PREMIÈRE PARTIE
LE BARBIER
Allons, vieux vétéran, point de mauvaise humeur.
LE VÉT.ÉRAN.
Je ne vois pas pourquoi j'aurais la joie au cœur.
LE BARBIER
A présent, tout t'attriste et tout te rend maussade.
LE VÉTÉRAN
Je suis comme l'État, je suis vieux et malade, E1 cela me déplaît.
LE BARBIER
C'est que ton cher Sylla Ton ancien général bien-aimé n'est plus là.
LE VÉTÉRAN
Oui, ce Cornélius, je l'avouerai sans peine,
Me convenait, son âme était vraiment romaine.
Il faisait tout marcher notre grand dictateur.
Un jour, de Mithridate heureux triomphateur ;
Un autre, exterminant sans pitié ni colère
Six mille prisonniers du parti populaire.
Et vous vous souvenez, quand on les immolait
Et qu'à leurs cris plaintifs le sénat se troublait,
Ce qu'alors dit Sylla, le visage impassible :
Ne soyez point émus — son flegme était terrible —
Ce sont des factieux que je fais châtier.
Le vieil esprit romain vivait là tout entier.
L'AFFRANCHI
Ah ! les proscriptions sans doute étaient cruelles, Mais, dans ce temps du moins on avait des nouvelles.
Toujours quelque récit, faites, déguisements, Crimes, généreux traits, trahisons, déyoûments. un vivait par la crainte et par L'inquiétude,
Aujourd'hui l'on s'endort.
LE GLADIATEUR
Il faudrait la main rude Dé Marins, sa main savait vous réveiller; J';t\;ii> vraiment plaisir à vous voir étriller,
Comme nous dans l'arène en factions contraires Divisés, vous combattre et vous tuer en frères. Marius était grand.
LE VÉTÉRAN
Qui vante Marins Devant un vieux soldat du grand Cornélius?
LE GLADIATEUR
Moi, qui suis jeune encore et de ce bras énorme Pourrais te faire à bas rouler sans autre forme.
LE VÉTÉRAN
Un vil gladiateur, formé pour le plaisir Du peuple! Je pourrais, moi, le taire saisir, Te faire sous le fouet mourir comme un esclave
LE BARBIER
Amis, point de querelle en ce lieu.
LE GLADIATEUR
Je te brave.
J'appartiens à César.
LE B kRBIBR.
ir esl un vaurien.