‹ CésarChapitre 212 sur 223 · CA · texte numérisé non relu

CA

Moi, le pont Milvius me semble un lieu propice,

Pont à Catilina fun( ste, à son complice

il le sera de même. Une prédiction

Des Étrusques, savante et sage nation,

Annonce qu'en ces lieux, que le vieux Tibre inonde,

Un grand événement affranchira le monde.

PISON

On pourrait au théâtre immoler le tyran, Pour regarder les jeux, assis au premier rang, Et de sa royauté finir la comédie Par un acte vraiment sanglant de tragédie.

MURERA.

Pourquoi chercher si loin? qu'il meure en sa maison; Allons à son foyer punir la trahison.

Oui, la voie où César-habité a nom sacrée, Elle sera deux fois, s'il y meurt, consacrée.

CIMBER

Ces plans-là peuvent plaire et tous me conviendraient, Si nous étions plus sûrs de la plèbe. A regret, Je le dis, sa faveur est pour nous incertaine, Elle va de l'amour de César à la haine De ce vieux nom de roi que César veut porter. Nous pouvons échouer près d'elle ou l'emporter; D'un moment, d'un discours, tout dépendra peut-être, Car la plèbe, au hasard, prend ou renverse un maître.

- ES \i;

Dans le doute, je crois plus sur de le frapper En un lieu moins ouvert, qu'on puisse envelopper De dos gladiateurs, ceux du moins dont dispose Décimas, et qu'afin de servir non»- cause, Il a su dès longtemps choisir et rassembler.

CASSIUS

Pour moi, de Décimus, à franchement parler, Je ne comprends pas bien l'incertaine conduite, Lui, l'ami de César et toujours à sa suite. Qui peut nous garantir qu'à ce dernier moment, Il ne marchera pas selon l'événement?

BRUTUS

Cassius, des soupçons, eneor !

DÉCIMUS

Laisse-le dire.

Pour dissiper son doute un seul mot va suffire. Qui vous répond de moi? dit-il... Mon intérêt. Décimus a servi César, le servirait Peut-être encor longtemps. Je suis, je le conl Un homme riche, aimant les plaisirs, la mollesse; Mais qu'attendre aujourd'hui de César s'il est roi? Il n'aura plus besoin de ses amis, de moi. Puissant, on ne fait rien pour des amitiés sûres, On veut dans d'autres rangs gagner des créatures.

CASSIUS

Avouer ces calculs !

DÉCIMUS

Pour vous convaincre bien Qu'on peut compter sur moi, je n'ai que ce moyen. C'est en changeant d'amis qu'on fixe la fortune.

QUAI liil-.M i: PARTIE. 399

CASSIUS

Cette sagesse est basse.

CIMBER

Elle est assez commune.

DÊCIMUS.

Contre les partisans de César, ses licteurs, Vous vous trouverez bieo de mes gladiateurs. Ne les refusez pas, si vous voulez m'en croire.

CIMBER

Non, ne refusez pas ce qu'il olîre aujourd'hui, Il est sincère au moins, l'on peut compter sur lui.

pi s ON.

Et que redoutez-vous de la plèbe insensée, En tout temps par César sagement caressée, Et qu'on voit aujourd'hui prête à l'abandonner? Elle reçoit un maître et n'en sait pas donner.

CIMBER

Des conspirations, moi, j'ai fait une étude;

On ne peut estimer trop bas la multitude,

Ni trop la craindre. — Il faut l'avoir le premier jour,

On s'en passe plus tard; chaque chose a son tour.

Ainsi donc, mes amis, je juge plus habile

De choisir quelque endroit dans le sein de la ville,

Où nous puissions frapper la victime entre nous,

Sans qu'on vienne arrêter ou suspendre nos coups.

Loin d'un peuple indécis, pendant une séance

Du sénat.

PISON

Ce sénat, qui lâchement l'encensa

Et de titres nouveaux chaque jour lui fait don.

CASSII

Aujourd'hui la bassesse et demain l'abandon.

MIRK.XA.

Ils se lèveront tous et viendront le défendre.

CASSIUS

Le sénat le verra tuer sans taire entendre lu mot. — Il l'a blessé tout en L'avilissant Ils se traînent aux pieds de César tout puissant, Ils fouleront aux pieds César tombé; le lâche Est un faible roseau, le moindre vent l'arrache. El qui prend son appui dans la sénilité Est au premier revers avec elle emporté. Qui sont le plus souvent des traîtres? les timides. Mus à quand le grand coup?

CIMBER

Vous le savez, aux ides De mars se fait des jeux la célébration, El h- sénat s'assemble, en cette occasion, Tout près,' dans la curie.

PIS ON

Oui, celle de Pompée.

La victime doit ôtre en ce lieu-là frappée. Et devant sa statue, immolé par nos mains, César tomber aux pieds du dernier des Romains.

QU\ ÏT.IIMK PARTIE. 386

C \ssius.

il n'est pas le dernier. Est-ce aux mânes d'un homme Qu'on immole César? Non, aux mânes de Elomel

CASCA

Quel autre criminel doit mourir avec lui?

CASSIUS

Antoine.

CASCA

Et puis?

CASSIUS

Lépide. Antoine est son appui.

Lépide est un de ceux que toute tyrannie Trouve à son gré flexible, à son désir manie, De qui la complaisante et molle lâcheté Ne reculerait pas devant la cruauté.

Que de deux scélérats le peuple se délivre, Quand le maître est atteint le serviteur doit suivre.

BRUTUS

Épargnons-les ; tous deux, lui mort, sont sans danger. Nul de nous ne ressent le besoin d'égorger : Nous ne devons frapper qu'un coup grand, nécessaire, Et n'avons que César ici pour adversaire; Car kii seul peut régner. Pour le salut romain, Gardons-nous bien surtout de rouvrir le chemin Vers les proscriptions; car dans cette carrière Si l'on entre on ne peut retourner en arrière.

CASSIUS

Mais Antoine pourra nous gêner.

I ÊSAR.

rRÉBONIl s.

J'aurai soin De retenii i besoin

Que «Je L'entretenir de sujets très-profanes Qu'il aime, de banquets, de jeux, de courtisanes.

CASSIUS

Tout est donc arrêté, le jour, l'heure et le lieu,

CASCA

Que les dieux maintenant...

CASSIl 3.

Je n'invoque aucun dieu.

Vous le savez, je suis partisan d'Épicure.

bru tu s.

Non, un vrai stoïcien de cœur et par nature.

CASSIUS

Je ne croi> pas aux dieux, je crois à l'homme, à nous; Je crois à la vengeance, à la haine, au courroux; Car ces divinités, je les sens dans mon Ame: I/approche du péril la réjouit, l'enflamme. Nous verrons donc César à nos pieds renversé, De nos poignards vengeurs en cent endroits percé; Car, de peur que vivant à nos coups il n'échappe, Nous le frapperons tous.

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