DÉMÉTRIUS
Mon très-cher stoïcien, je ne saurais comprendre Ce que vous paraissez de bonne loi prétendre, Qu'on est toujours esclave, alors qu'on est pervers, Que seul I»' sage est libre et même dans les fers.
U'OLLONIDÈS.
Je le soutiens.
Voyons, prouve-nous cette thés De le voir triompher, moi, je serais fort aise.
APOLLONIDIIS.
Vous savez, mes amis, que nous ne croyon> point nue l'homme naisse libre.
Ah ! sur c»' premier point, Je t'arrête. Tour moi, je ne saurais admi tl Que puisse le destin ma volonté soumettre.
! R01SIÊME l'Ai: l IE.
An plus profond de moi, je sens, oui le pouvoir De libremen! agir, de vouloir, de mouvoir Ce bras qui pourrait là rester sur cette table, El c'est chose, à mon gré, bizarre et regrettable, l),' voir les stoïciens, qui font l'homme si fort, Courber sa volonté sons le décret du sort.
APOLLONIDÈS.
Ce sort n'est poinl hasavdel fortuite pure, Comme le faux destin que nous prêche Épicure. C'est une tension, un énergique lien
Des choses, par laquelle aussi l'homme de bien
Résiste et tend toujours par un effort suprême
Vers la vertu, sa fin et son essence même.
Notre àme est une force enfin de l'univers,
Puissante chez le bon, nulle chez le pervers;
Aux forces, du dehors elle fait équilibre,
Et c'est en ce sens-là, que vraiment l'homme est libre.
Le méchant, au contraire, en qui la tension —
Tonos est le mot grec — cède à la passion,
Est esclave toujours, même au sein des délices.
CATON
Pour ta conclusion j'incline à tes prémisses. Voyons, Démétrius, que lui répondras-tu0
DÉHÉTRIÙS.
Définissons d'abord le sens du mot vertu.
Notre philosophie est, tu le sais, fondée
Sur deux principes : c'est la matière et Vidée ;
La vertu qu'on enchaîne ou qu'on fait prisonnière
A, de la liberté Vidée, et la matière
De cette liberté lui manque dans les fers;
La matière du libre est laissée au pervers;
Mais Vidée est absente; en l'accord du contraire, Tout réside : Le bien el l'utile sont fn Ou ne peut séparer, comme voudrai! Platon, — Puisse me pardonner son grand ami Caton ! — Esprit et corps, ou bien matière, intelligence. Leur union vivante est de L'homme l'essence. On ne saurait donc dire, avec quelque raison, Que Ton puisse être libre en étant en {triton, Car le corps est captif.
CATON
Ta répartie est fine, Mais la subtilité pour moi trop y domine. Connue Apollonidès, je le dis : le méchant Est esclave, du vice esclave, ou du penchant Mauvais qui le tourmente et qui le tyrannj J'admire de César le génie et méprisa
: Le plus grand, c'est son ambition ; ! si son esclavage; oui, toute passion. Comme un autre tyran, quand elle règne, opprime. nu ne s'affranchit pas, mais on sert par le crime, ni. sert ce qui subjugue, et notre cœur dompté
Par une passion n'a plu- de liberté.
nui, César est esclave en opprimant les borna Mais, quoi que le portique en dise, nous le sommes,
Nous aussi, c'esl trop M'ai. Je n'ai point accepté
iciens l'axiome vantéj Qu'esclave dans le l'ait, on peut, par la peu» Etre libre : maxime à mes veux peu -ennui, moi je serais libre, alors qu'il me faudrait,
-ar, mon vainqueur, attendre mon arrêt!
Frappé par ses Licteurs, ou recevant n De lui, je serais Libre! ah I non, quoi que l'on