‹ César; ou, Le chien du château, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 7 sur 29 · LA COMTESSE , LE CHEVALIER, LE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LA COMTESSE , LE CHEVALIER, LE GÉNÉRAL

LE CHEVALIER, regardant dans la coulisse à gauche. E.'mais j'aperçois un groupe d'officiers.

LA COMTESSE

C'est ce que m'annonçait monsieur Sauvageot, l'épicier.. . c'est mon horrible général.

LE CHEVALIER

Le général Grandchamp.

LA COMTESSE, bas au chevalier, avec dédain. A ous connaissez cela, chevalier ?

LE CUEVALIER.

J'ai eu l'honneur de faire sous ses ordres la campagne d'Allemagne.

LA COMTESSE, de même.

Vous avez pu lui obéir!

LE CHEVALIER

C'était mon supérieur.

LA COMTESSE

Ah ! fi ! j'en rougis pour vous.

LE GÉNÉRAL, suivi de deux officiers, entre par la gauche, à la can-

tonnade.

Je ne garderai ici qu'un faible détachement pour la correspondance ; que le reste de la troupe soit cantonné dans les villages des environs. Les soldats seront nourris par les habitans ; mais pas de désordre, pas de pillage , j'ai des raisons pour que le pays soit bien traité... et quant aux officiers, ils viendront demain dîner avec moi au château.

LA COMTESSE

Dieu me pardonne! c'est chez moi qu'il les invite.

C'est là mon quartier général, c'est là qu'habile ma famille.

* La comtesse, le chevalier, le gênerai.

LA COMTESSE, à demi-voix.

Insolent !

LE GÉNÉRAL

Qu'y a-t-il ? {Apercevant le chevalier qui s'avance.) Eh ! c'est le capitaine Neuillac !

LE CHEVALIER*

Moi-même , général.... qui suis ici avec une parente à moi.

LE GÉNÉRAL

Je lui fais compliment.... elle a un brave dans sa famille.... (S'avunçant vers la comtesse.) Salut et fraternité. LA COMTESSE, à part.

Quel ton! quelles manières! {Le regardant.) Eh! mais je connais cette figure-là... je l'ai vue ici autrefois, chez mon frère.

LE GÉNÉRAL

C'est vrai... portant déjà le fusil... une bonne habitude qu'on ne peut pas prendre de trop bonne heure.

LA COMTESSE

Eh ! oui... vraiment, je ne me trompe pas, c'est lui. GEORGETTE, rentrant, à part.

Maintenant le voilà dans son chemin. {Elle voit le général , pousse un c/v, et court à lui. ) Mon oncle Mathieu Grandchamp !

Le garde-chasse ?

LE GÉNÉRAL **

Lui-même... qui depuis cinq ans a tiré autre chose que des lièvres... n'est-ce pas, capitaine?

GEORGETTE

Mon oncle, mon cher oncle, c'est vous que je revois... et avec des épaulettes !

LE GÉNÉRAL

Que je n'ai pas volées, je te le jure... Pas plus fier pour ça; et malgré mon rang... {s' avançant vers la comtesse) touchez là, citoyenne.

LA COMTESSE

A qui parlez-vous ? Je suis comtesse de Caradec.

LE GÉNÉRAL

Allons donc!., il n'y a plus de comtesse : nous avons supprimé ces babioles-là .

* La comtesse, le chevalier, le gênerai. ** Le chevalier, la comtesse, Georgettc, le général.

LA COMTESSE

En vérité! et moi. je regarde connue non avenu tout ce que vous avez fait.

LE GÉNÉRAL

Tant pis pour vous, car nous avons fait de belles choses.

Oui, un beau gâchis, dont vous vous tirerez si vous pouvez.

LE GÉNÉRAL

Nous n'irons pas chercher l'étranger pour ça.

LE CHEVALIER

Général, c'est nia cousine.

LE GÉNÉRAL

C'est vrai... ce n'est pas ta faute, et je te plains.

LA COMTESSE, avec colïrc.

Je crois qu'il me prend en compassion !

LE CHEVALIER, la morféraut.

Madame, au nom du ciel!

LE GÉNÉRAL

Il y a comme ça dans les familles des gens qui déraisonnent et qui vous font du tort ; ce n'est pas comme chez nous, ma petite Georgette... en v'ià une qui ne rougit pas de son oncle.

GEORGETTE

Bien du contraire... je n'en peux pas revenir.

LE GÉNÉRAL

C'est comme moi, mon enfant, j'ai cru que je n'en reviendrais pas... et pourtant me voilà, parti le sac sur le dos et aujourd'hui général de brigade.

LA COMTESSE

Voilà maintenant comme on donne les grades.

LE GÉNÉRAL

On ne les donne plus, on les gagne.

C'est-à-dire que le premier venu... c'est absurde... jadis on les achetait avec de l'or.

LE GÉNÉRAL

Aujourd'hui c'est plus cher... [A Geurget/e.) Oui, mon enfant, le canon m'a poussé ou plutôt, il a abattu les autres.... d'autres qui valaient mieux que moi... mais que veux-tu? le canon , c'est comme bien des gens, ça ne raisonne pas. . et quand toute la France se leva pour résister à l'Europe en armes, decinquante que nous étions en quittant le pays, je suis resté seul. . . seul debout. .. je n'ai pas été tué... ce n'est pas ma faute.

