avant même de m'avoir serré la main : « Je l'ai trouvée !... c'est une belle phrase ; vous allez voir... » ; et de se mettre aussitôt au piano pour me faire partager son bonheur.
Oh ! maître, dans quel repli de votre « âme de séraphin » (comme disait notre camarade Alexis de Castillon), avez-vous pu trouver le germe que vous avez si bien su faire fleurir et fructifier, et qui, arbre maintenant, se dresse glorieux pour le plus grand honneur de la Musique!...
Le final, quoique d'une architecture moins primesautièreque le premier mouvement, mérite cependant d'être étudié. Il est construit en formesonate et précédé d'une introduction où l'auditeur retrouve successivement les motifs des morceaux précédents, procédé connu, mais rarement très bien mis en valeur.
La première esquisse de cette introduction est assez curieuse, au moins par sa concision où l'indication littéraire se mêle à la touche musicale. — Après avoir noté le conduit inter-
médiaire du final (ce que les Allemands nomment Dtirchfiihrung) :
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et avoir couronné cette notation du mot commencement, Franck écrit en caractères très accentués : « Il faut une phrase neuve ici, voir le Quatuor en mi bémol1 ». — Puis vient l'indication : à la fin :
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ce qui prouve que ces esquisses du final furent jetées avant la composition du scherzo dont cette phrase, réduite en rythme ternaire, devint le thème de trio".
Immédiatement après se trouve, tenant trois portées, la mention : « Au milieu de la 2e partie, « ou vers la lin, ou avant le retour du commence cernent du final, réminiscence de YAndante », et ensuite la musique de celte réminiscence.
i. L'op. 127 de Beethoven.
2. Franck avait donné ces esquisses du quatuor à son élève, notre cher et regretté camarade Ernest Chausson. Mme E. Chausson a bien voulu m'auloriser à en reproduire ici quelques fragments.
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Enfin, vient une suite de motifs, tous précédés de points d interrogation, du milieu desquels surgit celui qu'il élut définitivement pour thème initial du final. L'étude de ces deux pages est instructive pour qui veut s'éclairer sur les procédés de composition d'un grand musicien, procédés qu'on retrouve, presque identiques, dans les cahiers d'esquisses de Beethoven.
Pour en revenir au final du Quatuor, il offre cette particularité remarquable que ses deux idées principales sont comme des émanations de phrases ou de dessins déjà exposés dans le premier mouvement, mais la présentation en est faite ici dans un esprit et sous un aspect absolument nouveaux.
On reconnaîtra sans peine la phrase génératrice du lied (dénommée plus haut : thème X) dans le dessin :
AU? molto
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exposé par l'alto comme première idée du morceau ; quant à la seconde idée, formée en trois phrases, comme les secondes idées beethovéniennes, elle tire son élément principal, celui de sa première phrase :