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TROISIÈME PARTIE

Un jour, César ouvrit son cœur, c'était faiblesse A lui. « La tyrannie est la grande déesse, » Dit-il; il ajouta : « Dès mes plus jeunes ans, Soigneusement j'ai lu l'histoire des tyrans. »

MÉTELLUS

Ce ne fut pas du temps perdu, je te le jure, Car il a profité beaucoup à la lecture.

CIMBER continue.

« Je les ai vus périr tous par la cruauté, Et j'ai résolu, moi, d'essayer la bonté. j>

MÉTELLUS

De cette bonté-là je veux avoir la preuve, Et quand je le verrai, je la mets à l'épreuve.

CIMBER

Il faut, tant que la haine est stérile, cacher Sa haine; moi je pars, à César vais chercher Des ennemis partout.

MÉTELLUS

Ici, moi je demeure.

CIMBER

J'y serai quand les dieux auront marqué son heure.

LA SALLE DES ASSEMBLÉES DU SÉNAT Al CAP1 rOLE

CÉSAR seul.

Voilà les sénateurs sortis, ah ! quel sénat !

A Rome sa présence ajoute peu d'éclat.

Quelques poltrons restés et quelques créatures

De Pompée ou de moi, de tous deux; des natures

D'esclaves ou de vils et vains ambitieux.

Je les ai méprisés toujours : le peuple est mieux;

Il ne calcule pas toute chose, il admire,

Il s'enflamme à mon nom et m'appelle à l'empire.

Pourtant l'estimer trop serait fort peu sensé,

Car il n'est pas non plus très-désintéressé;

Avec moi follement espérant le bien-être,

Ce peuple aime en César ce qu'il lui faut, un maître,

Et m l'on me tuait domain, applaudirait,

Pour un moment du moins, à qui m'égtrgerait.

Voilà mon seul ami, car personne ne m'aime

Autour de moi. — César, aimes-tu donc toi-même

Quelqu'un?... non, quelque chose... et cette chose-là

Je l'aurai; je la tiens déjà; car me voilà

Au Capitole et nul encor ne se présente

Pour m'en faire sortir. — J'étais mieux sous ma tente;

Oui, je respirais mieux, dans mes jours de combats,

Avec m, v lieutenants et mes vaillants soldat-.

Ici je suis bien seul, — pas un homme honorable,

Par le rang, par l'éclat du nom considérable.

J'ai des hommes perdus, Antoine, Curion;

Mais Pompée a Brutus, Caton et Cicéron,

Même Labiénus; — lui, c'est ingratitude.

Je pourrais m'enfenner dans cette solitude,

TROISIÈME PARÏIE. 215

Punir cet abandon, me déchaîner contre eux ;

Des plus humbles Romains, qui sont les plus nombreux,

Faire tout mon parti ; — la masse populaire

Seulement, c'est trop peu. Je ne saurais me plaire

A ce rôle toujours... C'est bon pour commencer;

Mais à d'autres appuis je ne puis renoncer.

Mon adresse vers moi saura les reconduire,

Les persécuter, non, car je peux les séduire.

Je veux <fii<1 Cicéron revienne repenti,

Que tout illustre nom décore mon parti.

Je veux 411e ma clémence attendrisse, rassure

El désarme la haine en oubliant l'injure.

Surtout par mes exploits, de chaque faction

Captiver le suffrage et l'admiration,

Et faire dire à tous : dans la paix, dans la guerre,

César est le plus grand, qu'il gouverne la terre.

Je me retrouve, allons... à de nouveaux combats,

Allons chercher Pompée en Épire... non pas :

Je ne veux point laisser sa force tout entière,

A loisir quelque jour m'attaquer par derrière.

Sa force est en Espagne où sont ses vétérans.

C'est là qu'il faut marcher, vaincre, grossir mes rangs,

S'il se peut, de soldats conquis par la victoire,

Pour aller l'accabler, revenir plein de gloire,

Et cacher ma puissance aux Romains éblouis,

Sous l'immortel éclat de hauts faits inouïs...

Oui, pareille espérance est bien vite formée,

Mais il faut de l'argent pour solder une armée.

Où le trouver? Les dieux à Rome ont beaucoup d'or;

Saturne dans son temple a sous clef le trésor,

Le trésor de l'État et que la loi protège.

L'État, je suis l'État ; la loi, vain privilège

Où je commande; en vain il est trois fois sacré:

Ce trésor, j'ai besoin de l'avoir, je l'aurai.

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