LE CHEVALIER

Oui, général, j'en suis témoin !

LE GÉNÉRAL

Alors je me suis trouvé tout de suite un ancien, et on m'a mis à la tête des conscrits qui arrivaient pour leur montrer le chemin, ce que j'ai fait morbleu... et pour cela il ne fallait pas rester en arrière... comprends-tu ?

GEORGETTE

Oui, mon oncle.

LE GÉNÉRAL

De tout ce temps-là jene t'aipas écrit, parce que nous n'arrêtions jamais... et puis pour d'autres raisons encore que je te dirai plus tard... mais j'avais toujours peur de ne plus t'embrasser, de ne plus revoir le pays ; aussi lorsqu'on m'a envoyé ici avec le général Hoche, tu juges si je suis parti avec joie ! Depuis un mois, je m'en vante, ma division n'a pas tiré un coup de 'fusil. Dès qu'on apercevait de loin quelque rassemblement, quelques paysans en armes, j'allais à eux...

An : Patrie, honneur.

Amis, c'est moi, c'est un de vos pays,

Mathieu GrancLhamp, autrefois garde-chasse ,

Il est pour vous ce qu'il était jadis...

Allons, la main... et jetez la, de grâce,

Ce lourd fusil faifpour embarrasser,

C'est trop gênant quand on veut s'embrasser.

Ce lourd fusil doit vous embarrasser,

Car c'est gênant, quand on veut s'embrasser.

Et ils jetaient leurs fusils, et ils m'embrassaient... Voilà, depuis un mois, comment j'ai fait la guerre.

LA COMTESSE

Il y a du bon dans cet homme-là !

LE CHEVALIER

Je vous le disais bien.

LE GÉNÉRAL

Et toi, ma Georgette,ma petite nièce, depuisla mort démon pauvre frère?..

GEORGETTE

Les temps ont été durs, mon oncle; j'ai bien souffert.... mais voilà de meilleurs jours qui reviennent... vous voilà !

LE GÉNÉRAL

Je ne t'apporte pas d'écus, je n'en ai pas. Moi et mes soldats n'étions pas même payés tous les jours... rien sur soi.... pas de bagage inutile... c'est pour ça que nous allions si vite... mais patience, les finances de l'état remonteront et les nôtres aussi.

georgette.

Je n'ai besoin de rien, madame m'a donné une place an château, celle île mon père.

LE GÉNÉRAL

En v cri té !

(;eorgette.

Et je ne suis pas la seule qui s'aperçoive de son arrivée... elle vient d'envoyer de l'argent à tous les pauvres du village.

LE GÉNÉRAL

Il y a du bon dans cotte femme-là. .. quoique ci-devant. .. si elle raisonne mal, elle agit bien... (fdllarit à elle. ) Vous ne m'en voulez pas, citoyenne, si je viens m'établir ainsi chez vous avec mon état-major... ça ne vous gênera pas trop... le château est grand, je le connais; je vous dirais même, ainsi qu'au capitaine, dînez-vous avec nous?

LA COMTESSE , avec indignation.

Moi!..

LE CHEVALIER, à demi-voix.

Ma cousine...

LE GÉNÉRAL

Mais je vous vois en insurrection à l'idée seule d'admettre à votre table un homme cjui a été garde-chaise. LA COMTESSE, se conti Clignant .

Je ne m'en souviens plus en le voyant général !

LE GÉNÉRAL

C'est juste : le feu purifie tout... Georgelte, je t'invite aussi.

Mais, mon oncle ! .

LE GÉNÉRAL

Je le veux, à côté de moi. . . il serait beau que l'oncle fut à table et la nièce derrière.

GEORGETTE, à la comtesse.

Le permettez-vous, madame ?

LV COMTESSE

Ce n'est pas moi, c'est monsieur qui commande.

LE GÉNÉRAL

Et l'on s'en apercevra, car tout ira rondement... En avant marche, va te faire belle... moi, je ne serais pas fâché de me reposer un instant dans mon logement.

LE CHEVALIER

C'est très-facile.

LE GÉNÉRAL

prèseela, et avant dîner, j'irai faire un tour de parc, afin oirsi les lièvres me reconnaissent.

Air de contre-danse .

Ah ! ne vous dérangez pas, Point de façons, je vous prie.

LA COMTESSE

Il ne m'offre pas son bras.

LE CHEVALIER

Il est sans cérémonie.

De me complaire assurément II ne prend nulle inquiétude.

Le voila qui marche en avant.

LE CHEVALIER

De nos soldats c'est l'habitude.

ENSEMBLE

LA COMTESSE

Ali ! je ne m'attendais pas A tant de discourtoisie ; Il ne m'offre pas son bras, Il est sans cérémonie.

LE CHEVALIER

Il faut l'excuser, hélas !

II est sans cérémonie :

A la guerre on n'apprend pas

Les lois de la courtoisie.

LE GÉNÉRAL

Ah ! ne vous dérangez pas, Point de façons, je vous prie, Nous n'avons, entre soldats, Jamais de cérémonie.

GEORGETTE

Le général ne veut pas Qu'on fass' de cérémonie ; Combien d' gens, en pareil cas, N'auraient pas tant d1 modestie !

( Le général est entré le premier et seul dans le château. La comtesse et le chevalier y entrent après lui. Georgette reste seule sur la scène. Elle va pour entrer dans l'auberge au moment oit Desrosiers en soit.

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