QUATRIÈME PARI IE
CES \i:.
Tu sais tempérer la critique Et louer finement. Tu viens de prononcer Deux mots : Attique el Rome, ils donnent à penser. Je trouve qu'en dépil de mérites bien rares, J'en connais près d'ici... Nous sommes des barbares Comparés à ces Grecs, fleur du jénie humain.
CICÉRON
Il ne faut pas au Grec immoler le Romain.
Non, mais tu conviendras avec moi que la Grèce, Du langage et du goût fut toujours la maîtresse. Elle est exquise en tout, et notre urbanité, A Yatticisme grec le cède en vérité.
Ce tour facile, heureux, qui semble négligence, Et trouve, sans effort, la suprême élégance, Cet art qui se dérobe et que Ton sent si bien, Ces mots harmonieux, unis par un lien Imperceptible et fort, la phrase cadencée, Pourtant libre, en l'ornant, laissant voir la pensée, Qui fait qu'on n'est jamais surpris, toujours charmé, C'est la grâce, la fleur, comme ils disent Y acmé. Car il faut emprunter à leur langue divine, Ce que ne traduit pas la parole latine. Toi-même, tu le sais, toi-même en écrivant, Sur la philosophie, oui, tu le dis souvent, Que nulle expression latine ne peut rendre Le mot grec, tu te sers du grec pour faire entendre, A nos grossiers Romains des Grecs ingénieux Les arguments subtils et parfois captieux.
364 I ÉSAR.
Cest beaucoup pour ma cause, el ces Grecs que je vante, Qu'ils puissent enrichir ta parole savante,
CICÉROX.
1! est vrai que les Gr» s sont nos maîtres en tout; Ils nous ont enseigné le vrai beau, i it ;
Mais notre UU 3 vertus,
Qu'elle est austère et -rave, écrite par Bru tus! Elle est un instrument de force, elle respire Je ne sais quoi d'auguste et qui tient a L'empire, A e titre elle doit. César, te convenir. Mais elle peu! au^si des paroles fournir, Pour un discours hardi, je ne dis pas hostile, Qui...
Pour en revenir, cher Tullius, au style, Le nôtre sur les Grecs s'est tout d'abord formé; Et même avant ce temps par toi si renommé, Pour premier bégaiement notre muse noi Au berceau répéta les chants de sa nourrice. Nos poètes anciens, Actius, Nœvius; Qu'ont-ils fait0 et qu'a fait le vieux PacuviusT Ennuis était Grec, né dans la Campanie, Et ce Lucrèce enfin, dont j'aime le -.'nie, Parce qu'avec ardeur il peint la volupté Et nie en très-beaux vers nuire immortalité, «iuidé par Bmpédocle, il (-hante la nature, En le divinisant il répète Bpicure; Piaute imite . ne les surpasse pas,
Et tout Humain qu'il est, il marche sur leurs pas ;
lire, le poêle aimai. le, lin et tendre,
.le l'ai dit dans m< oi-Ménandre.
Ql \ i 1 ; I i : M I : PARTIE. 365
GICÉRON.
Mais si de l'art des Grecs ils sont tous pénétrés,
Ils trouvent des accents par leur âme inspirés ,
Des accents bien romains : chez eux grecque estl'écorce,
Mais romaine est la sève. On y sent une force
Puissante bien que rude, un cachet tout romain,
Et du peuple vainqueur du monde on voit la main.
Lucrèce aurait mieux fait de laisser Épicure ;
Mais ce qu'il peint en traits si fiers, c'est la nature
Du Latium, il dit les fureurs de nos sens
Avec une ardeur sombre et de tristes accents :
Un Grec n'eût pas connu celte passion triste.
Pour Plaute et pour Térence, en effet, il n'existe
Guère d'autres sujets que des sujets prêtés
Par eux à notre Muse et par elle empruntés.
Mais les mœurs des Romains près des moeurs de la Grèce
S'y montrent. L'Andrienne exprime une tendresse
Chaste, étrangère aux Grecs et d'un charme ingénu ;
Enfin, il est un genre à tes Grecs inconnu :
L'épigramme, chez eux, ce n'est qu'une sentence,
Mais sans trait ; la satire à Rome a pris naissance
Avec notre poète amer Lucilius.
A propos d'épigramme, on dit que Catulus, — Que je pourrais citer en faveur de ma thèse, — Contre moi s'en permet, et je serais bien aise De les connaître mieux. A table on me lira Celle dont le titre est : César et Mamurra.
Elle est bien impudique et bien injurieuse.
CÉSAIÎ.
Peu m'importe l'injure. Une muse joyeiISA Même lasciye, un peu, pe déplaît pas toujours El délasse L'esprit de plus graves discours. Les n'eus m'eut enchanté. Parmi le bruil des armes, Soufenl de ton esprit j'ai regretté les charmes.
cictno.N.
Mais je voulais aussi... Ce serait te tromper nue de ne pas te dire enfin...
CÉSWï.
Allons souper.