SCÈNE V
Les Prrcédens, CESAR, tenant un paquet . Il entre par la dernière coulisse à gauche de l'acteur.
CES Ml, à Li cunlonnade et menaçant du poing. Ah! ben!.. ah! ben!.. ah! ben!.. reviens-y encore!., reviens-y toucher... alilben!.. ah ! ben!..
GEORGETTE , l'appelant.
César !.. ici , César !.. {César se tait sur-le-champ et s'approche de Georgetlc en baissant la tête.) Voyez un peu dans quel état... je n'ai pu le décider à quitter ce vilain habit... Ici !.. D'où venez-vous comme ça ?
CÉSAR , montrant le paquet qu'il tient. Voilà !
GEORGETTE
C'est ma robe neuve pour dimanche...
CÉSAR , riant.
Ah!., dansée... ah! ah! la musette... et puis en rond... {Chantant un air hébété.) Tra la, la, la, la... GEORGETTE.
Oui , ma robe pour danser demain dimanche ; et tu viens de chez la couturière, à l'autre bout du village ? CÉSAR, prenant un air méchant.
Ah ! ben !.. ah ! ben !.. trois... trois grands... ils étaient là... ils ont voulu me l'arracher...
GEOttGETTE.
C'était bien mal !
CÉSAR
Ah! si Dragon avait été là... {Otant son chapeau.) Mon pauvre
Dragon ! il n'aboie plus. .. moi bien chaud dans sa niche... et.
lui... lui... ah!c'étaitlà un ami... oui... oui... un ami... et le
plus honnête homme que j'aie connu... et vous aussi pas vrai?
GEORGETTE
Certainement... mais ces trois villageois qui t'ont attaqué?..
CÉSAR
Oùçù?..
GEORGETTE Le paquet qu'ils voulaient prendre?..
césar , vivement.
Ah bon!., c'est ;i Georgette, que j'ai dit. . . et ils le tiraient... et je tenais ferme... et des coups de pieds... (Riant.) Ah ! ah ! voilà le petit par terre... voyez-vous?., voyez-vous?.. (Riant.) Ah ! ah ! ah !
GEORGETTE
Mais les deux autres ?..
CÉSAR
A moi ! Dragon... à moi !.. Dragon n'est pas venu... ils m'ont renversé...
GEORGETTE
Mon pauvre César !
CÉSAR
Rien... rien... je ne sentais rien... mais le grand qui me tenait sous les pieds... avait pris le paquet... (luisant le signe de mordre.) Hein!., un bon coup de dent... dans le mollet... comme Dragon... (Poussant un cri.) Ah! il a crié... lâché la robe à Georgette que j'ai prise... Me relever... courir... courir comme Dragon... et voilà... tenez...
GEORGETTE
Et dans un joli état encore... toute en lambeaux !
CÉSAR
Oh ! y a tout !.. et vous êtes contente , n'est-ce pas ?.. elle est bien contente parce qu'elle a sa robe...
Ah ! tu avais raison!., il fait bien les commissions.
GEORGETTE
Dam!., il fait de son mieux... et d'autres plus habiles ne s'en seraient peut-être pas si bien tirés... (Le flattant.) Bien, César... bien, mon garçon.
CÉSAR, à part, avec joie.
Elle est contente !
GEORGETTE
Mais salue donc madame la comtesse.
CÉSAR, passant à la droite de Georgette*. Pourquoi faire ?
GEORGETTE
C'est désormais ta maîtresse...
* César, Georgette, la comtesse, le chevalier.
CÉSAR
Ma maîtresse!., nia maîtresse... (tnoniïaiitGeorgetté)\a. voilà!
GEORGETTE
Oui... c'est la mienne aussi... alors...
CÉSAR
Alors, quoi ?
GEORGETTE
Tu ne pourrais pas comprendre... mais je l'ordoniu:... entends-tu bien? je t'ordonne d'obéir toujours et en tout point à madame la comtesse.
CÉSAR
Oui... mais elle ne sera pas ma maîtresse. LE CHEVALIER, riunt.
Non, vraiment... voilà un point convenu et arrêté... {Allant à César*.) [Maintenant, mon pauvre garçon , tâciie de te rappeler les souvenus, et explique-nous un peu comment tu es venu ici.
CÉSAR
Comment?..
TOCS.
Oui, comment?
CÉSAR
Oh ! dam ! . . j'avais bien froid. . .
LA COMTESSE
Et où étais-tu ?
La pluie tombait.
D'où venais-tu ?
CESAR
GEORGETTE
CESAR
La pluie tombait.
LE CHEVALIER, avec un peu d'impatience.
Mais où allais-tu?
Ah! ils venaient de m'ôler mon ami... mon seul ami... était ce Dragon?., non, non, pas lui... un anlre...
( 11 cherche en rêvant, j
GEORGETTE, à i/emi-voiv, au clicvalier qui veut presser César.
Laissez-le... il est dans un bon moment. césar, vivement.
