‹ César, scènes historiquesChapitre 225 sur 261 · PREMIER CITOYEN · texte numérisé non relu

PREMIER CITOYEN

Eh ! bien donc, ton César a la toute puissance.

OUATIUÉME PARTIE. 343

LE PROLÉTAIRE

J'admire encor César, mais jp hais qui l'encense.

UN CITOYEN

Quoi ! n'as-tu pas toujours désiré sa grandeur?

LE PROLÉTAIHE.

Je n'aime pas qu'on soit si grand. J'ai sur le cœur, ^

Moi, ces airs fastueux qu'à présent il se donne; Puis à nos ennemis sottement il pardonne. Je n'aime pas non plus cette clémence-là.

UN CITOYEN

Eh ! quoi, voudrais-tu donc qu'il fît comme Sylla?

LE PROLÉTAIRE

Non, comme Marins. Il ne sait pas proscrire. Je voudrais... je voudrais déjà lui voir écrire Des listes où seraient les noms des patriciens, De nos vieux ennemis qui sont aussi les siens. Il fait vendre les biens des vaincus, les partage Avec quelques amis ; pour nous quel avantage Dans tout ceci?

UN CITOYEN

Quel tort peux-tu lui reprocher?

LE PROLÉTAIRE

La vie est toujours rude et le pain toujours cher. C'est sa faute, il fuit tout à présent, il commande Et comme auparavant notre misère est grande.

r\ CITOYEN.

Il a distribué du bl<;d aux pauvres gens.

I \ \i iiii;.

11 duiiiu' des l'csliiis piililics :ui\ imligiMils.

IJ-; l'HOI.r.T \ll*. K.

]\^\\u siYoïirs (l'un moinoiit, largesse intéressée Dûiil il se largue for! et souvent mal jilacée; Il a lorl, (iuel(|ue jouril s'en repeiiliia.

• UN CITOVllN.

Si lu n'es pas conlenl, qui le conlenlera?

LE PROLÉTAIRK.

Nous serons satisfaits (luand nous aurons vos terres, Vos maisons, vos jardins.

UN CITOYEN

Oui, vous !

LE l'noLiVr.vii'.i;.

1x6 pi'olétali'es.

UN CITOYEN

Ces gens sont dangereux pour nous en vérité. J'aime encor mieux mon bien, moi, que la liberté.

LA MAISON DE CÉSAK

CÉSAR seul, ensuite ANTOINE.

Me voilà dictateur perpétuel... c'est comme

Si j'étais roi. Je suis pour toujours maître à Rome.

QUATHIÈMK PARTIE. 345

Je puis tout. Ce pouvoir sera grand dans mes mains ;

Je mériterai d'être obéi des Romains.

Je veux, de monuments durables, magnifiques,

Embellir celte ville, y bâtir des portiques.

Des temples,— les perçant d'un canal, assainir.

S'il se peut, les marais Pomptiens et fournir

A la culture un sol nouveau. Partout nos plages

Se hérissent de rocs abondants en naufrages;

J'arracherai ces rocs, je creuserai des ports,

De l'isthme de Corinthe unirai les deux bords,

Le Tibre et l'Anio. Du lac Fucin, les ondes

Couleront vers la mer sous des voûtes profondes.

Carthage de sa cendre à ma voix renaîtra.

Et de mes vétérans elle se peuplera.

Je sais trop que nos mœurs ont fait notre ruine.

Je ressusciterai l'antique discipline.

J'ai profité de plus d'une mauvaise loi.

Je ne veux pas qu'un autre en profite après moi :

Aux prêteurs, aux consuls les provinces données.

Le seront désormais au plus pour deux années.

De l'année elle-même, ordonnant mieux le cours,

J'en réglerai les mois, j'en fixerai les jours.

Dans le calendrier replaçant .l'harmonie

De la terre et du ciel que l'homme avait bannie.

Pour prévenir le trouble et les séditions,

Au peuple je ferai des distributions

De blé; parmi les grands j'aurai des créatures.

Avec des consulats, le sénat, des prétures...

J'ai besoin d'autre chose encor pour elîacer

Les souvenirs toujours prompts à se retracer.

De la loi de l'État aux pieds par moi foulée

Et de la liberté sous ma gloire voilée.

Tl me faut plus de gloire — et c'est le seul moyen

De fonder un pouvoir, partout, comme le mien.

:{l() CKSAlt.

Ti^ul :nilii' csl iiiisriablo. — Oui, faire une coiiiiiirle J'his vasl(>, [lins loiulaine : un Jour si je ni'ainMe El cesse (le remplir d'un ^^rand iiruil Tunivers, Los llomains enleiRlronl bieulAl traîner leurs l'ers. .l'ai jirès do soixante ans, j'irai de ma personne,

— Car des armes l'édal huil puissant ne se donne Jamais au géncVal al)senl lorsqu'on se hat,

Et que nul n'a pu voir sur le champ du combat. —

Mes vieilles légions me verront reparaître

Et, commesi j'avais à me faire connaître,

J'irai chezles vainqueurs impunis de Crassus

Réparer nos alïronis dernièrement reçus.

Et puis... j'ai toujours l'œil fixé sur ces contrées

De nous jiar de si grands espaces séparées,

S'élendant où le nord confine à l'orient.

De là je vois venir un déluge cfTrayanf,

Races encor sans nom, sauvages et guerrières;

— J'ai par delà le Rhin rejeté les premières —

Qui pourraient, en tombant sur nous, nous écraser,

Mais que dans leur berceau je veux aller briser.

Vainqueur, je passerai la gorge hircanienne

Et puis, faisant le tour de la mer Caspienne,

Le Caucase franchi, des Romains j'entrerai

Le premier au pays des Scythes, soumettrai

Tous ces peuples placés aux limites extrêmes

Du monde des Germains, tous les Germains eux-mêmes.

Peut-être les Romains, de murmurer lassés,

Alors trouveront-ils que j'en ai fait assez.

Mais, avant de partir, un grand dessein me tente.

Une distinction inconnue, éclatante

Réservée à César seul. Rome, bien des fois,

A vu des dictateurs, mais n'a pas vu de rois

Depuis ces temps lointains qui nous semblent un rêve.

Est-ce un grand changement au fond, si je relève

Page 1