‹ CésarChapitre 107 sur 223 · ROME. — LE PORTIQUE DE POMPÉE · texte numérisé non relu

ROME. — LE PORTIQUE DE POMPÉE

CURION seul.

Je vais donc voir Pompée. Il veut faire le compte

De tous ses partisans... dans ce nombre il me compte,

Moi, Curion... toujours même crédulité.

Il est vrai qu'à César plus d'un coup fut porté

Par moi, par mes discours, fougueux tribun... Ouicerte;

Mais, c'est qu'avec César tout cela se concerte.

Je fais encore plus, pour le mieux terrasser,

Je propose des lois... qui ne peuvent passer;

Contre les Pompéiens j'y glisse des mesures,

Qui les font, chaque fois, tomber sous leurs murmures.

César a plus d'esprit que Pompée, il sait mieux

Caresser les desseins d'un cœur ambitieux.

Puis de son intérêt les preuves sont complètes,

Il vous sert en ami ; si vous avez des dettes,

Il s'en charge et les paye. Aussi je suis à lui,

Non pas ouvertement encor ; car aujourd'hui

Je m'en vais déclamer contre sa tyrannie,

Sur l'État menacé par son fatal génie.

Je vais crier bien haut , mais tout bas observer

Ici ce qui se passe et lui faire arriver

Des renseignements sûrs.

181 CES Ali

POMPÉE, CATON, CICÉRON, Cl MON, POMPÉIENS. POMPÉE.

Ami>, sous mon portique Soyez les bien venus, dans cet instant critique.

Nous sommes tous (l'accord, je crois, sur le danger

Dont César nous menace; il faut le ménager,

Je pense, prudemment; sans qu'il puisse se plaindre,

Faire que pour personne il ne soit plus à craindre.

CICÉRON

C'est aussi mon avis

curion.

El ce n'est pas le mien.

Tous ces ménagements n'aboutiront à rien. Eh ! pourquoi lui laisser consommer votre perte? Il vaut mieux à César faire une guerre ouverte, Rompiv ses plans, avant qu'ils puissent éclater; Tandis qu'il est possible encor, les arrêter. Il faut, quand son armée est sa seule espérance, Dans ses coupables mains briser cette puissance : Et, bien qu'il n'ait pas fait son temps, dès ce moment, Par décret, le priver de son commandement. Parlons à cœur ouvert, ici point de manège: Tout accommodement désormais cache un piège. Afin que César cède, et toujours et partout On doit lui résister et le pousser à bout.

pompée.

C'est un bien grand parti, je balance à le prendre; C'est donner à César la loi pour le défendre.

iu;i \ii:mi: PARTIE 186

Qu'il garde son pouvoir jusqu'au terme fixé Par le décret «lu peuple, et, ce terme passé, Ce pouvoir expiré, sans titre, sans armée, Sa vainc ambition se verra désarmée;

Lui-même ne sera qu'un simple citoyen, Contre la république il ne pourra plus rien.

CATON

César sera toujours César; pouvez-vous croire Que vainqueur de la Gaule, après dix ans de gloire Il ira dans la foule et s'y perdra? Non, non, César aura toujours ses victoires, son nom.

POMPÉE

Il est des noms aussi que l'on estime encore, Peut-être ; d'autres noms que la gloire décore, Des hommes qui n'ont pas triomphé des Gaulois, Mais dont il n'a pu faire oublier les exploits.

CATON

A part. Haut.

Toujours vain ! ô Pompée, il faut que je le dise Enfin la vérité — tu connais ma franchise — Eh bien ! je suis pour toi, car je suis pour l'État ; Je suis pour toi, du moins tu défends le sénat, On voit autour de toi des gens considérables; Et César aujourd'hui n'a que des misérables, Dont chacun tour à tour par son or fut gagné.

CU RI ON à part.

Caton est insolent, mais est bien renseigné.

CATON

Tu ne fais plus (jadis tu n'étais pas si sage) De la plèbe pour nous un moyen d'esclavage.

186 I ! s.VR.

Mais sache quç luirai >am foi

Que tu D'as pas bu oraindrel temps, que malgré toi Tu crains en ce moment; M quelqu'un ne L'arrête, s'il revient parmi nous, paré de sa conquête, Adoré par Le peuple, actif, habile, aident, . ambitieui autant qu'il est prudent, L'emportera sur nous, sur toi, sur tout le inonde : Si tu ne le crois pas, ton envur est profonde

POMPÉE

Caton, de vieux griefs te font ainsi parler.

CURIOX ftpart

Bien ! l'on voulait s'entendre, on va se quereller.

POMPÉE

Caton m'a reproché, si je l'ai su comprendre, D'avoir flatté le peuple.

CATON

Oui, je t'ai vu descendre A cet indigne rôle, et de ta lâcheté César, je te le dis, alors a profité.

Puis, quand ton Clodius, lui tout meurtre et tout vice, Fut tué par Milon avec pleine justice, Tu parus au forum entouré de soldats, Comme si tu marchais h l'un de tes combats, Afin d'intimider les juges, La défense; Et Cicéron troublé perdit son éloquence.

CICÉROY

Mon discours pour Milon cependant ■ p

Tour et iv...

CATON

Celui-là ne fut pas prononcé.

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