QUATRIÈME PARTIE
Quand nous aurons tué César qui le mérite, Renversé son pouvoir, que ferons-nous ensuite?
BRUTUS
Nous n'avons d'autre but, ni d'autre ambllion, Que de rendre aux Romains leur constitution Antique, séculaire; elle sera pareille A ce qu'elle fut.
PISON
Ah ! ce n'était pas merveille ; On ne voyait que trouble et que dissensions. Dans l'État déchiré régnaient les factions. Rome n'a plus les mœurs des époques anciennes. Les lois suivent les temps, il faut changer les siennes; Et, ce maître abattu, dont le sceptre usurpé Doit se briser, il est du meilleur sang trempé, Instituer pourtant un pouvoir tutélaire, Qui contienne le flot du torrent populaire, Choisir un autre chef, et comme un successeur A César, de nos droits qui soit le défenseur; Peut-être le dernier des fils du grand Pompée...
BRUTUS
Qu'entends-je? déjà Rome en espoir usurpée! Déjà la liberté menacée et par nous !
Ne l'abandonnons pas... Il faut donc, dites-vous. Qu'avec le changement de nos mœurs l'Etat change, Et d'une tyrannie en projet on s'arrange! Mais c'est pour résister au siècle dépravé Que notre ancien État doit être conservé. Faut-il aider au mal, ou faut-il le combattre? Ce que nous relevons, est-ce à nous de l'abattre? Ayant brisé le joug qui pèse aux fronts romains, Allons-nous en forger un nouveau de nos mains?
Kt i]\\o sorait ce joiijj;, soil lo sit'ii, soit le vAIro,
Celui (lu'iiiipo.^erait. César ou lji{!ii un autre?
Il serait odieux, déteslabie, lalal;
Ce ne serait pas niOtne un vieux ))onvoir loyal
(Jue sou auli(]uilé fait seniMcr M-néraltle;
Ce serait un pouvoir cncor moins tolriMl)l(',
Violent, comme l'csl loui ('m|)ir(> nouveau.
Vous n'auriez pas la paix, cette |)ai\ du tombeau,
Chère aux lâches, liorreiu' des âmes généreuses,
Qui, sans la liberté, ne sauraient être heureuses.
A chaque nouveau réi-ne... un règne et des Romains!.
Mais soit... vous lombcriez sans cesse dans les mains
Des soldats, de tous ceux qui retournent la glèbe
Ou vivent d'un métier, non le peuple, la plèbe.
L'armée, elle vendrait son choix au plus oiïrant;
La plèbe, elle est sans yeux, qui veut l'avoir la prend.
Avec quel(|ue pronu^sse et du pain (ju'on lui jette.
Des spectacles, des jeux, ou en fait la conquête.
Elle se livrerait toujours sans résister
A quiconque, à ce prix, la voudrait acheter.
Vous auriez, en dépit de bassesses serviles.
Les guerres du dehors et les guerres civiles.
Et les proscriptions; des maux que vous craignez,
Par l'esclavage aucuns ne seraient épargnés.
Non, non, le tyran mort, gardons, quoi qu'il advienne,
Notre gouvernement selon sa forme ancienne,
Le pouvoir des consuls, le pouvoir du sénat.
Et pour le modérer celui du tribunal.
De ces trois grands pouvoirs le prudent équilibre.
Orageux, mais durable, et qui lit Rome libre.
CIMBER
Comme Brutus ici nous devons tous penser; Mais nous n'en sommes pas encore à prononcer