Parole rapportée par M. Georges C. Franck
premier succès (à soixante-huitans !), il nous disait naïvement : « Allons, voilà le public qui commence à me comprendre... »
Quelques jours après, le 27 avril, un second triomphe l'attendait à Tournai, où il assista à un concert de ses œuvres donné par le quatuor Ysaye.
Mais ces douces impressions furent chez lui de courte durée, car, au mois de mai de cette même année 1890, se rendant un soir chez son élève Paul Braud, il ne put se garer du choc d'un omnibus dont le timon le frappa au côté. Il n'en continua pas moins sa route, mais perdit connaissance en entrant chez Braud. Revenu à lui, il joua le second piano des Variations symphon iq lies qu'il fut obligé d'exécuter deux fois, et rentra boulevard Saint-Michel très fatigué.
Cependant, insoucieux de la douleur physique, il ne cessa point pour cela de mener sa vie de labeur quotidien, renonçant seulement à ce qui aurait pu être un plaisir pour lui. C'est ainsi que ses collègues du comité de la Société Nationale l'ayant invité à venir présider leur dîner annuel, à l'issue duquel on devait lui faire la surprise d'une seconde audition intime de son Quatuor, il dut, se sentant malade, refuser d'assister à ces amicales agapes, et en informer le comité par le billet ci-après :
17 ruai 1890.
Chers amis.
C'est pour moi un très grand regret de ne pouvoir me joindre à vous ce soir, à ce banquet de fin d'année auquel je n'ai jamais manqué.
C'est un regret d'autant plus vif que je sais la fête que l'on comptait me donner en exécutant une deuxième fois mon quatuor qui a été si admirablement interprété le 19 avril.
Merci mille fois pour toutes les gracieusetés et intentions charmantes que vous avez toujours pour moi et croyez à mon inaltérable attachement à notre chère Société.
Cependant, vers l'automne, atteint d'une pleurésie fort grave, il fut forcé de s'aliter et des complications, suites de son accident mal soigné, s'étant déclarées, il succombait le 8 novembre 1890.
Bien peu de temps avant sa mort, il avait voulu se traîner encore à son orgue de Sainte- Glotilde afin de combiner et d'écrire la reoistration des trois admirables Chorals que, tel J.-S. Bach cent trente ans auparavant, il laissa comme un sublime testament musical.
Ces chorals, ultime prière du croyant, étaient sur son lit de mort lorsque le curé de la basilique qu'il avait remplie de ses sereines improvisa lions vint lui apporter, sur sa demande expresse, les derniers secours de la religion.
Simples comme sa vie furent ses obsèques.