Ah!., ah!., voyez-vous au milieu de la nuit?.. v'Ià le château qui était illuminé... ouvrez, ouvrez... donnez-moi à manger.... car ils mangeaient... et j'avais faim. .. Va-t'en... inen-
*Gcoi'gctte, César, le chevalier, la comtesse.
diant... va-tVn... et on me nul à la porte do la salle à manger... moi qui avais faim... (A la comtesse.) Ca vous est— il arrivé quelquefois, madame la comtesse?
LA COMTESSE
Pauvre idiot!
CÉSAR
Tout seul dans la cour... la pluie tombait... la pluie tombait toujours... (hiulii/tt te bruit de lu pluie.) Zi, zi, zi. (Tristement.) Personne qui ait pilié de moi!., pas un ami qui me parle! {Vioement.) Si... si... en voilà Un qui aboie... il me caresse... il me réchauffe... il me lèche les mains... Ah! c'est loi, pauvre Dragon ! il n'est pas fier, celui-là... il me reçoit chez lui... il a tout partagé avec moi .. et puis après ça rien ne m'a manqué... rien !.. Qu'est-ce que vous me demandez maintenant? georgette.
Puisqu'aujourd'liui tu es bien gentil, je te demande de dire à madame la comtesse, comment tuas sauvé le châlem... Car c'est à lui que vous le devez, c'est lui qui l'a sauvé... Ce jour où Dragon t'a réveillé en sursaut... tu sais bien?
Oui, je l'entends qui me dit à demi-voix : {ahoyunt sourdement) Ouab, ouab, ouab!... je me réveille, et je lui réponds naturellement : Quoi? quoi '... pour lui dire qu'est-ce que c'est? Il me répète : Ouab, ouab, ouab... d'une manière... oh ! mais d'une manière...
GEORGETTE
Ce qui te fit comprendre qu'il y avait quelque chose d'extraordinaire.
CÉSAR, gionclant toujours.
Ouab, ouab !
GEORGETTE
Des voleurs qui voulaient mettre le feu au château. CÉSAR.
Oui, oui... sorti delà loge... à moi, Dragon!.. Je tombe sur eux avec un gros bâton... et l'autre... il mordait, déchirait, me criait courage! fAboyant.\ Ouab, ouab, ouab!... Ah! comme il aboyait!., et cette cloche que je sonnais... dan... dan... dan... c'était un ta page... voilà tout le village qui arrive, mais c'était fini... plus personne... ils s'étaient sauvés.
GEORGETTE
A vous la victoire!
CÉSAR, tristement.
Ah! oui... la victoire!., la victoire!., mais Dragon était blesssé...dam !.. il était vieux, le pauvre Dragon... il est mort
dans mes bras. . . et je suis seul dans sa lo^e, qui est bien grande, bien grande pour un...
Georgette a raison, c'est à lui que vous devez ce cbàleau.... sans lui il était pillé, incendié.
LA COMTESSE
Oui, s'il n'a pas d'esprit, il a du cœur, et je lui accorderai tout ce qu'il nie demandera.
GEORGETTE, à Césa>' qui s'est éloigné.
Il ne demande qu'à rester ici, n'est-ce pas, César?
CÉSAR
Oui, manuelle.
GEORGETTE
A garder le château.
CÉSAn.
Oui, manuelle.
GEORGETTE*
A faire les commissions, toutes les commissions, et vous pouvez compter sur sa fidélité et son exactitude.
LA COMTESSE
A la bonne heure ! je l'emploierai dès aujourd'hui. On dit que l'ancien curé existe encore.
GEORGETTE
Oui, madame ; il s'est caché pendant long-temps, mais maintenant qu'd peut se montrer, il demeure près de l'église, chez la mère Clôt, la maison verte... tu sais.
CÉSAR
Oui, manuelle.
LA COMTESSE
Fais-lui porter cette lettre et cet or, pour qu'il le distribue aux pauvres et aux malades de la commune. GEORGETTE, à César.
Entends-tu bien?
CÉSAR
Des pauvres, des malades... y en a.
LA COMTESSE
Et s'il juge à propos de t'envoyer chez eux, tu irdS.
CÉSAR, d'un air hébété.
Comment ça .'
GEORGETTE
Je vais lui expliquer...
( Pcmlant qu'elle lui pade bas on entend uuc musique militaire.) CÉSAR.
Ecoutez donc. . . écoulez donc. , . des soldais qui arrivent.
' Ccsar, Georgctlc, la comtesse, le chevalier.
GEORGETTE
Que t'importe? Fais ce que je te dis, et de peur que lu ne te trompes, je vais te mettre dans ton clieinin.
CÉSAR
Oui.mamzelle... c'est gentil tout de même lessoldats qui vont avec de la musique.
(11 soit avec Gcorgctte par la coulisse à droite, entre le cliàteau et l'auberge, en allant au pas sur la marche militaire «jni se fait entendre.)