ACTE I, SCÈNE VI
m'a envoyé ici avec le général Hoche, tu juges si je suis parti avec joie ! Depuis un mois, je m'en van le, ma division n'a pas tiré un coup de fusil. Dès qu'on apercevait de loin quelque rassemblement, quelques paysans en armes, j'allaisà eux...
Ami:
Air: Pairie, honneur.
c'est moi, c'est un de vos pays,
Mathieu Grandchamp, autrefois garde-chasse;
II est pour vous ce qu'il était jadis...
Allons, la main .. et jetez là, de grâce,
Ce lourd fusil fait pour embarrasser;
C'est trop gênant quand on veut s'embrasser.
Ce lourd fusil doit vous embarrasser,
C'est trop gênant quand on veut s'embrasser.
Et ils jetaient leurs fusils, et ils m'embrassaient. Voilà, depuis un mois, comment j'ai fait la guerre.
LA COMTESSE
Il y a du bon dans cette homme-là !
LE CHEVALIER
Je vous le disais bien.
LE GÉNÉRAL
Et toi, ma Georgette, ma petite nièce, depuis la mort de mon pauvre frère...
GEORGETTE
Les temps ont été durs, mon oncle ; j'ai bien souffert... mais voilà de meilleurs jours qui reviennent... vousvoilà!
LE GÉNÉRAL
Je ne t'apporte pas d'écus, je n'en ai pas. Moi et mes soldats n'étions pas même payés tous les jours... Rien sur soi... pas de bagage inutile... c'est pour ça que nous allions si vite... Mais patience ! les finances de l'Etat remonteront et les nôtres aussi.
Je n'ai besoin de rien ; madame m'a donné une place au château, celle de mon père.
LE GÉNÉRAL
En vérité !
GEORGETTE
Et je ne suis pas la seule qui s'aperçoive de son arrivée... elle vient d'envoyer de l'argent à tous les pauvres du village.
LE GÉNÉRAL
Il y a du bon dans cette femme-là... quoique ci-devant... Si elle raisonne mal, elle agit bien., (allant à elle.)Vous ne m'en voulez pas, citoyenne, si je viens m'établir ainsi chez vous avec mon état-major... ça ne vous gênera pas trop.. Le château est grand, je le connais ; je vous dirais même, ainsi qu'au capitaine : dinez-vous avec nous?
LA COMTESSE, avec indignation.
Moi!
LE CHEVALIER, à demi-voix.
Ma cousine...
LE GÉNÉRAL
Mais je vous vois en insurrection à l'idée seule
d'admettre à votre table un homme qui a été garde-chasse.
LA COMTESSE, se contraignant.
Je ne m'en souviens plus en le voyant général.
LE GÉNÉRAL
C'est juste : le feu purifie tout... Georgette, je t'invite aussi.
GEORGETTE
Mais, mon oncle...
LE GÉNÉRAL
Je le veux, à côté de moi.. Il serait beau que l'oncle fût à table et la nièce derrière.
GEORGETTE, à la comtesse. ,
Le permettez-vous, madame?
LA COMTESSE
Ce n'est pas moi, c'est monsieur qui commande.
LE GÉNÉRAL
Et l'on s'en apercevra, car tout ira rondement. En avant, marche ; va te faire belle... moi je ne serais pas fâché de me reposer un instant clans mon logement.
LE CHEVALIER
C'est très facile.
LE GÉNÉRAL
Après cela, et avant dîner, j'irai faire un tour de parc, afin de voir si les lièvres me reconnaissent.
air de contredanse. Ah! ne vous dérangez pas, Point de façons, je vous prie.
LA COMTESSE
Il ne m'offre pas son bras.
LE CHEVALIER
Il est sans, cérémonie.
LA COMTESSE
De me complaire, assurément, Il ne prend nulle inquiétude.
Le voilà qui marche en avant.
LE CHEVALIER
De nos soldats c'est l'habitude.
ENSEMBLE
LA COMTESSE
Ah ! je ne m'attendais pas A tant de discourtoisie!
Il ne m'offre lias son bras ; Il est sans cérémonie.
LE CHEVALIER
Il faut l'excuser, hélas!
Il est sans cérémonie ; A la guerre on n'apprend pas Les lois de la courtoisie.
LE GÉNÉRAL
Ah! ne vous dérangez pas; Point de façons, je vous prie ; Nous n'avons, entre soldats, Jamais de cérémonie.
GEORGETTE
Le général ne veut pas Qu'on fass' de cérémonie.
CÉSAR
Combien d'gens, en pareil cas.
N'auraient pas tant d'modeslie!
' Le général est entré le premier et seul dans le château. La comtesse et le chevalier y entrent après lui. Georgette reste seule sur la scène. Elle va pour entrer dans l'auberge au moment où Desrosiers en sort.)
sûts