PREMIERE PARTIE
CATON
Le vainqueur de Tigrane a de tels sentiments!
LUCULLUS
Que veux-tu? j'aime mieux en bataille rangée Affronter l'ennemi qu'une plèbe enragée.
L'AMI DE LUCULLUS
Ce sont combats sans gloire où notre dignité Souffre inutilement.
Souffrir pour l'équité Est toujours glorieux, le bruit n'est pas la gloire, Un honorable affront vaut mieux qu'une victoire.
Pompée parait dans la tribune à côté de César. CÉSAR.
Romains, nos ennemis qui se sont emportés,
Vous venez de le voir, à des témérités,
Vous pourriez les punir, il vaut mieux faire grâce.
CATON
C'esl à toi seul qu'il faut, factieux, qu'on la fasse.
CÉSAR montrant Pompée à côté de lui dans la tribune.
Voilà l'heureux vainqueur de l'Orient, celui
Qui triompha trois fois, le plus grand d'aujourd'hui,
Un général vaillant illustré dans la guerre,
Un grave citoyen que le sénat révère.
Peuple, Pompée aussi, Pompée est avec nous.
CATON
Ou plutôt tous les deux s'entendent contre vous.
Ne comprends-tu donc rien, plèbe toujours trompée? L'un fait son instrument de l'autre, et toi, Pompée, Ne saurais-tu donc voir, toi que la vanité Aveugle, en quelles mains, simple, tu tV> jeté ! César à son secours en ce moment t'invoque, Mais de la confiance en lui-même il se moque, V -Tandis ton rival par débonnaireté, Il te fera payer cher ta crédulité.
L'AMI DE LUCULLUS
Ce jugement, Caton, me semble bien sévère.
CATON
Juste, et prochainement s'accomplira, j'espère.
Pompée a de César une autre opinion.
Écoutez-le.
L'AMI DE LUCULLUS
Écoutons, j'ai de L'affection Pour Pompée.
LUCULLUS
Oui, oui, crois dans ce faux honnête bemme Qui se perdra lui-même en voulant perdre Rome.
POMPÉE
Romains, on méconnaît ici deux citoyens
De qui l'amour du peuple a formé les liens.
Vous connaissez mon nom, depuis longtemps; la gloire
A couronné mon front de plus d'une victoire.
Cette gloire, ce nom, vomlrais-je les ternir,
S'il fallait redouter César, le soutenir?
Moi qu'aime le sénat et que le peuple honore
Je vous réponds de lui. Je ferai plus encore,