RAVENNE
CÉSAR, ensuite CURION.
CÉSAR seul.
Je suis sur le chemin de Rome... où l'on m'attend,
Où. je serai bientôt le maître... Ici pourtant
Je suis encor en Gaule. — On a sur mon passage
Dressé partout des arcs de fleurs et de feuillage,
Crié vive César ! tous les peuples soumis
Aux Romains,. de César se sentent les amis.
Ils savent que ma main prodigue aime à répandre
Le nom de citoyen, que chacun peut prétendre
A ce nom, avec moi; le patriciat jaloux
Était pour quelques-uns, et moi je l'ouvre à tous.
Même de l'Orient, les cités, les monarques,
De ma munificence ont accepté des marques.
Si l'orgueilleux sénat me hait et craint mes fers,
Moi, j'ai pour affranchi, paur client, l'univers.
Entre CurioD.
C'est toi, cher Curion, eh ! bien, quelles nouvelles?
CURION
Je les ai laissés tous dans des transes mortelles. Chaque pas de César vers eux les fait trembler, Et le vieux Capitule a paru s'ébranler.
19? ci::sAR.
Incapables el vains, violenls cl limidos, Us mosurcnl do l'œil los ai)|)mchcs rapides El passeni, tour à lonr, d un déconra^n'iiiciil Ou'ils cacluMit. aux l'iiiviirs d'iin lui ciiiikhIciim'IiI.
Je ne m'irrite pas, je ne ciains pas, j'avance.
cuniON.
RasscmMant ce qu'ils oui d'audace en ton absence, Ils ont fait un décret qui doit l'anéantir, Mais duquel ils pourront bientôt se repentir.
Et quel est ce décret?
CURION
Aux premières calendes De mai, tu dois quitter l'armée où tu conunandes.
CÉSAR
Et Pompée?
CURION
Il promet aussi de déposer Son pouvoir.
CÉSAR
Il promet. Je ne puis m'exposer A me trouver ainsi contre lui sans défense. C'est me demander trop. Ce décret me dispense, Et j'en dois rendre ici grâce à leur passion, De montrer plus longtemps ma modération ; J'en ai montré beaucoup. Pompée a pris à lâche De me blesser, sa haine étourdiment s'attache
DEUXlÈiME PARTIE. 193
A me poursuivre; il prend, sans souci de mes droits, Pour cela des moyens toujours plus maladroits : Je résiste, il recule, et je reste immobile Plus fort par les revers d'une haine inhabile.
CURION
Je vole une statue...
CÉSAR
On pourra relever La sienne, car qui sait ce qui peut arriver? Mêmes fautes toujours de sa part; ma vengeance C'est le bien que me fait son peu d'intelligence. Il a voulu m'ôter ma bonne légion :
Ceci m'a fort servi; plein de soumission Aux ordres du sénat, sur-le-champ je l'envoie A Rome. Pour Pompée et Caton quelle joie! Mais chacun des soldats que j'avais su munu' De cent pièces d'argent, charmé de revenir Avec un tel pécule, a soin, parmi les autres. De célébrer César, et les leurs sont les nôtres. De la sorte attaqué, je suis plus affermi : Quel trésor, Clirion, qu'un aveugle ennemi !
CURION
A la clarté du jour leur vue est donc fermée I
CÉSAR
Aujourd'hui c'est plus fort ; c'est toute mon armée Que l'on veut : je n'ai pas pris la Oaule en dix ans, Soumis vingt ennemis sans cesse renaissants Pour revenir à Rome, après de telles guerres, M'effacer dans les rangs des citoyens vulgaires ; Pour applaudir Pompée et vivre sous sa loi : Cela serait un peu trop généreux à moi.
194 Cl'SAR.
Jcm'iHiiis bion assez rùiliiil, ji' rimagine.
Avec. rUIyriiMim, la (laiile cisalpine,
Deux l(''gions, pas plus, j'olTrais, moi, ilo rester;
C'éUiit inodesleiDCiU do peu me coiileuler.
Ils ne l'ont point voulu, je serai moins modeste;
On ue m'a pas donné ma part, j'aurai le reste.