‹ CésarChapitre 131 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

CICÉRON

Qui le nie?

Mais, par malheur pour nous, César a du génie. César est prompi du moins, vigilant et hardi, Pompée est très-honnête, oui, mais trés-engourdi.

En an sens, tu dis vrai, Pompée encore hésite A combattre, ajournant la victoire...

CICÉRON

Ou là fuite.

PIS ON ET MURÉNA avec colère.

La fuite, que dis-tu?

CICÉRON

Jeunes gens, calmez-vous Réservez pour César ce généreux courroux, Puisqu'ayanl lâchement abandonné la ville, On est si plein d'ardeur pour la guerre civile. Ali ! vous ne savez pas ce que c'est, malheureux,

îerre entre Romains!... c'est un désastre affreux. Oh ! oui, je la voulais empêcher cette guerre, Moi que de la patrie on a nommé le père. Ce fléau, je voulais à tout prix l'éloigner. Entre concitoyens dans le sang se baigner, N'est-ce non0 eh ! quel sort nous attend? la défaite? Et la proscription demande notre tète.

La victoire? c'est nous alors qui proscrivons, Et puis la tyrannie arrive et nous servons.

PI SON

La crains- lu de Pompée?

228 I ÊSAR.

CJCÉRON.

Oui.

MURÉNA

Marcus déraisonne.

Pompée être un tyran !

CICÉRON

Je o'excepte personne.

De ces ambitieux et de leur dilîérend, Il ne pourra sortir pour Rome qu'un tyran. Oui c'est là ce qui fait ma peine inconsolable, Le tourment sans repos qui jour et nuit m'accable; Je sens profondément ceci : tout est perdu ! Ah! pourquoi, pour mourir ai-je tant attendu ! Pourquoi me retenaient mes proches par leurs larmes, D'autres par leurs conseils? que n'ai-je pris Les armes Quand on me bannissait : suprême iniquité ! Que n'ai-je jusqu'au bout noblement résistai Et Lorsque je voulais abandonner la vie, Cette pensée, hélas! que ne l'ai-je suivie ! Car je suis las de vivre et voudrais en finir.

MURÉNA

liais, s'il en est ainsi, vers nous pourquoi venir?

CICÉRON

Moi, je suis le troupeau jusques nu précipice.

MURÉNA

Ne t'abats pas ainsi, j'espère un dieu propice.

CICÉRON

Confiez-vous aux dieux et \ous ferez très-bien,

!>»•- hommes désormais moi j»1 n'attends plus rim.

1 N REVERS DE CfSAB

LE CAMP DE « ISA lî PRÈS DE DYRRACIIIUM.

lésais, antoim:.

CÉSAR seul

Oui les choses vont mal et je ne fus peut-être,

Sans être encor battu, jamais si près de l'être.

Nous faisons une faute étrange en attaquant

Un ennemi plus fort, retranché dans son camp

Qui domine le nôtre et dont une partie

Seulement peut par nous être à peine investie,

S'appuyant à la mer, en vivres abondant,

Quand nous manquons de pain. C'est vrai, mais cependant

Je ne puis en chemin laisser mon entreprise,

Et reculer devant Pompée, afin qu'on dise

Qu'il a fait fuir César. Ce bruit-là répandu

Détruirait mon prestige et je serais perdu...

11 faut tenir toujours, tout essayer, tout faire,

Et courir jusqu'au bout les chances de la guerre.

ANTOINE eolraot.

César, d'un grand péril nous sommes menacés.

Quel péril?

A NTOI \ B.

r- a 30 I -. le partout repousses, Reviennent vers le camp. Craignant d'être coupée, Ta cavalerie...

Elle!

ANTOINE

A fui ; soudain Pompée S'est mis à sa poursuite et, dan- le même instant, L'aile droite ébranlée »in a fait tout autant, Puis le reste a suivi. Le trouble, le tumulte Sont partout...

Ce n'est pas an temps où l'on consulte.

Au milieu de In déroute, s'effon ant d'arrêter les fuyards.

Arrête/, arrêtez! Pour la première fois

Je ne puis rien sur eux, on méconnaît ma voix.

A un porte-enseigne qui fuit.

Honte sur vous, soldats! Donne-moi cette enseigne, Lâche !

LE PORTE-ENSEIGNE tartan.

Lâche! eh bien! meursl

- \ R le tue.

Que sa mort vous enseigne A me désobéir... Suivez-moi... Nul oe suit Son général... Soldats!., tout se débande et fuit.

I ROISIÈME PARI II-:. 231

Si cette fois Pompée, assuraal son ouvrage, Sail user de sa force el de son avantage, L'armée aura péri, péri honteusement!

0 puissé-je mourir sans voir un tel moment!

CÉSAR Beo] dans su tente, après la défaite.

En bien ' c'esj un revers, — c'est plus, c'est une faute.

Oui, pour me l'avouer, j'ai, moi, l'âme assez haute.

Contre toute raison je me suis obstiné

A ce plan que j'aurais, plus sage, abandonné...

Il faut qu'elle me serve ; un général vulgaire

Se sent découragé par un malheur de guerre,

Mais moi je les méprise et j'en sais profiter.

Ce que j'aurais dû faire il faut l'exécuter.

Il faut, tirant Pompée enfin de ses murailles,

Le forcer à tenter le destin des batailles.

Par cet échec il croit que je suis abattu,

Pour peu de jours encor César sera vaincu.

Non, tout n'est pas perdu pour un revers, la gloire

Peut naître d'un revers comme d'une victoire.

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