V. d'Ixdy. i
ment étroit et arriéré, enfin François Bazin qui, lui, ne se doutait pas de ce que pouvait bien être la composition musicale. Il n'est donc pas étonnant que le haut enseignement de César Franck fondé sur Bach et Beethoven, mais admettant tous les élans, toutes les apirations nouvelles et généreuses, ait, dès cette époque, attiré à lui les jeunes esprits doués d'idées élevées et véritablement épris de leur art. Et c'est ainsi que, sans même s'en douter, le maître draina, pour ainsi dire, toutes les forces sincèrement artistiques qui se trouvaient éparses dans les diverses classes du Conservatoire, sans parler des élèves du dehors qui allaient prendre la leçon dans son tranquille salon du boulevard Saint-Michel dont les hautes fenêtres donnaient, chose rare à Paris, sur un jardin plein d'ombre. C'était là que nous nous rendions une fois par semaine, car le père Franck, non content de nous instruire à sa classe d'orgue, dans la science du contrepoint, de la fugue et de l'improvisation, faisait venir chez lui ceux de ses élèves qui lui paraissaient mériter un enseignement particulier, et cela, d'une façon absolument désintéressée, ce qui n'est pas, .d'ordinaire, le fait des professeurs des établissements officiels dans lesquels l'instruction gratuite, inscrite au règlement, est bien loin, hélas, d'être une réalité !
L'affection de Franck pour ses disciples était telle qu'il ne négligeait aucune occasion de la leur témoigner et même de les informer de ce qu'il pensait devoir les intéresser. Lorsque, le soir, après les fatigues de la journée, il avait congédié ceux d'entre nous qu'il avait coutume de recevoir à la veillée, il se mettait souvent à sa table, non pour composer ou orchestrer, mais pour écrire, parfois très longuement, à ses élèves de province, rédigeant avec grand soin, pour leur usage, instructions et conseils.
Je ne puis m'empècher de citer ici une preuve de cette affection, bien qu'elle me soit toute personnelle.
Appelé à Anvers, à l'occasion d'une exposition universelle, en l'été de 1 885, afin de diriger quelques-unes de ses œuvres dans un concertfestival au programme duquel figurait une toute petite composition de son élève, il trouve, malgré ses occupations, le moyen d'écrire à celui-ci le billet ci-dessous, dans lequel il parle beaucoup plus des autres que de lui-même :
« Anvers, vendredi 14 août.
Mou cher Vincent,
ci Merci mille fois de votre bonne et affectueuse lettre, inutile de vous dire que c'est une de celles qui m'ont fait le plus plaisir l.