SCÈNE X
CÉSAR, puis GEORGETTE.
CÉSAR
Je suis content... je suis bien content... j'ai fait un bon marché... c'est de l'argent il l'a dit... et je sais bien ce que j'en
ferai... ça sera pour elle.. . (Chantant.) Tra la, la, la.
GEORGETTE, sortant de l'auberge à droite en toilette.
Là!., me voilà belle, j'espère!., (apercevant César qui chante
* Georgettc, César.
t't guidante.) Eh bien ! lo pauvre garçon !.. (L'appelant.) César, qu'est-ce que tu fais là?
Je dansais avec vous, niamzelle, je dansais le dimanche
avec vos beaux habits — mais vous en aurez de plus beaux encore... et toujours., car je suis riche.. .
GEORGETTE
Toi ?
CÉSAIt.
Oui... j'ai de l'argent... j'ai six francs... voyez plutôt...
GEORGETTE
A qui ça?
CÉSAR
A moi!., alors c'est à vous! je vous le donne.
GEORGETTE
Et d'où ça te vient-il?
CÉSAR
Cette pauvre Georgette... est-elle heureuse !... voilà sa fortune faite!
GEORGETTE
D'où ça te vient-il?
CÉSAR
D'un monsieur qui était pâle... qui a dit voilà six francs... non... ce n'était pas lui... sa pauvre tèle n'a pu y résister — je savais si bien.. . je ne sais plus... et ça me fait mal à chercher.
GEORGETTE
Eh bien ! ne cherche pas!., ça n'en vaut pas la peine!
CÉSAR, riant. Si... si... si. . il disait: « Monsieur le marquis... monsieur le marquis. »
GEORGETTE
A qui?
CÉSAR
A moi ! . . monsieur le marquis !
GEORGETTE
Mon pauvre garçon — il voulait se moquer de toi... c'est ce qu'ils font tous dans ce village, et c'est bien mal.
CÉSAR
Ah ! quand ou dit à quelqu'un monsieur le marquis... on se moque de lui !.
GEORGETTE
A quelqu'un comme toi, oui, vraiment.
CÉSAR
Eh bien! qu'ils y reviennent... je les arrangerai joliment!...
le premier qui "m'appelle monsieur le marquis, je lui donne un coup de poing.
GCORGETTE.
Encore une bataille !.. qu'il ne soit plus question de cela !
CÉSAR
Oui, mamzelle.
Je te défends d'y penser.
CÉSAR
Oui, mamzelle.
GEORGETTE
Surtout d'en parler à personne.
CÉSAR
Oui, mamzelle.
GEORGETTE
Ou sinon je mefàclie.
CÉSAR
Je n'en dirai plus un mot... pas un seul... parce que vous, je vous crois... je n'avais que deux amis au monde... ce pauvre Dragon!., et puis vous. ..vous surtout... mamzelle Geoigctte... je ne \ous quitterai pas... je vous suivrai partout. . vous me battriez... vous me diriez : Va-t'en ! que je reviendrais encore pour que vous me battiez... si ça vous faisait plaisir... à moi du moins ça m'en ferait... tenez, battez-moi, battez-moi.
GEORGETTE
C'est étonnant, César... sais-tu que voilà quatre ou cinq pbrases de suite... et que quand tu es seul avec moi... ou que tu parles de moi... tu as presque toujours des idées très-raisonnables?
CÉSAR
Vous dites ça pour rire.
GEORGETTE
Je l'ai déjà remarqué.
CÉSAR
Je suis pourtant, comme ils disent tous, le chien du château,
Tu en as du moins les bonne.1; qualités.
Ain : De la ville et du village.
L'attachement et la fulclitc, Un dévouement que rien n'arrête.
Ah ! tu pourrais en tirer vanité.
Ils ont heau dire : c'est une bêle !
Si , pour l'esprit de ces gcns-lh, Tu devais par un sort étrange, Troquer, helas ! c1 que le ciel te donna, Sois sûr que in perdrais au change.
CES vu , voulant toujours parier.
Oui... et les six francs... n'est-ce pas.' les six francs...
GEOKGETTE , lui imposant silence.
Tais-toi !.. tais-toi! . c'est madame la comtess<\