CAS
Moi, jt^ le frappe Au flanc.
QUA r iu i:\ii; par ni:. 397
C kSSIUS.
Je frappe au cœur du traître et je retends Mort à mes pieds.
CIMBER
Et ceux qui n'auront pas le temps De le frapper vivant, lui que chacun abhorre, Sur le cadavre éteint ils frapperont encore.
PLUSIEURS COxNJURÉS.
Que César sente ou non le fer, nous percerons Le corps ou le cadavre.
BRUTUS
Oui, nous le frapperons.
Rome, la liberté, l'avenir le demandent, La vertu le prescrit et les lois le commandent. Vous savez qu'une loi veut que chaque Romain, Sans aucun jugement, punisse de sa main Quiconque ose fonder l'autorité royale : Sa mort est donc selon la coutume légale. Eh bien ! vengeurs des lois et de la liberté, Du juge incorruptible ayons la majesté.
Remplissons gravement notre saint ministère, Exécutons l'arrêt porté, d'une âme austère, Dans le recueillement que donne le bon droit, Impassibles, le cœur ferme et s'il se peut... froid ; Domptant nos sentiments comme ont fait nos ancêtres. Nous sommes à la fois des juges et des prêtres, Car ces deux fonctions, depuis les temps anciens, Furent toujours ensemble aux mains des patriciens. Tous, nous venons de rendre une sentence juste, Nous devons accomplir un sacrifice auguste.
Ce n*est pas meurtre, mais c'est immolation, Non un assassinat, mais une expiation.
Purifions nos murs souillés par un grand crime, Offrons à la patrie une grande victime.
CIMBER à Casslus.
Point d'imprudent courroux.
CASSIUS
Je le maîtriserai.
CIMBER à Brut us.
Point de tristesse au front.
BRDTUS.
Je la renfermerai.
CÉSAR seul, ensuite CALPDRNIB.
Je veux donc être roi; c'en est fait, je vais l'être.
Ma carrière à son terme aussi louche peut-être.
Oui, je serai, ce soir, au faîte parvenu,
Ou bien dans mon -tombeau je serai couché nu.
Je ne veux plus songer à la chance fatale,
La nature t'a fait, César, l'âme royale,
Règne donc. Est-ce en vain que durant tant de jours
Un bonheur merveilleux m'accompagna toujours?
N'est-il pas des destins singuliers et des hommes
Dont le sort est à part? Dans la nuit où nous sommes
Tous se trompent-ils donc quand ils croient voir en moi
Plus qu'un homme ordinaire? Oui, par moment, je croi,
Que César, en effet, sort d'une autre origine
Et qu'en mon sein je porte une essence divine.
Serais- tu dieu, César?.. Mais il n'est pas de dieux...
Pas de dieux habitants de l'Olympe ou des deux,
Dieux à foudre ou trident que le vulgaire adore,
Biais des divinités réelles qu'on ignore.
S'il en était?., si moi?.. Cette nuit, je réi Qu'auprès de Jupiter par les airs j'arrivais, Que je touchais sa main, qu'il me disait : mon frère... Peut-être il est des dieux cachés sur cette terre...
Eh non, je suis un homme usé par des ei Et qui du mal caduc craint d'avoir un ac Car je le sens venir... Ma femme! Calpurnie.
Entre CALPURNIE.
J'observe sur ton front la fièvre, L'insomnie;
Une agitation que je ne vis jamais Altère ton regard, décompose tes traits. Qu'as-tu donc î
césai;.
Je ne sais.
CALPURNIE
Mais tu soutires, te dis-je.
Qu'éprouves-tu, César?
CES AU
Moi, c'est comme un vertige, Je ne suis plus moi-même et tombe à tout moment De l'exaltation dans un abattement Que je n'ai pas connu durant ma vie entière, Je redoute une crise.
CALPURNIE
Écoute ma prière :
Reste dans la maison tout le jour.
césai;.
Je ne puis.
QUATRIEME l'Miïii:. 40]
CALPl RNIE.
Le médecin
te dil
malade.
Je le suis
CALPURNIE
Et puis, si tu savais quelle image odieuse En songe...
Tu n'es pas si superstitieuse D'ordinaire.
CALPURNIE
Oh ! jamais... Dieux ! quel songe effrayant ! Ne va pas au sénat. Ton air est souriant, Mais tout Ion corps frémit...
C'est le mal qui me mine, L'épilepsie; allons, une crise est voisine.
CALPURNIE
Ne va pas au sénat.
Je crois en vérité Qu'il serait mieux... Mais non, pusillanimité! Que dirait-on de moi? que j'ai craint quelque songe.
CALPURNIE
Il en est un, César, qui dans l'effroi me plonge. Je croyais sur mon sein te tenir embrassé, Mais j'avais dans les bras un cadavre glacé.
402 CÉSAJ
césai;.
C'est bizarre!.. Après tout, rêve, vision folle!
CALPURNIE
Si tu vas au sénat, à coup sûr on t'immole.
Brutus attendra bien encore quelque temps; .Mais c'est l'autre Brutus, Décimus que j'entends.
Calpurnle sort.
CÉSAR, DÉCIMl S.
DÉCIMUS
Eh bien! viens-tu, César?
Je ne sais, Calpurnie ..
Un rêve l'épouvante, elle craint pour ma vie. Je ne partage pas ses craintes, seulement Je souffre et sortirai dans un autre moment.
DÉCIMUS
Eh quoi ! César troublé de cette étrange sorte Par des rêves de femme...
Ah ! l'âme la plus forte En de certains instants éprouve malgré soi Comme un pressentiment...
Ql M lillMK PARTI! 103
ni.f.iMi -.
Allons, César, suis-moi. Peux-tu te dispenser au sénat de paraître, Quand tu l'as convoqué?
Je ferais mieux, peut-êlre,
De rester.
DÉCI.UUS.
Mais pour eux ce serait un affront.
Songe à ce que de toi tes ennemis diront.
Comme un sombre nuage a passé sur mon âme; Il se dissipe. Allons...
DÉ CI M US a part.
S'il écoutait sa femme, César nous échappait et tout était perdu.
Au sénat où déjà l'on m'a trop attendu.
APPRÊTS D'UN SACRIFICE SUR LE CHEMIN PAR OU DOIT PASSER CÉSAR POUR SE RENDRE M SÉNAT