TROISIÈME PARTIE
CÉSAR
Osiris est heureux.
CLÉOPATRE
Tiens, d'Egypte une rose Du lac Maréolis... Tu ne m'as pas conté Comment tu t'es un jour au sein des flots jeté A la nage, intrépide, ainsi que fut Léandre. Pourtant ce ne fut pas pour un motif si tendre, J'espère.
CÉSAR
Non, vraiment. Tout à coup attaqué, Repoussé, malgré moi, je m'étais embarqué. Sur mon vaisseau, la foule accourt, fuyant la terre. Il allait enfoncer, je prends le Commenlairc, Le récit d'un combat récemment achevé.
Et sur les flots toujours le tenant soulevé D'une main, pour sauver mes exploits du naufrage. Parmi les traits lancés de toute part, je nage De l'autre, heureusement jusqu'aux prochains vaisseaux.
CLÉOPATRE
César, Mars sur la terre et Triton, roi des eaux ! On m'avait dit ce Irait, mais j'étais curieuse De savoir quel écrit à l'onde furieuse Tu dérobais ainsi, car j'aurais soupçonné Que c'était...
CÉSAR
Quoi?
CLÉOPATRE
Voyons, n'as-tu pas deviné ?
Quelque lettre d'amour de ces (himes roiii;iincs. Espagnoles, ou bien gauloises, ou germaines,
■JH-2 CI- S A II.
(^)ii(' iiKMi CtViir aiiiKt, caic'csl iiii yraiiil Iroinpi'ur, Ht beaiii-oii|i oui Iioum' place en son vaslo cœur.
CflSAR.
Faiblesses de lirros, dil-mi, de ^raiulcs àiiies.
CLl'-.OP NTRE
Oli! oui, César sul)jiij;iie et les lois et les reiiinios;
(Vest un grand criminel, rien ne |)ent l'excuser...
iMais je ne puis m'en plaindre et ne puis t'accuser,
Puisque c'est Cléopàtre enlin qui le possède.
De tes amours le nombre est bien grand... Je succède
A la première, ainsi qu'au bout de trois mille ans
A Menés, dont le règne est dans la nuit des temps.
Voyons, en oubliant des erreurs sans noblesse,
Que je veux ignorer, dont l'image me blesse;
ïertulla, de Crassus épouse, Mucia,
De ton gendre Pomiiée, Aula, Poslbuniia
Et la sœur de Caton, la lière Servilie,
Et par elle, dit-on, sa fille encor Tertie.
De Brutus Servilie est la mère; est-il vrai
Que Brutus soit ton fils?
CÉSAR
Moi, je le répondrai Par le très-sage mot du grand poète Homère : Tout homme né mortel sait quelle fut sa mère, Mais le père est douteux toujours. J'aime Brutus Comme mon fils, malgré ses l'igidcs vertus. Que seulement tempère un goût vif de l'usure; Mais chez un patricien c'est seconde nature; Et lorsqu'après Pharsalc il me fut annoncé Qu'il n'avait pas péri, comme on s'était pressé D'en répandre le bruit, j'eus une grande joie. Tout content, fier aussi d'une pareille proie,