‹ CésarChapitre 82 sur 223 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Pour prix de cent périls à leur profit bravés, Les dédains de ces grands que j'avais tous sauvés. Je cherche, au milieu d'eux je n'aperçois personne Qui veuille franchement le bien, et j'abandonne A mon tour ce parti qui m'avait délaissé. Alors, entre leur perte et la mienne placé, Voyant que les vertus, les lois n'ont plus d'empire, Je change de maxime et j'en viens à me dire Que sans doute il fallait sauver ma dignité, Mais céder, d'autre part, à la nécessité; Ne pas me perdre en vain, pour moi sans avantage, Ni pour l'État. J'adopte un tempérament sage, Ne point sacrifier la patrie à moi... Mais Ne pas trop oublier non plus mes intérêts, Ménager qui peut tout, qui peut servir ou nuire, A qui rien ne résiste ; en un mot me conduire, Suivant les temps fâcheux où nous vivons. Caton, J'ai trouvé ce conseil quelque part dans Platon.

CATON

Les livres, je le sais, font ta philosophie;

Moi, la mienne, consiste à bien régler ma vie.

Quand j'ai vu clairement le chemin du devoir,

J'y marche, et par de là je ne veux plus rien voir.

Des hommes, des partis que fait l'ingratitude?

D'un peuple fatigué que fait la lassitude?

Est-ce pour le succès qu'on est honnête? et rien

Fera-t-il que le bien soit mal et le mal bien?

Que l'avenir inspire espoir ou défiance,

Cela n'a pas à faire avec la conscience.

Mais nul ne veut vraiment la grandeur de l'État,

Mais chacun songe à soi, — que m'importe? Un soldat,

Lorsqu'il voit que l'armée éprouve une défaite,

Doit-il abandonner son poste ou tenir tête

150 < I s A II.

A l'ennemi vainqueur, jusqu'au dernier moment, Et mourir ignoré sur le retranchement?

Rome de Liberté, dit-on, n'est plus capable; S'il en était ainsi, Rome serait coupable. Elle en serait punie et l'aurait méril Mais, faut-il pour cela trahir la liberté 1 Parce qu'autour de moi je la rois menao Est-elle donc moins sainte au fond de ma peni Cest le contraire; et plus je la trouve en danger, Plus je sens qu'il la faut défendre, ou la venger.

In esclave apporte à Cicéron une lettre. L'ESCLAVE.

Une lettre qui vient de Bretagne.

Une lettre 1

A Cafon.

Je te réfuterai plus tard; veux-tu permettre?

CATON

Lis, c'est ton cher César.

CICÉRON

Ah ! véritablement

Vir que tu bais est un homme charmant. Le croirais-tu, de l'île attaquée el surpris Et parmi tous les soins de sa grande entreprise, César, sur Le rivage, au moment de partir, Trouve, il pensait à moi, le temps de [n'avertir De son prochain départ, du succès de ses arn Et quelle attention pour moi plein.' de charnu Mon frère était absent, lui, pour me rassurer 11 m'écrit... c'est touchant.

CATON

Ne vas-tu pas pleurer ?

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