DEUXIEME PARTIE
CÉSAR s.mi.
Suis- je donc roi?
Déjà des courtisans, quoi sitôt! Ton adore,
Avant que le soleil se lève, son aurore.
Grâce vous soit rendue, ô Pompée, ô Crassus, Sans consulter Caton, d'être vers moi venus; Sans craindre que sa voix tous les trois nous accuse De vouloir quelque jour prendre Rome par ruse.
CRASSUS
Caton est, grâce au Ciel, en Chypre, on l'a placé Loin de Rome, où de lui l'on est débarrassé.
POMPÉE
Moi, j'allais visiter ma province d'Afrique, Et, passant près d'ici, pour la chose publique, Je me suis arrêté.
C'est bien. Nos ennemis Font-ils toujours du bruit au Forum ?
CRASSUS
Endormis Dans ce moment; pour moi, quand ils sont trop sévères, Je jette un gâteau d'or à ces bruyants cerbères.
Et Cicéron? du moins celui-là parle mieux.
134 ( | sA|;
cr \ssrs.
M u- il agi! fort mal, c'esl un homme odieux.
ce s ai;.
; un très-bel espriti
Je l'ai dit, de Pompée,
De toi la confiance en lui sera trompée. i exil par vous il s'est vu rappeler, El ('entre vous d'abord il s'est mis à parler, Car il parle toujours.
césai;.
Ah I c'est là son génie.
CRASSUS
Il veut faire abroger ta loi de Campanie.
Son effet est produit; j'y tiens médiocrement.
CRASSUS
Et ce Vatinius qui fut ton instrument,
Il ose l'attaquer, c'est comme à toi se prendiv.
Il l'attaque à cette heure, il pourra le défendre Plus tard.
POMPÉE
Ah ! Cicéron, il veut être important Et voilà tout. Crassus a dit vrai, mais pourtant Il a dans le sénat appuyé les demau Et d'hommes et d'argent que Ton trouvait bien grandes, La prolongation de ton commandement.
deuxième; partie. iaç
il parle, vous n»)»1/, parfois très-sagement.
CRASSUS
< »ni, mais il a loué Bibulus.
Je pardonne A cet infortuné les louanges qu'on donne. Cependant, il nous faut surveiller Cicéron Et le tenir; il a de l'éloquence, un nom, Il compte; savez-vous, ce que nous devons faire ? Écrivez-lui tous deux que je suis en colère Très-fort, et le voilà tout troublé; c'est un jeu, Car, ma colère au fond, je l'éprouve très-peu. Cicéron nous viendra tôt ou tard, je parie, Il suffira d'un grain d'adroite flatterie. Mais traitons un sujet beaucoup plus sérieux : Il faut que vous soyez consuls.
POMPÉE
Moi, j'aime mieux Vivre dans la retraite encore cette année, De lauriers assez beaux ma tête est couronnée Pour n'être pas pressé d'en cueillir de nouveaux ; On peut se reposer après de tels travaux. Je me plais à jouir du bonheur domestique Avec ta Julia. C'est une femme antique, Adorant son époux, je vis près d'elle heureux.
CRASSUS à César.
De ta fille, on le sait, Pompée est amoureux Et son âme s'endort assoupie et charmée Voluptueusement, près d'une femme aimée ;
136 I l BAR
Suis soin de l'avenir, oubliant l»1 pas Si par sa jeune épouse il est bien car.
\ | art. Haut I « rMM
Julia m'a compris. Mais toi, fais \iolence A ton oisiveté, sois consul.
CRASSUS
L'indolence Est assez de mon goût, quand on a beaucoup d'or On devient paresseux.
En avoir plus encor, N'est-ce rien? obtenir cette riche conquête, Le Parthe...
CRASSUS
Oh ! pour cela, je pars, rien ne m'arrête.
Tu ne peux l'obtenir que par le consulat.
CRASSUS
Eh ! bien, soyons consul et volons au combat.
Mais que Pompée aussi consente, ou bien l'on nomme Domitius.
CRASSUS
Eh! quoi, l'on préfère cet homme Sans gloire à toi, Pompée I
POMPÉE
il esl vrai, ce Bei ail Une indignité. Hume un jour en rougirait.
mi \ m; m i. r ai; riE. 137
Sans doute, mais alors il faut prendre la peine
De te faire nommer, élection certaine Si tu \ru\. Moi je puis de loin te seconder, Toi-même à réussir tu dois aussi t'aider. De l'emporter sur toi, Domitius se vante; Son crédit m'inquiète et son nom m'épouvante, Car ces Domitius sont très-grands.
POMPÉE
L'on verra Ce que c'est quand contre eux Magnus se produira,
Ainsi tous deux consuls pour la prochaine année.
Oui.
CHASSIS
Oui.
C'est une affaire entre nous terminée.
Heureusement pour moi, car ce Domitius Voudrait me rappeler, mais Pompée et Crassus De la sorte avec moi n'agiront pas sans doute.
