‹ César, scènes historiquesChapitre 42 sur 261 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Jugeant faux, il paraît, ce qu'on dit des enfers, Des gouffres ténébreux destinés aux pervers. Malheur à nous, Romains, si ces croyances saintes De nos pères jamais en nos cœurs sont éteintes ; Malheur à notre gloire, à notre liberté, Si nous ne croyons plus à l'immortalité!

Les armes ne sont pas ce qui fit Rome grande ;

Autrement aujourd'hui qu'au monde elle commande,

Qu'elle a pour alliés tant de peuples, de rois,

Et plus de citoyens et d'armes qu'autrefois.

Elle serait; plus forte; il n'en est rien, nos pères

Avaient ce qui nous manque et qui les fit prospères :

Au dedans l'énergie, au dehors l'équité,

La vertu, seul moyen de toute liberté.

Maintenant nous avons le vice, la mollesse;

Pour l'Etat, l'indigence, et pour vous, la richesse;

Entre le bien, le mal, nulle distinction,

Et le prix des vertus est pour l'ambition. •

Faut-il donc s'étonner, que de vertus déserte ,

La république soit comme une place ouverte

Où chacun est ardent à se précipiter,

Où chacun à l'assaut semble vouloir monter?

Mais laissons ce discours : des hommes consulaires Se sont faits, sous nos yeux, traîtres, incendiaires. Appelant à leur aide, amenant par la main Les Gaulois ennemis mortels du nom romain. Et vous hésiteriez encore à vous défaire De ceux qui sont pour moi des prisonniers de guerre! Oui, le danger est grand, mais nous ne craignons rien... Non, non, vous craignez tout, et ne sachant pas bien Que faire en ce péril, chacun comptant sur l'autre. Du courage d'autrui vous attendez le vôtie.

74 Ci;SAIl.

L'appui (les dieux par vous osl (oui lias invoqué, (le M'couis aux U(>niaiiis(pii u'a Jamais nlaIl(p^(^, Ce n't^sl point par (les \a'ii\, des jiiioirs de femmes Qu'on l'ohlient; pour l'avoir, fortiliez vos âmes, Soyez prudenis, aclils, vij^ilanls; il viendra; Des dieux la làelielù janjuis ne l'ohlicndra.

Quoi! jadis Manlius Torquatus qu'on ivnomme ril mellie à morl son (ils, el ce uolile Ji'unc iioniniR Dut mourir allaclié par la main du licleur El payer de ses jours un excès de valeur! Des pari'icides, vous, vous d'parguez la léte. Le reste de leur vie est ce qui vous arrête Sans doute, tqjargnez donc Lentulus, si jamais Lui-même s'épargna les plus noirs des forfaits, S'il respecta les dieux, la pudeur, quelque chose;

Épargnez Céthégiis Ce qui plaide sa cause,

C'est qu'il a déjà fait la guerre à son pays. Ah ! si tous les devoirs n'avaient été traiiis Par eux, ils n'auraient pas comblé leur infamie En conspirant enfin la mort de leur patrie.

S'il était aujourd'hui permis de s'aveugler,

Je laisserais vos yeux bientôt se dessiller.

Je sais trop que ma voix toujours vous importune;

Mais de ce seul instant dépend votre fortune,

Mais vous êtes perdus si vous délibérez.

Car par nos ennemis nous sommes entourés.

Catilina s'avance, il est là Dans la ville

Campent ses lieutenants, le taire est inutile. Rien ne peut en secret se faire ou se tenter; Il faut ouvertement agir, sans hésiter.

Donc pour moi la sentence est ainsi prononcée : D'un extrême péril Rome étant menacée,

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