ACTE II
LA COMTESSE
Et ce mariage se fera dès demain.
LE GÉNÉRAL
Permettez! on ne se marie plus ainsi... Monsieur le maire et la municipalité exigent des délais...
( Le chevalier passe auprès du général. ) LA COMTESSE*.
Dont je me moque... je ne reconnais ni votre maire... ni votre municipalité... un prêtre, deux témoins comme autrefois, et en une demi-heure ma fille sera marquise de Caradec.
LE CHEVALIER
Pas tant que je vivrai du moins... ( s'approchant de Desrosiers.) Et si monsieur le marquis daigne me comprendre...
DESROSÎERS, étonné.
Qu'est-ce que c'est?
LA COMTESSE, passant entre Desrosiers et le chevalier.
Qu'est-ce que j'entends ?... menacer des jours .11 précieux! exposer un sang déjà si rare!... le dernier des Caradecs!... ( au chevalier.) Monsieur, s'il vous arrive seulement de tirer l'épée contre lui, tout est fini entre nos deux maisons, et vous ne reverrez jamais ni moi ni ma fille . .
LE CHEVALIER
0 ciel !
LA COMTESSE, bas à Desrosiers.
Je connais sa mauvaise tète, et je redoute la vôtre.
DESROSIERS
Oh! oui... j'ai une tète...
LA COMTESSE
Comme chef de la famille, mon neveu, vous devez lui épargner une faute... un crime qui lui causerait d'éternels remords.
DESROSIERS, de même.
Vous croyez ?
LA COMTESSE, de même.
Je l'exige .. je l'ordonne.
DESROSIERS, de même.
Vous sentez que je n'ai rien à vous refuser.
LA COMTESSE, de même.
Dès ce soir... en secret, nous partirons avec ma fille pour Rennes, où le mariage se fera demain.
DESROSIERS, de même.
Comment cela?.
LA COMTESSE, de même.
Ne vous mêlez de rien... je me charge de tout et vais tout disposer.
DESROSIERS, de même.
Je l'aime autant.
* La comtesse. Desrosiers, le bhevalicr, le général, Georgette.
SCÉiNE III.
LA COMTESSE, à voix haute.
Adieu, messieurs ! adieu, chevalier ! songez à ce que j'ai dit... vous savez mieux que personne si je tiens mes promesses... Adieu !
( Elle sort. 1
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SCÈ-NE IV.
LES MÊMES, excepté la comtesse *.
LE GÉNÉRAL, la regardant sortir.
Elle est superbe... ( à Georgette. ) Je crois voir une colonne qui se déploie.
LE CHEVALIER, s'approchant de Desrosiers.
Je vous remercie, monsieur, d'avoir éloigne la comtesse. .. je vous reconnais là.
DESROSIERS
Vous êtes bien bon!
LE CHEVALIER
Vos armes ?
DESROSIERS
Ça m'est égal.
LE CHEVALIER
Le lieu?
DESROSIERS
Tout-à-fait à votre choix.
LE CHEVALIER
Ici donc... et à l'épée.
DESROSIERS
Si cela peut vous être agréable .
LE CHEVALIER
Et l'heure. . . le moment?
DESROSIERS
C'est autre chose... j'ai des devoirs à remplir, des affaires à mettre en ordre... Quand il y a dix ans qu'on ne s'en est mêlé, c'est un peu long, et je vous demande huit jours... (appuyant. ) huit bons jours.
Monsieur...
DESROSIERS
Pour le moins... en faisant tout par moimême... car si je prenais un homme d'affaires, ce qui peut-être vaudrait mieux, nous n'en finirions jamais.
LE CHEVALIER
Monsieur le marquis, c'est abuser...
DESROSIERS
Nullement, monsieur le chevalier... c'est à prendre ou à laisser.
LE CHEVALIER
Peu m'importe, monsieur, tant que le mariage n'aura pas lieu... car je serai là, je ne vous quitterai pas, et dans huit jours...
DESROSIERS
Dans huit jours, soit. ( à part. ) Ce soir nous * Desrosiers, le chevalier, le gênera!, Georgette.
CÉSAR
partons pour Rennes... demain le mariage, et après- demain je commence mes voyages avec ma femme et sa dot... ( haut. ) Adieu, chevalier; au revoir, général.
LE GÉNÉRAL, à Desrosiers.
Air nouveau (de M. Hormille).
Adieu.
(A Georgette.)
je sors; si de toi j'ai besoin, Songe à venir dès que ma vois t'appelle.
GEORGETTE
Je sais qu'à l'ordre il faut être fidèle. LE GÉNÉRAL, au chevalier.
Je veux, mon brave, èire votre témoin.
(Le chevalier s'incline.) Je suis jaloux d'observer le maintien
Du marquis parant quelques bottes, Pour voir s'il tient une épée aussi bien Qu'il tient le fer à papillottes.
ENSEMBLE
LE GÉNÉRAL et le CHEVALIER Adieu, monsieur, parlez; mais ayez soin De revenir où l'honneur vous appelle, Et dans huit jours, rempli d'un noble zèle, Présentez-vous avec votre témoin.
DESROSIERS
Adieu, monsieur, je pars ; mais j'aurai soin De me trouver où l'honneur nous appelle, Et dans huit jours, à mon devoir fidèle, Vous me verrez suivi de mon témoin.
GEORGETTE, au général.
Comptez sur moi, mon oncle ; j'aurai soin D'aller vers vous si votre voix m'appelle ; Je sais qu'à l'ordre il faut être fidèle, Et vous serez démon zèle témoin.
! Le général sort par le fond, et Desrosiers par la porte à droite.)