‹ César FranckChapitre 32 sur 41 · V. d'Indy. i · texte numérisé non relu

V. d'Indy. i

■no CESAR FRANCK

s'établit, pour la première fois dans la partition, le ton de fa majeur.

Satan s'efface, impuissant, et regagne les ténèbres extérieures, et le Christ victorieux plane au-dessus du monde, appelant à lui toute la foule des justes et des élus :

Venez, les bénis de mon Père, Venez à moi !

C'est alors que la tonalité définitive de ré majeur, déjà souvent présentée épisodiquement, descend sur l'humanité régénérée comme une lumière nouvelle, et la divine Voix entonne enfin le cantique attendu de la salvation par l'Amour. Le thème de Charité, maintes fois amorcé, pour ainsi dire, en bien des phases diverses, se fait alors mélodie complète et l'orchestre le reprend, plus solennellement encore, pendant que les chœurs, terrestres et célestes, modulent de longs et calmes liosaniias !

Dans toute cette sublime péroraison, pas une mesure indifférente, pas une note qui ne soit à sa vraie place, pas une modulation qui ne se trouve expliquée et motivée par la situation dramatique.

Cela est de Fart véritable dont les siècles n'altéreront point la resplendissante beauté.

En résumé, cette œuvre des Béatitudes offre

L'ARTISTE ET L'ŒUVRE MUSICAL au

la marque qui scelle magnifiquement toutes les manifestations puissantes et durables du génie humain : la progression ascendante d'un ensemble harmonieux, et, en dépit des quelques défauts que j'ai, peut-être par scrupule d'historien, trop fortement soulignés, cette épopée musicale est, certes, l'œuvre la plus grande qui ait pris place depuis fort longtemps dans l'histoire de la Musique, ainsi que l'a constaté naguère un critique de bonne loi1 :

« Cette composition n'est pas seulement une « des plus vastes qu'on ait écrites depuis Bee- « llioven, elle me semble l'emporter sur toutes « les autres de ce temps-ci. J'en sais peut-être « de plus parfaites, je n'en connais aucune ins- « pirée de plus haut et soutenue d'un tel souffle... « — Ici, le sublime rayonne et, chose merce veilleuse, sans aucun secours étranger, mais « par la force d'un sentiment unique, par la « seule effusion religieuse. »

Oui, Maître vénéré, vous avez « bien fait », comme l'a dit Emmanuel Chabrier sur votre tombe entr'ouverte, et nul ne peut douter que la Justice éternelle ne vous ait admis à coûter en l'autre vie la béatitude dont, en celle-ci, vous avez si dignement célébré les splendeurs.

i. René de Récv. La Revue bleue, iS<)4.

L'EDUCATEUR

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