DU PORT
Cette n’eut pas à créer des débouchés pour les divers produits de l’arrière-pays dont il était la porte ouverte sur l'Etranger. Le commerce des vins français était né depuis jongtemps déjà et, bien qu’il fut loin d’avoir alors l’importance qu'il acquit.par la suite, il faut cependant noter que nos crus réputés, ceux-là même qui sont encore aujourd’hui l’orgueil de notre viticulture, étaient hautement appréciés dans les pays étrangers.
Dans l’Antiquité et suivant le témoignage de Pline,
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l’Italie, la Germanie, la Grande-Bretagne même connaissaient nos vins des côtes du Rhône et du Narbonnais *.
Sans remonter aussi haut, nous savons qu’au xiri° siècle, par exemple, Bordeaux commereait de ses vins avec la Grande-Bretagne, la Hollande, la Flandre et l'Allemagne. Ces pays connaissaient aussi les vins de Bourgogne, que la marine hollandaise venait charger à Rouen.
Mais à côté de ces vins nobles, les vins du Midi, qui nous intéressent plus Spécialement, avaient aussi leur place.
Dès le x1rr° siècle aussi, grâce à Marseille, les crus languedociens et provençaux étaient connus sur les marchés génois et espagnols. Ils allaient aussi dans l’Afrique du Nord et jusqu’en Syrie. Par Bordeaux, les vins du Languedoë partaient pour la Hollande et les pays du Nord.
Ces grands ports n'étaient d’ailleurs pas les seuls points de chargement pour l’Etranger. Leur éloignement de nos centres de production était un premier obstacle, mais non Je plus important. Le second résidait dans ce simple fait qu'aucun de ces grands ports n’était le port de la région Languedocienne, et il était évidemment dans la nature des choses que le régime du privilège, qui sévissait en matière économique éomnie en toute autre matière, amenât ces villès à prendre des mesures plus où moins vexatoires, et allant parfois jusqu’à la prohibition, contre le transit sur leur territoire d’un produit étranger à leur région et concurrent éventuel de leur propre produit? Mais aussi avons-nous dit que les vins du Languedoc sortaient de France par d’autres points que ces grandes portes peu accueillantes à leur passage.
En effet, le Languedoc, qui regarde la mer, n’avait-il pas dans ses côtes la porte naturelle ouverte au commerce de ses vins? S'il ne possédait pas encore le grand port régional dont le développement déjà avancé de ses diverses productions d'échange appelait et justifiait la création, il
1 C£. Degrully. Thèse, Montpellier.
2 Cf. in Bul. de la Soc. lang. de Géogr., t. XIX, p. 96: l’énumération des villes prohibant les vins étrangers.
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disposait cependant des ports d’Aiguesmortes, d'Agde et des nombreux graus temporaires et changeants qui faisaient communiquer la pleine mer avec les étangs côtiers et par suite avec les petits ports intérieurs. Beaucaire, par sa foire universellement connue et fréquentée, avait fait connaître sur les marchés étrangers les Fins et les Eauxde-vie du Languedoc et ceux des Côtes du Rhône qui descendaient le fleuve. Montpellier, qui avait été jadis une place commerciale de premier ordre, vendait encore à l'Etranger les vins de Frontignan, de Saint-Christol, de Saint-Georges et de Saint-Drézéry !.
Sans doute, ce commerce était assez réduit. En effet, si, depuis longtemps, le Languedoc était une région vitifère, avant le xvini° siècle, la culture de la vigne était loin d’y occuper la place exelusive qu’elle conquit rapidement par la suite. La production peu abondante avait pour but essentiel d'assurer la consommation intérieure; le commercé extérieur représentait encore, si l’on nous permet l’expression, une sorte de hors-d’œuvre. L’exportation était de plus limitée à un autre point de vue, en ceci qu’elle ne portait cénéralement que sur des vins de choix et non sur les vins communs *.
Pour résumer cet exposé, nous dirons qu'avant la création du port de Cette, le commerce des vins du Midi existait déjà. S'il était assez réduit sous de rapport quantitatif, il avait cependant, dès cette époque, des débouchés assez étendus, et cela avait son importance.
1 [1 est à peine besoin de signaler que la précarité des graus était une grande gêne pour le commerce. En 1663, année de la fermeture du grau de Palavas, le chiffre du commerce baissa fortement. Les barques de Frontignan, Bouzigues, Mèze et Marseillan sortaient par ce grau depuis l’obstruction de celui de Frontignan, cn 1623.
2 Ce fait n'était d’ailleurs pas spécial au commerce des vins du Midi. Nous aurons l’occasion de revenir plus longuement sur ce point.