POMPÉE
Tu resteras cinq ans en Gaule.
CRASSUS
Quoi qu'il coûte D'argent et de soldats pour l'expédition.
13H Ci: .s Al;
CES Mi.
Unis, nous pouvons tout, flânions cette union, Notre triumvirat, comme chacun rappelle, Par de tout différend et de toute querelle, Surtout ayez grand soin toujours de (n'informer indidats qu'il faut que je fasse nommer, offres des Gaulois contiennent des riches! . on peut \ puiser des I Et, par ce moyen-là, mettre dans Les emplois Des magistrats très-sûrs dont nous aurons Les roix. Vous combattrez tous ceux que L'on voudrait élire, A nos conditions s'ils ne veulent souscrire. Moi, je ferai pour vous de même et uns amis Fermeront les abords à tous vos ennemis. Adieu, je m'en vais vaincre Atrébates, Teuctn \ Ussipètes, quels noms! ah! je plains les Homères Qui chanteront un jour en Gaule mes hauts faits; Car comment mettre en vers des noms aussi mal faits?
LÀ BOUTInii: Kl BARBIER DE LA SUBURE
LE BARBIER, LE PROLÉTAIRE, L'AFFR\'n< HI LE BARBIER.
Eh bien ! notre César qui, dans ce voisinage, Faisait, il vous souvient, un mince personnage, Il est devenu grand.
L'AFFRANCHI
Je l'avais pressenti :
infor Les mêmes...
Des gens bien informés m'en avaient averti
LE PROLÉTAIRE
Ton patron, un patricien farouche?
L'AFFRANCHI
Ce que vous entendrez est sorti de sa bouche. Il pense que César... dès lors il devinait Ses talents...
Il" CÉSAR. .
LE PROLÉTAIRI
Ces! beureux.
L'A FF R WCHL
Mon patron -'y connaît, Ses latents dans la guerre et dans la politique... Devient très-dangereux pour la chu-.' publique; Que, si dans ses progrès il n'est pas arrêté C'en est fait pour jamais de noire liberté.
LE PROLETAIRE
Je te conseille, ami, moi, d'arrêter le Tibre (Juand il déborde, et puis, le peuple sera libre Toujours avec César, libre de se nourrir. La grande liberté c'est de ne pas mourir. Avec tes patriciens et leur chose publique Nous crèverions de faim.
LE BARBIER
Argument sans réplique!
LE PROLÉTAIRE
César continuera de marcher son chemin.
L'AFFRANCHI
Peut-être il trouvera dans le sénat romain
Qui fera trébucher un jour le grand coupable... C'est mon patron gui parle.
LE PROLÉTAIRE
Il en est bien capable, Ce sénat, d'égorger l'ami des plébéiens; Mais ils pourraient payer sa mort, tes patriciens.
LE BARBIER
Ne vous querellez point pour choses incertaines.
DEUXIÈM I" PARTIE. 111
LE PROLÉTAIR E.
César en ce moment montre aux aigles romaines Des pays inconnus, de vastes régions, Où n'avaient pas posé le pied nos légions. Il a vaincu d'abord le peuple formidable Des Germains...
L'AFFRANCHI
C'est un crime, un crime impardonnable, D'avoir été chercher parmi leurs bois épais Des peuples qui voulaient avec nous vivre en paix. Ainsi parle Caton.
LE BARBIER
Caton un homme grave.
LE PROLÉTAIRE
l'n ennemi du peuple, il le voudrait esclave.
L'AFFRANCHI
Caton en plein sénat — quand ils ont déclaré, Qu'en l'honneur de César il serait célébré Des actions de grâce aux dieux...
LE PROLÉTAIRE
Dans chaque temple, De supplications vingt jours.
LE BARBIER
C'est sans exemple.
L'AFFRANCHI
Caton, de cette voix forte que vous savez, Leur a dit : par César les dieux furent bravés
142 I ! s AH.
Quand il a, sans motif, fait une guerre injuste. Si vous remerciez les dieux, L'olympe auguste, Que ce soit de n'avoir pas puni les Romains Du crime de César; qu'on le livre aux QertnàittS Pour apaiser l»- ciel et pour faire connaître Qu'à Rome nous savons encor punir un traître.
LE BARBIER
(alun est intraitable.
LE PROLÉTAIRE
Il est fou, ce Caton Finira mal, — César a conquis Albion, En attendant, cette île immense et que du monde Séparait une mer ignorée et profonde.
LE BARBIER
Mais est-ce donc bien sûr?
! K PROLÉTAIRE
Eli I vois dans les journaux V
L'AFFRANCHI
Je n'en crois pas toujours OW iiurnanx.
i - cens bien informés que je connais prétendent
Que celte île n'est pas.
LE PROLÉTAIRE
Leur dire...
L'AI il; \m.iii.
[la le défendent
on -aii que l« Jonm&nx eifstâteni chei !»■- Romain*.