DESROSIERS, GEORGETTE
DESROSIERS, entrant par la porte latérale à droite, à la cantonade.
Très bien , très bien, mes vassaux , très bien. Ma foi ! ce n'est pas si difficile de tromper les gens... ils ne demandent que cela ... ils vont audevant... Ce soir nous partons en secret dans la berline de la comtesse, avec ma petite cousine, ma future, qui est fort gentille... et, une fois marié, je me moque du chevalier... et des autres réclamations. J'ai pour moi titre, possession d'état et les pièces à l'appui... Il y a là de quoi gagner vingt procès... si on osait me les faire... Et qui s'en aviserait?... qui peut y avoir intérêt?... si ce n'est cet imbécile qui ne peut pas même se l'aire comprendre... et que j'emmène avec moi. Relégué dans ma ferme , cent écus de pension... heureux comme un roi... ça l'arrange... moi aussi... c'est bien, c'est généreux... je fais ma fortune et de la bienfaisance par- dessus le marché. Ma foi ! tout me sourit, tout m'arrive à souhait, et je peux dire mieux que personne : Allons, saute, marq... (Il va pour battre un entrechat, et aperçoit Georgette.) Ahl c'est toi, petite ? GEORGETTE *.
Oui, monsieur... qui suis toute joyeuse de vous voir si content.
DESROSIERS
Que veux-tu? c'est si agréable d'être grand seigneur.. .C'est un étatqu'on voulait supprimer .. et on avait tort... il n'y en a pas de plus facile à exercer. »
GEORGETTE
C'est ce qu'on dit , car souvent le premier venu...
DESKOSIERS.
Comment, ma chère?..
* Georgelte, Desrosiers.
GEORGETTE
Pardon, monsieur, nevous fâchez pas... je suis la première personne à qui vous avez parlé en arrivant dans le pays... c'est chez nous que vous avez logé , et il est juste que je vous fasse part des mauvais bruits que je ne crois pas, mais qui courent sur vous.
DESROSIERS
Sur moi ! Voilà qui est plaisant... voilà ce qui me ferait rire.
GEORGETTE, à part.
Il ne rit pas... du courage, (haut.) Oui, monsieur le marquis; on prétend que ce titre vous vient d'un hasard heureux...
DESROSIERS
Comme tous les titres du monde... comme la naissance elle-même, qui n'est qu'un effet du hasard.
GEORGETTE , l'examinant.
Oui... mais il y en a qui parlent de lettres... d'actes .. de papiers tombés entre vos mains.
DESROSIERS
Qui a dit cela?
GEORGETTE, à part.
Il est troublé !
DESROSIERS
Qui a dit cela? Expliquez-vous!
GEORGETTE
Je n'en sais rien... mais il y a, dit-on, par le monde, un pauvre diable , un vieux serviteur... qui, lui aussi, avait des papiers de famille...
DESROSIERS
II n'en a donc plus?
Je l'ignore... mais il peut parler... il peut tout dire... et alors nous avons les magistrats qui veulent s'occuper de cette affaire-là...
DESROSIERS
O ciel !
GEORGETTE
Nous avons aussi les gendarmes, qui de leur naturel sont très indiscrets, et qui se mêlent de tout.
DESROSIERS, effrayé.
Georgette !
GEORGETTE
Ne vaut-il pas mieux que tout cela s'arrange là, entre nous, qui serons seuls dans le secret ?...
DESROSIERS, avec un trouble croissant.
Il est de fait qu'on pourrait s'entendre ; et crois bien, ma chère petite, que ton zèle, ta fidélité, trouveraient en moi un protecteur.
GEORGETTE, à part.
Il arrive... nous le tenons.
DESROSIERS
Et surtout des récompenses... (s'arrêtant. ) Le chevalier !